Faute de grives…

Comment ne pas se réjouir, avec Jean-Yves Le Drian, de la défaite de Scott Morrison aux toutes récentes élections australiennes ?

C’est certainement un moment important de l’histoire politique récente du pays. Au-delà de l'affaire des sous-marins, la gouvernance ultra libérale de Morrison, pilotée par ses alliés anglais et américains, a provoqué des dégâts considérables sur le plan social, mais aussi et surtout environnemental pour l’île-continent.

L’ennui est que le nouveau Premier ministre australien, le travailliste Anthony Albanese, ne jouit pas d’une bien meilleure réputation au sein de la population, en tout cas pas celle d’un homme très brillant. Ses promesses en matière sociale et écologique, certes alléchantes, vont nécessiter de véritables compétences techniques et politiques pour aboutir.

Mais ne dit-on pas (un peu partout sauf en France) que, plus que l’homme, c’est l’équipe qui compte. La constitution de son gouvernement avec des femmes et des hommes de compétence, ou non, donnera vite le ton de la politique d'Albanese pour ces prochaines années.

 

Et c’est bien là tout le problème ! Celui du manque de compétences.

Nombre de pays sont concernés. Comment élire un président, un Premier ministre, un député… lorsque le choix de bons candidats est si restreint ?

Faire tomber Poutine en Russie est une chose, mais pour le remplacer par qui ? Trudeau, au Canada, un président jeune, plein de promesses et d’avenir, est aujourd’hui l’objet de nombreuses désillusions. Or, s’il fallait le mettre hors-jeu, qui serait à même de donner plus d’espoir au pays ? Aux USA, un Démocrate remplace un Républicain de la pire espèce, mais les politiques intérieure et extérieure du pays ont-elles vraiment changé ? Et ainsi de suite…

 

L’honnêteté, la loyauté, le courage, la transparence, le dévouement à de grandes causes… apparaissent comme des valeurs désuètes et désormais absentes de l’éducation suivie par tous les politiciens en herbe. Elles sont pourtant essentielles dans la balance qui, sur son autre plateau, a placé les poids lourds que sont la finance et l’économie, la diplomatie et la négociation, la communication et la pipolisation, la surveillance et le contrôle… afin de garantir un juste équilibre des mesures prises pour le peuple.

Sans elles, que vaut une démocratie ?

 

Hélas, Res publica oblige, la chose est devenue courante, l’électeur s’y est vite habitué : "faute de grives, il se contentera de merles". Et quoi de plus enchanteur que le chant d’un merle ?

Publié le 22/05/2022
« Lettre Imaginaire » -6 : Il est temps que cela… barde !

Je vous propose de repartir en lecture au fil... des Lettres imaginaires

(Pour rappel, les cinq précédentes ont été publiées dans cette même rubrique, à des dates antérieures, et une introduction à ce recueil a été présentée dans la chonique du 14/03, intitulée "Lettres Imaginaires".)

 

Le texte qui suit est en hommage à Madame Brigitte Bardot et est reproduit avec son accord.

 

Je ne fais pas partie de l'espèce humaine. Je ne veux pas en faire partie.

Je me sens différente, presque anormale.

Aussi longtemps que l'animal sera considéré comme une espèce inférieure,

qu'on lui infligera toutes sortes de maux et de souffrance,

qu'on le tuera pour nos besoins, nos loisirs et nos plaisirs,

je ne ferai pas partie de cette race insolente et sanguinaire.

B. Bardot

 

Chère Madame Brigitte Bardot,

 

C’est la première fois que j’écris à quelqu’un d’aussi célèbre que vous. Mais je le fais car je vous aime beaucoup et j’ai confiance en vous. Bien sûr, je comprendrai si vous n’avez pas le temps de me répondre. Le plus important pour moi est que vous receviez ma lettre et puissiez la lire.

Je sais que des tas de gens vous admirent parce que vous étiez une très célèbre actrice. Mais je suis trop jeune pour connaître vos films. J’en ai tout de même vu deux, dont un en noir et blanc, auquel je dois dire que je n’ai pas tout compris. Ce qui est sûr, c’est que vous étiez très belle. Tous les hommes devaient tomber amoureux de vous. Aujourd’hui, vous êtes une vieille dame, et moi je vous trouve toujours aussi belle et encore plus formidable.

Au moins, vous n’êtes pas égoïste, comme la plupart des stars. Vous avez arrêté de faire des films, et vous n’êtes pas restée juste entourée de vedettes du cinéma ou de la télé. Vous avez préféré défendre la cause de ceux que vous refusez de voir souffrir : les animaux. C’est vraiment courageux. Des gens se moquent de vous à cause de cela, mais cela ne vous a jamais empêchée de continuer à défendre les animaux, depuis près de cinquante ans.

J’imagine que peu de personnes sur terre en ont sauvé autant que vous, même s’ils en ont pourtant les moyens. Une chose est sûre, si un jour j’ai de l’argent, je ferai exactement comme vous.

J’en ai déjà secouru pas mal moi aussi : des oiseaux pris dans des fils plastique, des hérissons qui vont sur la route, des mouches affolées devant la fenêtre fermée, ou encore des araignées tombées dans le lavabo ou la baignoire. Mais, bien sûr, c’est si peu en comparaison de vous et, surtout, face à tous ceux qui préfèrent leur faire du mal.

Chez moi, c’est très difficile. Mon grand-père est chasseur et lui, depuis plus de cinquante ans, il tue des animaux sauvages. Il dit qu’il aime les bêtes, sous prétexte qu’il aime son chien de chasse. Mais même son chien est malheureux, enfermé dans sa cage pendant toute la semaine.

Mon père aussi est chasseur, et il a déjà offert une carabine à mon frère. À la maison, on se dispute tout le temps. Je vois bien que lui et mon grand-père ne m’aiment pas. Surtout depuis que je refuse de manger de la viande. Ma mère ne dit rien ; mais, justement : elle ne dit rien. Elle préfère les laisser faire plutôt que de se fâcher avec eux. Du coup, je me sens très seul. Personne ne me comprend et je ne comprends personne.

Quel plaisir y a-t-il à tuer un être vivant ? Quand ce n’est pas, comme souvent dans ma région, pour les torturer. N’ont-ils jamais écouté le chant des oiseaux qu’ils vont piéger ? Comment peuvent-ils les laisser mourir de faim, de soif, de douleur ? Pourquoi sont-ils insensibles au regard d’une vache, d’un agneau, d’un âne ? Aucun de ces animaux qu’ils aiment tuer et manger ne leur a fait de mal, ne les a attaqués. Sans parler de ceux qui leur font peur : araignées, serpents, (et aussi les requins, les tigres, qui ne risquent pourtant pas de leur faire du mal par chez nous). Ils veulent les massacrer, sans raison. Mes parents et mon frère vont jusqu’à écraser les abeilles qui viennent butiner les fleurs sur notre balcon, si elles ont le malheur d’entrer par la fenêtre laissée ouverte. Comme si elles pouvaient savoir ! Et en plus, elles ne sont pas dangereuses. Ils sont pourtant bien contents de couvrir de miel leurs tartines du matin !

Vous avez sauvé des centaines et peut-être des milliers d’animaux. Mais vous voyez bien que cela ne suffit pas. C’est pour ça que je vous écris. Car je pense que vous devriez créer une armée !

Pas pour tuer ces gens, et devenir aussi bêtes et méchants qu’eux, mais juste pour les empêcher de continuer d’agir comme ils le font. Les gendarmes sont de leur côté, et bien souvent les juges aussi. Du coup, les chasseurs, les abattoirs, les mauvais éleveurs ne sont jamais condamnés. Il manque plein de lois, et de volontaires pour les faire respecter quand elles existent. Je suis encore trop jeune, mais dans trois ans, quatre au plus, je pourrai rejoindre votre armée. Et nous serons des milliers à le faire. On volera leurs fusils aux chasseurs et leurs pièges aux braconniers. On libérera leurs chiens, leurs furets, qu’on gardera avec nous. Et quand ils en auront assez de dépenser tout leur argent, ils passeront peut-être à autre chose.

Mais le plus important, c’est qu’on fera des tas de collectes pour acheter des forêts, des champs, des rivières, qu’on protégera nous-mêmes, en nous relayant. Les hérissons trouvés au bord des routes, les faisans que l’on fera s’échapper des élevages, tous les animaux qu’on réussira à sauver auront une place dans nos réserves protégées. Les chasseurs pourront continuer de s’empiffrer devant leurs télés et fumer leurs gros cigares en rêvant de tuer des bisons ou des éléphants pour se sentir plus grands et plus forts (ce qu’ils ne seront jamais), mais on finira bien par les dégoûter. On leur offrira des peluches et des têtes d’animaux en carton afin qu’ils les accrochent au mur, au-dessus de leur cheminée. On leur donnera aussi des appareils photos, avec le droit de venir photographier les animaux en liberté dans nos réserves, pour apprendre à les regarder et à les écouter. On pourrait aussi employer quelques « chasseurs intelligents » (il en existe peut-être) pour qu’on échange nos connaissances. Et je suis sûr qu’il y a encore plein d’autres idées à envisager.

Je sais que vous devez être fatiguée et même découragée, Madame Bardot. Mais il faut que vous teniez bon. Notre armée a besoin de vous. Peut-être que nos mères finiront par suivre votre exemple, ainsi que tous les pères qui préfèrent offrir un vélo à leur fils plutôt qu’un fusil. Dans mon collège, on est nombreux à être d’accord et prêts à faire quelque chose. C’est juste qu’on ne sait pas comment s’y prendre. D’ailleurs, à la cantine, une fois par semaine c’est repas végétarien. Et tout le monde se régale. Même ceux qui ne veulent pas se passer de viande se rendent compte qu’il est possible de ne pas en manger tous les jours.

Avec plusieurs copains, on a formé un groupe de reportage. Chaque mois, on prépare un exposé sur un animal différent. Pas juste des informations ennuyeuses, mais aussi des photos humoristiques, des sketches avec des déguisements, des jeux, des concours. C’est un énorme travail. On le fait volontiers depuis que le directeur nous a encouragés et nous laisse tout le préau et l’amphi disponibles pour notre journée spéciale « animalière ». La semaine dernière, il nous a dit qu’il envisageait d’inviter les parents d’élèves, si on continue de faire un si bon travail. D’autant que plusieurs professeurs nous ont rejoints et nous aident beaucoup. Il paraît que, le mois prochain, il y aura même un correspondant du Midi-Libre qui passera pour faire un article sur notre groupe !

Bien sûr, je ne m’attends pas à ce que ma famille vienne un jour nous encourager. C’est dommage. Ils comprendraient que je ne suis pas le seul enfant à m’intéresser à la protection animale, et peut-être que, pour une fois, ils écouteraient notre point de vue.

Chère Madame Bardot, je vous laisse mes coordonnées au dos de l’enveloppe, pour que vous puissiez me répondre si vous en avez le temps, et pour que vous sachiez que vous serez toujours la bienvenue dans notre collège, au cas où vous passeriez un jour dans la région.

Je me permets de vous embrasser, et j’adresse plein de caresses à tous les gentils animaux qui vous entourent.

 

Noé

 

La semaine prochaine, si tout va bien, le jeune Thomas tentera d'écrire à celui dont on préfère éviter de prononcer le nom...

Publié le 16/05/2022
Des marais d'Oléron jusqu'à la Chine...

Rien de mieux qu’une escapade dans les marais proches d’Oléron pour se nourrir de magnifiques images et se changer sérieusement les idées. Les habitants du marais étaient là, de la petite libellule à la gigantesque cigogne, en passant par les guêpiers, les gorges-bleues, les martins-pêcheurs, les bergeronnettes printanières, les spatules, les hérons (dont le magnifique héron pourpré), les cygnes, les buses, les faucons-crécerelles… Quel bonheur aussi que de réentendre le chant des grenouilles et découvrir ainsi qu’elles n’ont pas toutes disparu.

 

 

                               Bergeronnette printanière                                                                       Guêpier

 

 

                                        Spatule                                                                                     Héron  

Images : cheminsetcultures. Tous droits réservés. © 2022

 

Et, à propos d’oiseaux, les passionnés de nature le savent : certains de ces volatiles témoignent d’un formidable courage lorsqu’il s’agit de défendre leur territoire.

Lorsque leur gabarit est imposant, cela suffit souvent à décourager les intrus, y compris des humains. Par exemple, se promener en canoë et approcher un peu trop un nid de cygnes risque de déclencher l’ire du mâle ou de la femelle qui n’hésiteront pas à attaquer et, parfois, provoquer le dessalement de l’embarcation et envoyer ses passagers à l’eau. Idem avec l’oie, qui protège « sa » zone réservée avec une fermeté redoutable. Il arrive ainsi que des randonneurs se voient interdire l’accès à certains chemins, si par malheur ceux-ci traversent  le territoire d’une ou plusieurs oies. Et il est difficile de ne pas prendre ses jambes à son cou face à la charge d’oies en colère !

 

Les hommes ont de tout temps su exploiter les qualités des animaux pour servir leurs intérêts, et les Chinois aujourd’hui ne font pas exception. National Geographic nous apprend en effet que plus de cinq cents oies ont été déployées le long de la frontière sino-vietnamienne, afin de lancer l’alerte en cas d’entrées illégales sur le territoire. Les cris des oies, en plus de parfois suffire à repousser les intrus, alertent les gardes-frontières et leurs chiens. Ce plan de défense a été concocté dans le cadre de la lutte contre la Covid 19, afin de mieux contrôler les déplacements illicites.

Après tout, il y a longtemps, les oies ont sauvé le Capitole. Aujourd’hui, pourquoi ne protégeraient-elles pas la « Grande muraille »  

Publié le 16/05/2022
« Lettre Imaginaire » -5 … Le rêve est-il un… Vol de nuit ?

Les chroniques de cette rubrique se font un peu rares ces temps-ci, et je le regrette.

Mon actualité littéraire étant au repos, et celle du monde extérieur  ne générant pas un enthousiasme débridé, il n'est pas toujours facile de trouver l'angle juste pour évoquer notre grande communauté, sans dramatiser ni non plus édulcorer.

 

- Mes pires craintes concernant l'Ukraine sont hélas désormais avérées, idem pour la Birmanie ou le Sri Lanka, deux pays dont je garde pourtant le souvenir d'une magnifique beauté, rare et, sans doute, trop paisible.

- La Covid continue de ronger nos relations sociales et de faire des morts dont plus personne ne juge bon de parler. En Inde, en Chine, mais aussi en France. Il se pourrait même que ce ne soit pas politiquement convenable de l'évoquer.

- Sébastien Arsac, cofondateur et directeur des enquêtes de L214 a récemment passé toute une journée sur le banc des accusés, au tribunal correctionnel de Brest, jugé pour violation de domicile et atteinte à l’intimité de la vie privée, (suite à une enquête de 2019 sur les veaux des élevages laitiers en Bretagne, montrant des veaux frappés à coups de pied, des veaux jugés trop maigres piqués par un vétérinaire complaisant, des veaux enfermés toute leur vie, des élevages dans un état sanitaire déplorable...) et a été condamné à payer 13 000€ d'amende, pour juste avoir eu le tort d'être un lanceur d'alerte.

- A propos de lanceur d'alerte, qui se préoccupe encore du calvaire que vit Julian Assange ? son recours auprès de la Cour suprême britannique a été rejeté (en totale contradiction pourtant avec l'avis de la Haute cour !), il est retourné une nouvelle fois à la case prison, son extradition vers les Etats-Unis est désormais inévitable, et l'Australie, par la voix de son Premier ministre Scott Morrison (clone du Premier anglais) s'est empressée de faire savoir qu'elle ne ferait rien pour l'empêcher ! D'ailleurs, il semble bien que tout le monde (sauf l'administration US) se fiche de l'avenir d'Assange.

- Chez nous, les élections présidentielles laissent un goût amer par le sentiment largement exprimé qu'une nouvelle forme d'expression démocratique est urgente à trouver. Et bien sûr, compte n'a toujours pas été tenu des votes blancs ce qui, le sachant, n'incite pas les électeurs tentés par cette "autre expression possible" à la choisir.

 

Ainsi va le monde.

Simplement, je me sens privé, et depuis trop de mois, de sa beauté ; celle dont mon âme a toujours cherché à se nourrir, m'incitant à prendre la plume pour la défendre, la partager avec tous ceux qui se réclament de cette même sensibilité et n'en éprouvent nulle honte.

 

Bien sûr, quand la réalité porte si haut les couleurs de la violence, de l'infâmie, de la bêtise, nous reste-t-il la ressource du... rêve. Une Voie Royale à l'entrée de laquelle nous attendent de merveilleux guides. Saint Exupéry est de ceux-là. Voici la 5ème Lettre Imaginaire, celle adressée par Sophie au Petit Prince.

 

 

Il ne savait pas que, pour les rois,

le monde est très simplifié.

Tous les hommes sont des sujets.

 

A. de St Exupéry   (Le Petit Prince)

 

Votre Altesse,

 

Je dois tout d’abord vous dire que c’est bien la première fois que j’écris une lettre que je n’enverrai sans doute jamais. Je la garderai dans un tiroir, en attendant.

J’aurais pourtant tellement aimé la partager avec vous. Mais comment faire ?

C’est étrange : alors que vous êtes si souvent dans mes pensées, je réalise que je ne sais presque rien de vous, et certainement pas où vous habitez. Je ne compte plus le nombre de fois où, lorsque je me réveille au beau milieu de la nuit, je file à la fenêtre pour contempler les étoiles. Je garde toujours l’espoir qu’un petit signe, quelque chose d’insolite, me permettra de repérer la vôtre, même si je la sais lointaine et toute petite.

Mon autre espoir, c’est de pouvoir, lorsque je serai plus grande, partir au beau milieu du désert africain, et tenir ainsi la promesse que j’ai faite (au plus profond de mon cœur) à votre vieil ami, Saint Exupéry. Celle de tout faire pour vous retrouver, et de l’en avertir aussitôt.

Je crains, là encore, que ce soit une vaine promesse. Car, l’avez-vous su ? lui aussi a disparu. Pas comme vous, dans la chaleur du désert, mais dans le froid de la mer. C’est au fond de l’eau que l’on a retrouvé son cher avion. On en a déduit qu’il était mort dans un accident.

Je n’en suis pas si certaine. Ne serait-il pas possible qu’il vous ait rejoint là-haut, sur votre minuscule planète ? Quelle belle façon ce serait de rompre votre solitude à tous les deux, et d’entretenir votre fidèle amitié.

D’ailleurs, êtes-vous toujours son « Petit Prince » ? Depuis le temps, vous avez dû beaucoup grandir et êtes sans doute Roi, désormais. C’est pourquoi je vous ai appelé « Altesse », même si je n’aime pas trop cette idée, et que je vous préfère en Petit Prince. Ici, sur terre, Altesse est un mot que les grandes gens ont inventé pour les petites gens, afin de distinguer ceux qui sont riches et célèbres de ceux qui ne le sont pas.

Mais vous, ce n’est pas pareil, et cela ne me dérange pas de vous appeler ainsi. Votre richesse tient tout entière dans une simple rose, un peu capricieuse, et le souvenir d’un rusé renard à peine apprivoisé. Et puis, quelle importance d’être roi, sur votre tout petit caillou céleste, où il n’est personne pour régner à votre place, et où il n’existe ni serviteur ni esclave ? C’est tout de même mieux : pas de trésors, de pièces ou de lingots à compter et recompter, à protéger. De comptes, vous n’avez à en rendre qu’à vous-même. Ah, pardon, et à votre rose, petite fleur craintive et délicate.

Il est probable qu’elle se soit fanée, après toutes ces années. Mais il est tout aussi probable que d’autres graines soient tombées depuis, d’on ne sait où, et auront fleuri sur votre planète.

Seulement, je ne suis pas convaincue que cela constitue une compagnie suffisante. Même si j’aime également leur parfum, et n’oublierai pour rien au monde, chaque matin, de le respirer, je ne saurais me satisfaire de leur seule présence.

Ici-bas, je me sens terriblement seule. Ce n’est pas qu’il n’y a personne autour de moi, mais tout le monde me semble si différent, presque étranger. Cela vaut aussi pour mes parents. Maman court toujours après le temps, un peu comme le Lapin Blanc d’Alice. Et mon père ne cesse d’en rajouter, en précisant au moins deux fois, par jour : « Et le temps, c’est de l’argent ! »

Je ne peux pas envisager mes prochaines années, ma vie tout entière de cette façon, à courir comme un hamster dans sa roue, jusqu’à l’épuisement. Il est pourtant si facile de faire que le temps n’ait aucune importance. Il suffit de ne plus y penser. Ne serait-ce pas merveilleux si toutes les montres, les pendules, les réveils s’arrêtaient d’un coup de fonctionner ? Peut-être les hamsters auraient-ils alors une chance de s’échapper de leur cage ?

Je crois que vous et Monsieur Saint Exupéry me comprendriez mieux. Votre présence me serait d’un tel réconfort. C’est pourquoi j’aime bien vous imaginer ensemble, lui vous posant des tas de questions, et vous n’y répondant pas. Il ne resterait silencieux que quarante-trois fois par jour, le temps de profiter avec vous de la douceur des quarante-trois couchers de soleil visibles depuis chez vous. Aussi, s’il a eu la bonne idée d’emporter avec lui du papier et son stylographe, vous êtes tranquille. En deux coups de crayon, pardon : stylo, il habillera votre gros rocher de toute la beauté qui fait battre votre cœur.

J’aimerais bien, dans mon rêve, qu’il dessine un équipage d’oiseaux sauvages, capable de vous emporter tous deux dans une nacelle. Vous atterririez sur terre, au beau milieu du désert, au moment même où je serai à votre recherche. Ou plutôt, à l’instant précis où j’aurais cessé d’y croire, croyant mon rêve brisé.

Je voudrais que le renard soit là. Et peut-être aussi le serpent ; je ne le crois pas si méchant. Ainsi tous réunis, nous passerions des soirées formidables, autour de grands feux dont les étincelles monteraient au ciel et formeraient autant d’étoiles de plus au-dessus de nos têtes. Nous ne cesserions de rire en les regardant s’allumer et s’éteindre, tels les réverbères de votre voisin d’une autre planète.

La journée, quitte à demander un peu d’aide à votre ami le renard, je me ferai fort de dénicher une rose rien que pour vous, « unique au monde ». Une fleur telle que vous pourriez la rapporter chez vous, plus tard, sans jamais plus vous soucier de l’arroser ou des dangers qu’elle encourrait, ni donc de devoir lui trouver un mouton… la plus belle des roses des sables !

 

Je sais, tout ceci n’est qu’un rêve.

Je préfère le coucher sur le papier, par crainte de me réveiller un matin, en l’ayant oublié. Mais aussi avec l’espoir, du plus profond de mon cœur, de le voir se réaliser.

 

Avec toute mon affection,

Sophie

 

Attention : il n'y aura pas de Lettre Imaginaire ni de nouvelles chroniques la semaine prochaine, pas plus que la suivante. Le temps est venu de flâner vers l'océan pendant quelques jours, puis de découvrir la faune des marais, au sud de La Rochelle et retrouver ainsi de cette beauté si nécessaire à contempler.

Mais ce n'est que partie remise...

Publié le 25/04/2022
« Lettre Imaginaire » -4 … la réponse de Alva E

Pourquoi une lettre imaginaire n'obtiendrait-elle pas de... réponse imaginaire ? Question que Nicolas, en écrivant à Gustave Eiffel, la semaine dernière, ne s'était bien sûr pas posée.

 

Cher Nicolas,

 

Je fais suite à ton courrier concernant mon arrière-arrière-grand-père.

Je ne sais par quel miracle ta lettre est arrivée jusqu’à moi. Mais l’important est bien que je l’aie reçue. Je l’ai lue attentivement, et je dois t’avouer qu’elle m’a fortement émue. Je puis t’assurer que mon aïeul aurait pris le temps de t’adresser une réponse, et c’est pour cela que je m’autorise à me substituer à lui dans cet échange.

Je suis impressionnée par les connaissances que tu as acquises à ton âge, pour être capable de dessiner des structures aussi complexes que celles que tu évoques. Tes projets sont à la fois une preuve de ta créativité et, ce qui m’intéresse encore plus, d’une juste vision de ce que l’architecture est sans doute appelée à devenir. Je vais m’en expliquer dans les lignes qui suivent.

Mais il me faut tout d’abord te dire que je n’ai pas marché dans les pas de mon ancêtre, ayant préféré suivre des études de biologie environnementale. J’ai aujourd’hui cinquante-quatre ans, et ai passé les vingt dernières années de ma vie à voyager un peu partout sur la planète, dans le cadre de mes travaux d’observation de la nature.

J’ai bien compris ta passion pour l’architecture, et suis certaine que tu accompliras ton rêve. Aussi, je souhaite te faire part de quelques observations qui, peut-être, te guideront dans tes prochaines recherches.

La compétition que tu évoques, à propos de la plus haute tour du monde, n’est pas non plus le point qui m’intéresse. En revanche, en te lisant, il m’est apparu que de futurs bâtisseurs tels que toi pourraient contribuer à solutionner une question qui nous préoccupe beaucoup, mes collègues et moi-même, à propos d’un sujet d’importance qui n’est pas moins que… l’avenir de notre planète !

Comme tu le sais sans doute, la population humaine inflige à cette dernière de terribles blessures. La croissance des villes se fait au détriment des espaces naturels, de la survie de la faune et de la flore sauvages. Si l’on continue d’urbaniser la terre à ce rythme, nous pourrions bien créer un monde duquel toute vie non-humaine aura prochainement disparu. Des architectes et ingénieurs avec lesquels j’ai pu échanger à ce sujet sont convaincus que, pour éviter cela, nous devrons envisager nos futures constructions À LA VERTICALE, et non à l’horizontale ! Exactement comme tu l’as imaginé avec tes « pyramides inversées ».

Leur projet est de loger un maximum de personnes en occupant le moins possible de surface au sol. Pour autant, qui souhaiterait relancer les « cages à lapin », alors que chacun cherche le bonheur d’une belle maison individuelle logée au cœur d’un grand domaine privé ? Il y a contradiction entre ce qu’il faudrait et ce que l’on voudrait. Le seul moyen de la résoudre serait que de hauts immeubles d’habitation offrent un très confortable cadre de vie. Ce sont les ingénieurs de la nouvelle génération qui vont devoir s’atteler à cette tâche, et il est très possible que tu sois l’un d’eux.

Mais, de toute évidence, les défis ne t’effraient pas, ce qui est une chance pour nous tous.

Mon travail m’a procuré de nombreuses occasions d’observer de près l’infini génie qui inspire la nature, en matière de « construction ». Il serait sans doute temps que les architectes se livrent eux aussi à cette observation, avant de se pencher sur leurs planches à tracer et d’y dessiner leurs édifices.

Mon cher Nicolas, dans ton courrier, tu précisais que tu habites à Paris. La nature n’y est, hélas, guère présente. Mais j’imagine que tu es déjà allé te promener à la campagne et qu’il t’est arrivé de t’arrêter, émerveillé, devant l’intense activité qui règne dans une fourmilière ou au sein d’une ruche. Tous les animaux ont besoin d’un abri pour vivre et protéger leurs petits. Les insectes et les oiseaux sont parmi les plus talentueux, capables d’élaborer de véritables chefs-d’œuvre. Aussi, puisque nous nous interrogeons, toi et moi, sur de possibles constructions verticales, les plus hautes possibles, laisse-moi te parler d’un phénomène que j’ai pu observer à maintes reprises lors de mes séjours… en Australie.

En différents points de cette immense et merveilleuse île-continent, s’élèvent des termitières aux proportions gigantesques, alignées tel un champ de menhirs végétaux. Elles se confondent parfois avec une forêt d’eucalyptus qui aurait brûlé pour ne laisser que des troncs calcinés et difformes.

Ces curieux édifices, aux tons ocre et mordorés, se dressent dans le bush. Ils ont été bâtis, avec une incroyable dépense d’énergie, par des colonies d’insectes unis dans un objectif commun qui nous reste mystérieux.

À contempler la hauteur de leurs ouvrages, rapportée à la taille de ces insectes, on ne peut que s’en demander la raison. Espèrent-ils atteindre la lune ? ou tout du moins le ciel ? Entendent-ils relier celui-ci à la terre par leurs colonnes d’argile et de calcaire, dressées vers l’infini, dans le but de surplomber le monde ?

Ces tours apparaissent d’autant plus fascinantes et mystérieuses qu’elles ne sont, à l’instar des icebergs vus depuis la surface de l’eau, que la partie « émergée » d’un ensemble beaucoup plus colossal qui se poursuit sous terre, capable d’abriter une riche biodiversité. Mais le plus fascinant est que certaines d’entre elles révèlent des chefs-d’œuvre d’intelligence naturelle et de réussite environnementale. Ces termitières « de luxe » offrent à leurs occupants un confort que pourrait leur envier toute la faune avoisinante. Cela grâce à un mécanisme biologique des plus ingénieux, qui utilise… le champ magnétique terrestre !

Leur aménagement ne doit rien au hasard. Il obéit à des lois que le genre humain a d’évidence trop longtemps négligées. Ces termitières géantes sont orientées de façon à exposer l’essentiel de leur surface vers l’est et l’ouest, autrement dit vers le Levant et le Couchant, limitant dès lors la zone exposée aux ardeurs brûlantes du soleil de midi. Complété par un dispositif de ventilation interne de galeries, l’imposant habitat collectif assure ainsi une thermorégulation aussi efficace que bénéfique à tous les organismes vivants qui l’occupent. Quant au tracé de ces galeries, il garantit l’évacuation des eaux de pluie lorsqu’elles sont trop abondantes, autant que leur circulation et leur conservation dans des proportions nécessaires à, là encore, apporter un peu de fraîcheur au sein de l’infrastructure.

Des exemples comme celui-là sont innombrables dans l’environnement. Et il semble qu’à chaque question que soulève une forte densité de population, la nature ait déjà trouvé une solution. Après la climatisation naturelle des termitières, je pourrais te parler de l’étonnant service de nettoyage collectif mis en place par les abeilles dans leur ruche. Et il ne faut pas négliger non plus les apports du monde végétal dans tes futurs projets : les plantes capables de dépolluer l’air, de l’enrichir en oxygène, de créer des jeux de lumière et de la moduler.

Car, le plus intéressant dans cette façon d’imaginer nos villes, est que l’espace gagné au sol, non couvert de béton, pourra l’être par des arbres, des plantes, des fleurs, avec toute la faune qui les accompagne. Les potagers renaîtront, apportant leurs lots d’herbes et de légumes frais ; les ruchers fourniront du miel ; les arbres procureront de l’ombre et du calme à nos esprits agités…

Tu le vois, plutôt que de continuer à bâtir des villes à la campagne, il serait plus intelligent de réintroduire la campagne dans nos villes.

Je suis bien sûr consciente que du temps s’est écoulé depuis l’envoi de ton courrier. Il est possible que tes centres d’intérêt aient changé, et qu’un ordinateur et son cortège de jeux vidéo aient remplacé ta planche à dessins. Mais si l’architecture reste ta passion et que mes remarques t’ont intéressé, n’hésite pas à m’écrire. J’en serai heureuse et je te promets de te répondre rapidement.

J’espère juste t’avoir convaincu que prêter attention aux mystères de la nature, comme ceux des insectes, abeille céleste ou tellurique termite, peut refréner notre certitude d’être une espèce supérieure aux autres ; nous aider à réaliser que l’on peut être petit et tout de même voir très grand.

C’est en tout cas ainsi que je t’ai perçu dans ta lettre.

 

Cher Nicolas, je t’adresse, au nom de Gustave et de moi-même, mes plus chaleureuses pensées.

 

Alva E

 

La semaine prochaine, Sophie nous parle de son rêve et… des étoiles.

D'ici là, Joyeuses Pâques à tous.

 

Publié le 16/04/2022
« Lettre Imaginaire » -4 Mon cher Gustave...

 

Quelle que soit la branche que vous avez choisie,

dans votre vie future,

appliquez-vous à développer un progrès aussi minime soit-il.

Vous en ferez un bien général.

 

Gustave Eiffel

 

 

Madame, Monsieur,

 

Depuis que je suis tout petit, j’admire la magnifique tour que M. Eiffel a créée pour la ville de Paris. Ma chambre est remplie de photos et d’objets à son effigie, et j’ai surtout la chance de pouvoir l’apercevoir en vrai, depuis la lucarne des toilettes de notre appartement.

Le soir, après le dîner, juste avant vingt heures, je file aux toilettes pour guetter le moment où la belle va s’illuminer. Je ne me lasse pas de la voir se parer, durant cinq trop courtes minutes, de sa scintillante robe dorée. Elle devient plus magique encore qu’un sapin de Noël ! Des fois, je me fais disputer par le reste de la famille, qui aimerait aussi disposer des WC et voudrait que je me dépêche.

Quand je leur ai expliqué pourquoi je m’y enfermais aussi régulièrement (ma mère ayant cru que j’étais malade), ils se sont moqués de moi. Mon père a dit : « Ta tour, quand on l’a vue une fois, c’est bon. Il faudrait peut-être que tu passes à des choses plus passionnantes ! »

Plus passionnantes ! Est-ce qu’il se rend compte ? La somme de connaissances qu’un ingénieur aussi savant que M. Eiffel a dû assembler pour concevoir pareil chef d’œuvre ! Les gens viennent des quatre coins de la planète pour y grimper. Nous, on n’y est allés qu’une fois, pour l’anniversaire de mes huit ans. C’était il y a trois ans, et j’ai pourtant un peu de mal à me souvenir, sinon qu’il y avait beaucoup de monde et que je ne pouvais pas voir grand-chose. Je voudrais tellement y retourner, maintenant que j’ai grandi. Hélas, personne n’est d’accord pour m’accompagner !

Et c’est ce que je ne comprends pas. Parce qu’à l’école, c’est pareil. Je suis en sixième et on nous a demandé de faire un exposé sur un thème qui nous tient à cœur. J’ai évidemment choisi de parler de la tour Eiffel. Il faut dire que je partais confiant : je suis carrément incollable sur le sujet. J’avais même apporté en classe quelques éléments de ma collection, dont une belle maquette en bois de soixante-dix centimètres de haut.

Pendant mon exposé, les autres n’ont pas cessé de bavarder et rigoler. La prof de Français n’a pas réussi à les calmer, tant ils se moquaient. Ils ont dit que ma tour était complétement dépassée. Ils ont vu des reportages sur des édifices aux dimensions bien plus impressionnantes, à New York, Shanghai, Dubaï ou Singapour. Pour eux, en comparaison des buildings américains, des hôtels arabes ou des gratte-ciel chinois, la Tour Eiffel serait juste ridicule.

C’est précisément la raison pour laquelle je vous écris.

Même si je sais que M. Eiffel est mort il y a presque cent ans, j’imagine qu’il a dû former des élèves, peut-être ses propres enfants, et que ceux-ci poursuivent ses travaux. Il serait alors urgent qu’ils créent de nouveaux plans, pour concevoir une Tour Eiffel beaucoup plus haute, aussi grande que les buildings chinois ou arabes. Il faut qu’elle fasse à nouveau la fierté de la France !

Je suis résolu, en tout cas, à mener plus tard des études d’ingénieur-architecte. Et je ferai tout pour réaliser ce projet dont je rêve.

Il y a aussi d’autres idées que je voudrais mettre en œuvre. Mais sans ordinateur à la maison, c’est difficile. D’autant que je n’y connais pas grand-chose en matériaux ou en « calculs de portance ». J’ai tout de même dessiné plusieurs plans que je serais très heureux de pouvoir présenter à un expert, dont l’avis me ferait tant plaisir.

J’ai imaginé des constructions que je crois ingénieuses, et surtout innovantes. Il va de soi que j’ai commencé par dessiner une « Tour Eiffel » avec plusieurs étages supplémentaires. Mais je n’en ai pas vraiment vu l’intérêt ; à l’exception d’un projet dans lequel, en partant du milieu de la structure, j’ajoute des parois en plexiglas, disposées en pyramide inversée. Je l’ai appelée ma tour « sablier », et je la crois très réussie.

En fait, je trouve qu’il y a des formes auxquelles il est difficile d’échapper. Celle de la tour Eiffel ne rappelle-t-elle pas les pyramides d’Égypte, ou même, dans la nature, le sapin de Noël que j’évoquais plus haut ?

Du coup, je me suis demandé s’il serait possible de créer d’immenses structures d’habitation, sur le principe des pyramides, mais que l’on construirait « la tête en bas » ? Elles reposeraient sur leur pointe ! Bien sûr, pour les consolider, un pilier serait dressé depuis chaque angle de la structure, jusqu’au sol. L’avantage serait ainsi de ne pas occuper trop de place au sol et de disposer, au dernier étage, d’une immense terrasse en altitude, où les gens pourraient se promener, faire du sport, avoir une piscine, des boutiques… Et les quatre piliers pourraient même faire office de conduits d’ascenseurs pour atteindre directement le toit de l’immeuble !

 

Cela laisserait plein de place au niveau du sol pour circuler librement. J’ai même pensé que certaines de ces pyramides pourraient être disposées de telle façon que leurs sommets soient accolés sur un côté, ce qui augmenterait d’autant la surface totale des terrasses et les choix pour les aménager.

Je ne sais pas si mes idées sont bonnes ou bien stupides. Surtout, je ne sais pas avec qui les partager. Au collège, plus personne ne prend au sérieux « Monsieur Tour Fêlé ». Et à la maison, ma grande sœur déteste (à cause de moi) la tour Eiffel ou tout ce qui s’y rapporte, tandis que mes parents aimeraient vraiment que « je passe à autre chose ».

Mais si par bonheur quelqu’un dans votre entourage était intéressé, sachez que je serais très heureux de lui montrer mes plans et de consacrer tout le temps nécessaire pour en faire l’étude avec lui.

Je suis impatient de lire votre réponse et vous prie, Madame, Monsieur, de recevoir l’expression de mes salutations les plus distinguées.

 

Votre dévoué,

Nicolas Pichon.

 

PS : sur les conseils de ma maman, je vous joins une lettre timbrée avec mon adresse, pour votre réponse.

 

 

Et si Nicolas avait eu raison de joindre une enveloppe avec son adresse ?

À la semaine prochaine…

Publié le 11/04/2022
« Lettre Imaginaire » -4 Le jeune Paul écrit à…

 

Les chiens sont sages.

Ils descendent dans un coin tranquille et lèchent leurs blessures

et ne rejoignent pas le monde, jusqu’à ce qu’ils soient mieux.

 

Agatha Christie

 

Le chien,

 

J’aurais aimé écrire « Mon chien » et ajouter le nom que je t’aurais donné, le jour où tu serais devenu mon chien.

Parce que des chiens, j’en ai déjà eu plusieurs.

Enfin, ils n’étaient pas vraiment à moi. C’étaient ceux de mon grand-père et de mes parents. Mon frère aîné, lui, n’en veut pas. Il est assez pris avec ses copains. Quant à moi, je suis paraît-il trop jeune pour avoir un chien bien à moi.

Il y a trois ans, mes parents ont ramené Cognac, notre chien, à la SPA. Ils disaient qu’il leur créait plus de soucis qu’autre chose et, surtout, qu’il leur coûtait trop cher, à cause de ses croquettes. C’est pas juste. Car même s’il est vrai qu’au début il a détruit pas mal de trucs – il était trop jeune pour comprendre – il s’était ensuite beaucoup calmé. D’autant qu’à par moi, personne ne s’en occupait, et tout le temps où j’étais à l’école, il restait attaché au bout de sa chaîne, dans la cour. Même les poules étaient plus libres que lui. Au moins, elles n’avaient pas de chaîne.

J’ai eu beau pleurer, crier, bouder… mes parents n’ont rien voulu entendre. Un samedi matin, ils ont pris Cognac avec eux dans la voiture, pour l’emporter à la SPA. Je n’ai pas eu le courage de leur demander de les accompagner. Il faut dire que je n’arrêtais pas de pleurer.

 

Mais après, j’ai eu tellement honte ! J’étais le seul ami de Cognac, et je l’ai laissé partir, sans essayer de lui expliquer.

L’année d’après, c’est Wouhisky, le berger allemand de mon grand-père, qu’on a retrouvé mort au matin. Je sais que je n’ai pas le droit de le dire, mais mon grand-père est alcoolique. Il est saoul, du matin au soir. Au début de sa retraite, il s’occupait avec l’entretien de sa maison et retapait aussi la « Petite maison » qui est juste à côté ; celle où on vit, mes parents, mon frère et moi. Mais très vite, il n’a plus quitté son lit ou son canapé, trop ivre pour faire plus de deux pas d’affilée.

Je pense que c’est à cause de lui que nos chiens portaient tous ces noms bizarres. Le troisième, un cocker, avait été baptisé Champagne.

Je n’ai jamais su pourquoi mon grand-père avait adopté Whisky et Champagne. Ils restaient eux aussi enchaînés, toute la journée, dans une cour encore plus petite. Grand-père ne s’en occupait jamais, sauf pour leur gueuler dessus s’ils avaient le malheur d’aboyer. C’était curieux, on aurait dit que lui aussi aboyait, juste pour montrer qu’il était le plus fort. Et si ça ne suffisait pas, il les battait, à coups de poings, de pieds ou de tout objet qu’il trouvait sous sa main, comme un manche de pelle ou de râteau. Même qu’un jour, Whisky ne s’est pas laissé faire : il a mordu le bras de grand-père. Quand je l’ai su, j’étais content. J’ai d’abord pensé que ça découragerait ce sale bonhomme d’être aussi violent. Sauf que, quand je suis allé pour féliciter Whisky dans sa courette, j’ai vu dans quel état l’autre l’avait laissé.

Il était couché sur le flanc et gémissait. Du sang coulait de plusieurs plaies, sur son museau et sur ses flancs. Personne pour le soigner. Ma grand-mère, que j’aimais bien, et qui je crois était la seule qui m’aimait aussi, n’osait pas s’en mêler, par peur de son mari. Elle ne s’occupait d’ailleurs jamais des chiens. Tout juste leur jetait-elle les restes de nos repas (on mangeait tous réunis dans la « Grande maison », sauf grand-père, qui n’avait jamais faim et toujours soif).

Alors, c’est moi qui ai soigné Whisky. Le matin, avant de partir à l’école, et le soir en rentrant. Tant pis pour mes devoirs. Il y avait urgence. J’ai passé des heures aux côtés de ce pauvre chien. Maman avait accepté de me donner un peu de merchurochrauome et du coton pour sécher les plaies. Whisky me regardait avec ses grands yeux marron, pendant que je le caressais et lui parlais. Il avait l’air de m’interroger, comme pour me demander ce qu’il avait fait de mal, et à quoi il servait, attaché au bout d’une chaîne, à longueur d’années. Lui, le fier descendant des loups, le fidèle berger, capable de comprendre plein de choses en un rien de temps ; prêt à monter la garde et à mettre sa vie en danger s’il le fallait, pour nous protéger ; lui, le bon camarade de jeu pour un petit garçon comme moi ; le plus fidèle des compagnons pour ses maîtres.

Je ne l’ai probablement pas soigné comme il fallait. Moins d’une semaine après s’être fait rouer de coups, je l’ai retrouvé mort devant sa niche. Ses beaux yeux marron étaient fermés pour de bon.

Une fois de plus, je m’en suis tellement voulu. C’est ce matin-là que j’ai décidé d’arrêter de vouloir devenir vétérinaire quand je serai plus grand. Pas après avoir laissé mourir Whisky.

J’ai encore beaucoup pleuré.

Il restait Champagne avec qui je pouvais jouer. C’était un chien très drôle et hyper intelligent. Par exemple, et ça tu ne le croiras peut-être pas, mais c’est pourtant vrai : il savait jouer « aux cow-boys et aux indiens » avec moi !

Pour un Noël, mes parents m’avaient offert une panoplie d’indien, avec une coiffe de plumes et un arc qui tirait des flèches à embouts en caoutchouc. J’avais le droit de détacher Champagne, le temps de jouer, et à condition de ne pas oublier de le rattacher aussitôt après. Eh bien, sans même que je le lui apprenne, il suffisait que je coure derrière lui en poussant des cris d’indien, avec ma main devant ma bouche, puis que j’arme mon arc, que je décoche une flèche dans sa direction… pour qu’aussitôt il se roule sur le dos, les quatre pattes en l’air, sans plus bouger. Il faisait le mort ! C’était trop incroyable. Trop bien aussi : à tous les coups c’était moi, le grand chef apache Cochise, qui gagnait. Même si je ratais ma cible (je le faisais exprès, pour ne pas risquer de blesser Champagne), je sortais vainqueur de tous nos duels.

Autant Whisky m’impressionnait par sa force, sa beauté… on aurait dit un grand seigneur, autant Champagne m’épatait par son intelligence et sa douceur. Avec ses longues oreilles, il me faisait tout le temps rire. Plus tard, j’ai découvert la bande dessinée Boule et Bill. Bill est le portrait craché de Champagne, et aussi intelligent.

Champagne est mort de faim. Un mois après qu’on ait enterré Whisky dans le jardin. Durant tout ce temps, il n’avait rien voulu manger. J’avais beau lui parler, lui apporter des biscuits, ou même des petits morceaux de poulet que j’avais fait discrètement passer de mon assiette à ma serviette pour pouvoir lui donner un peu plus tard, rien n’y faisait. Ses yeux n’étaient plus que tristesse. Whisky était son fidèle ami, son grand-frère, son compagnon de « prison » depuis toujours. Moi, je n’étais qu’un petit garçon, de la famille des méchants humains, juste un camarade de jeu.

J’avais demandé à Maman de pouvoir exceptionnellement l’autoriser à rentrer dans la Petite maison ; qu’il ait le droit de venir dans ma chambre, pour ne pas rester seul et que je puisse le consoler. J’avais bien sûr en tête de le laisser dormir avec moi, sur le lit, mais ça je ne l’ai pas dit à ma mère, car je sais qu’elle aurait hurlé. De toute façon, elle n’a même pas voulu qu’il entre chez nous : « C’est le chien de Pépé, il va s’en occuper. T’as pas à t’mêler de ça. Et puis, qu’on le fasse rentrer ou pas dans la cuisine, ça ne changera rien, sauf qu’il va tout salir ! ».

On a enterré Champagne à côté de Whisky. Cela m’a rassuré pour eux deux, sans pour autant me consoler.

 

Je sais, tu te demandes pourquoi je te raconte tout ça : Cognac, Whisky, Champagne, et ma famille.

C’est parce qu’en te voyant, l’autre jour, tu m’as d’un coup rappelé tous ces malheurs. En rentrant chez moi, après t’avoir laissé suivre ta route, j’ai fondu en larmes. Et je n’ai pas tout de suite compris pourquoi.

Lorsque je t’ai croisé sur ce chemin forestier, près de chez moi, je guettais le chant des merles et des tourterelles. Mais surtout, je rêvais à ce jour prochain où je pourrais moi aussi le parcourir d’un bout à l’autre, comme la plupart des randonneurs qui passent là tout au long de l’année. Je partirais depuis notre petit village de Haute-Loire, et marcherais plus de trois-cent cinquante kilomètres, à travers bois et montagnes, jusque tout en bas, dans les Cévennes, à Saint Jean du Gard. C’est le GR 70. On l’appelle « Le chemin de Stevenson » depuis qu’un célèbre écrivain écossais l’a fait à pied avec un âne, et qu’il a fait de son aventure un livre.

Toi, tu te dirigeais vers le nord. Je ne sais pas d’où tu venais ni quelle distance tu avais parcourue avant qu’on se rencontre. Tu es blanc avec des taches noires, mais, ce jour-là, tu m’es d’abord apparu gris et couvert de taches de boue. Arrivé à ma hauteur, tu t’es arrêté et tu m’as fixé de ton regard. Ce n’était pas un regard doux, comme celui de Champagne, innocent comme celui de Cognac, ni généreux comme celui de Whisky. Plutôt un regard dur et froid, comme le climat de ces premiers jours de mai, avec la neige qui était encore tombée durant la nuit, en même temps que la température, et l’humidité qui, malgré l’heure avancée, continuait de dominer l’air, à nous pénétrer jusqu’aux os.

Moi, j’avais mon anorak pour me protéger, mais toi, tu n’avais rien que tes poils courts et drus et la couche de crasse qui dissimulait presque complétement leur vraie couleur. J’ai tout de suite pensé que tu avais été abandonné ou que tu t’étais perdu ; que tu devais avoir froid, faim et même être épuisé si tu marchais depuis longtemps. Je t’ai parlé doucement et tu as accepté de te laisser caresser, sans que ton regard s’adoucisse pour autant. J’ai bien remarqué que ta queue ne s’agitait pas pour me confirmer que tu comprenais mes bonnes intentions. Puis je me suis rappelé que j’avais emporté des biscuits et qu’il m’en restait, au fond de ma poche. De vieux biscuits pas mal durcis avec le temps, et dont je n’aimais pas trop le goût, ce qui expliquait que je n’ai pas tout mangé. Je t’en ai tendu un.

Prudemment, tu as approché ton museau, tu as reniflé le morceau de biscuit, et tu as détourné la tête. Je n’avais, hélas, rien d’autre à t’offrir. Sur le moment, cela m’a presque rassuré, car je me suis dit que si tu avais eu vraiment faim, tu l’aurais mangé.

Tu as choisi de reprendre ta route. Je t’ai regardé partir. Tu as sans doute senti mon regard posé sur toi car, après une dizaine de mètres, tu t’es arrêté et tu t’es retourné. À nouveau tu m’as fixé de tes yeux sombres. Quelques secondes.

Mais ces secondes ont suffi à me bouleverser. J’ai pensé que tu attendais quelque chose de moi, que je ne comprenais pas. J’ai aussi pensé que si je le découvrais, alors tu resterais ; tu accepterais de me suivre et de devenir mon nouveau compagnon. J’ai encore pensé que nous pourrions nous aider l’un l’autre, nous apprivoiser, nous aimer.

Mais je n’ai pas compris ce que toi tu espérais, et, aujourd’hui, je ne suis même plus certain que tu espérais quoi que ce soit. Je me suis sans doute fait des idées, à force de trop penser. Tu as repris ta route, le GR 70, vers le nord, dans la boue, le froid et l’humidité. Le pas sûr, regardant droit devant, comme un vrai randonneur.

Je suis resté avec ma tristesse et ma solitude. Repensant à la façon dont je n’avais pas su dire au revoir à Cognac, pas su soigner Whisky, pas su consoler Champagne et, maintenant, pas su comprendre ton regard.

Je ne regrette plus trop, aujourd’hui, que tu ne sois pas venu à la « Grande » ou à la « Petite » maison. Tu n’y aurais pas été heureux. Maintenant, tu sais pourquoi. J’espère juste que tu auras trouvé ce que tu cherchais.

J’ai demandé à Papa de m’acheter une carte du GR 70. Je l’étudie tous les jours, dans les moindres détails. À la documentation de l’école, j’ai emprunté « Voyage en Cévennes avec un âne », le livre de Robert-Louis Stevenson, et j’ai déjà commencé à le lire. Je vais devoir être patient, mais le premier rêve que je veux accomplir, c’est marcher jusqu’à St Jean du Gard et revenir. Dans ce rêve, tu es présent : je croise à nouveau ta route et nous faisons le reste du chemin ensemble, le temps pour moi de mieux te connaître.

J’ai observé que certains randonneurs avaient l’habitude de former des petits monticules de pierres au bord du chemin. Ils y laissent une prière, avec l’espoir qu’elle sera ainsi exaucée. Parfois une image, ou un simple mot.

Moi, c’est cette lettre que je laisse à ton attention. Sous le petit tas de pierres que j’ai assemblées pile là où l’on s’est croisé. Je l’ai glissée dans une pochette plastique, pour que la pluie ou la neige ne l’abîment pas. Je saurai la retrouver, le jour venu, si tu veux que je te la lise.

Allez, le chien : Ultreïa ! *

 

Paul

 

 

* Salut que se lancent les randonneurs pour s’encourager ; signifie « Plus loin et plus haut ».

La semaine prochaine, Nicolas Pichon écrit à celui dont plusieurs monuments rayonnent dans le monde entier...

Publié le 03/04/2022
L'Arme et le monde

L’actuel conflit russo-ukrainien alimente, à juste titre, bien des conversations, en plus de nourrir les journaux en continu qui n’ont, eux, hélas, que rarement des informations intéressantes à en donner. Mais la vie est belle pour eux : après le Covid (toujours tapi dans l’ombre), l’Ukraine et, désormais, les présidentielles.

Ce qui se passe dans le nord de l’Europe pose pourtant une question qui, bien que d’importance, semble échapper à tous les débats.

Il s’agit de celle des armes nucléaires.

 

Rappelons-nous, la première motivation avancée pour l’emploi de telles armes était de maintenir la paix dans le monde en menaçant de « vaporiser » tout pays qui ne respecterait pas les règles de droit international et entrerait de fait illégitimement en guerre contre une nation souveraine. La destruction massive générée par l’arme nucléaire était présentée comme le moyen de mettre très rapidement fin à un tel conflit et de limiter ainsi les pertes humaines du côté du pays agressé.

 

La géopolitique et l’ordre mondial qui en a découlé, divisant le monde en blocs de pays alliés face à des blocs antagonistes, a entraîné une seconde phase dans l’emploi du nucléaire militaire : celle d’une prolifération, plus ou moins contrôlée. Plusieurs pays, répartis sur les continents américain, européen et asiatique, se sont ainsi dotés de l’Arme. Leur objectif était une fois de plus très « humaniste », puisqu’il s’agissait d’éviter qu’une seule puissance disposant de ces terribles engins puisse imposer sa suprématie au reste du monde.

 

De fil en aiguille, ce qui devait arriver est arrivé ! L’arme nucléaire n’est plus une menace envers un potentiel pays belligérant, mais bel et bien une menace pour toute la planète ! Non seulement, aucun dirigeant n’oserait stopper le conflit en Ukraine en projetant des missiles nucléaires sur la Russie, par crainte des représailles immédiates à l’échelon mondial, mais il est en plus impossible d’aider l’Ukraine à se défendre, par des moyens plus appropriés, de crainte que cela n’incite Poutine à appuyer le premier sur le bouton.

 

Que reste-t-il, dès lors, des arguments invoqués pour la conservation de telles armes ? L’Ukraine est la preuve vivante (pour espérons-le encore quelque temps) de leur inutilité. Ne subsiste que leur dangerosité potentielle.

Qui n’a pas tremblé à l’idée qu’un Kim Jong-Un ne se contente plus de faire des « essais » dans sa région ? Que penser d’un Poutine dont les « experts » occidentaux tentent de nous persuader de la fragile santé mentale ? Combien de citoyens à travers le monde ont fait des cauchemars à l’idée qu’un Trump dispose d’un tel pouvoir ? Et, d’une manière générale, lorsqu’il s’agit justement d’évaluer l’équilibre mental de la plupart des dirigeants de cette planète, on ne peut que frémir d’effroi à l’idée de l’usage qu’ils pourraient faire de leur autorité. Frémissements qui vont de pair avec le délitement généralisé de la forme démocratique au profit des directivismes omnipotents.

 

Me revient à l’esprit cette rumeur qui a couru à propos d’une célébrité qui, après avoir collectionné les amants, a réussi à épouser un président. Selon le ragot, la fraîchement promue Première Dame aurait confié à son entourage avoir depuis longtemps fantasmé s’unir à un homme capable « d’appuyer sur le bouton ». Cette rumeur, invérifiable, n’était sans doute qu’une tentative de diffamation. Mais son fondement est issu d’un inconscient collectif construit sur la peur. La peur commune de voir certains actes dépasser toute limite, échapper à tout contrôle et autoriser ce pour quoi de telles armes ont été créées : une destruction massive, mais cette fois généralisée à la planète.

Des hommes jouent aujourd’hui avec cette peur. Et, avant même de passer à l’acte, nul doute qu'ils s'avèrent déjà coupables de crime moral contre l’humanité.   

Publié le 01/04/2022

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