Sans rire ?

L’humour marseillais plus fort que l’humour britannique ou juif ?

C’est bien possible. Pour preuve :

Covid - Marseille : « Ils profitent du carnaval pour ne pas porter de masque ».

…à mourir de rire !

 

Une philosophie de la légèreté que l’on ne retrouvera certainement pas dans l’œuvre de Nietzsche, convaincu que la noblesse de l’âme résulte en solitude, incompréhension de la masse et tourment. Selon lui, au contraire :

« Tout esprit profond a besoin d'un masque » (*)

 

(*) à lire et relire, avec 295 autres aphorismes du philosophe allemand, dans Par-delà le bien et le mal  Mercure de France ou 10/18

Publié le 23/03/2021
Pas mieux qu’Anchorage pour relancer… la guerre froide

Est-ce le rude climat d’Alaska qui a incité les principaux intervenants de la récente rencontre Chine - États-Unis à mettre en place tous les éléments durs d’une guerre froide dont les conséquences pour le monde pourraient s’avérer dramatiques ?

 

L’objet de cette entrevue était pourtant de tenter de renouer le dialogue après les multiples signes de rupture et de rétorsion lancés par D. Trump à l’égard de la Chine, tandis que celle-ci continuait d’avancer ses pions pour étendre sa puissance économique sur une plus large partie de la planète.

 

Un protocole avait, comme chaque fois, été établi avant la rencontre. Définissant notamment le fond et la forme de la présentation devant la presse, tenue en début de réunion. Les pions blancs allaient aux États-Unis, en tant qu’hôtes de la réunion, la Chine n’intervenant qu’ensuite, en tant qu’invitée.

 

Et c’est là que tout semble avoir dérapé.

Contrairement à la diplomatie convenue et en usage, Anthony Blinken, Secrétaire d’État américain, s’est lancé dans une diatribe féroce contre la Chine, abordant d’emblée tous les sujets "qui fâchent" : politique de la Chine avec Hong-Kong, Taïwan, le Xinjiang ; les piratages internet contre les USA ; l’implication de la Chine dans l’épidémie de la Covid ; son non-respect des règles économiques ; etc.

 

Cette attaque en règle a provoqué l’ire de la délégation chinoise et entraîné une longue réplique, tout aussi cinglante, du chef du bureau des Affaires étrangères du Parti communiste chinois, Yang Jiechi.

Toujours devant la presse, celui-ci a en particulier reproché aux Américains de tout faire pour nuire aux échanges économiques internationaux et de pousser plusieurs nations à entrer en conflit avec la Chine. Il a également souligné l’implication des USA dans les événements de Hong Kong, et rappelé qu’en matière de Droits de l’homme, l’Amérique n’avait de leçon à donner à personne, surtout au regard de sa façon de gérer sa communauté noire. Il a enfin condamné la manière inadmissible dont les Américains traitent leurs invités.

Une chose est certaine, cette « présentation » devant la presse prévoyait deux minutes de temps de parole pour chaque délégation ; elle a duré en tout près d’une heure !

 

Les Américains, en jouant une ouverture si agressive, ne s’attendaient probablement pas à une riposte aussi vive de la part de ce qu’il est hélas convenu d’appeler leur « adversaire ».

Leur crédibilité était toutefois entamée au moment d’affirmer, après réunion, que ce sont les Chinois qui avaient voulu provoquer ce clash, avec l’intention délibérée de rendre la situation actuelle entre les deux puissances encore plus tendue.

 

Crédibilité d’autant remise en cause par les attaques de Joe Biden contre son homologue russe, accusant celui-ci d’être « un tueur » et de « devoir s’attendre à en payer le prix ». En des termes plus symboliques, cela signifie une condamnation à la peine capitale, celle-ci n’étant pas abolie aux États-Unis.

 

Qu’est-ce que le Président américain et ses conseillers attendent d'une pareille diplomatie ?

Ils ne peuvent ignorer les multiples signes de rapprochement entre la Chine et la Russie, ainsi que leurs alliés.

La guerre économique est en place depuis longtemps, suivie d’une récente période de nouvelle guerre froide. En glaçant davantage les relations entre les deux blocs, le prochain niveau de confrontation risque bien d’être militaire.

 

Souhaitons que la prochaine rencontre, si prochaine rencontre il y a, ait lieu non pas en Alaska ou au Pôle Nord, mais plutôt à Miami ou à Hawaï.

Un signe de « réchauffement » que la planète considérerait, cette fois, comme bienvenu ! 

Publié le 21/03/2021
Il y a 150 ans...

Dans des temps où une part de la France s’insurge contre les privations de liberté que lui impose la pandémie (Covid 19), il est intéressant de rappeler que ce 18 mars marquait très précisément les… 150 ans de la Commune !

 

La célèbre et terrible insurrection de parisiens, pour la plupart ouvriers, révolutionnaires, socialistes, s’acheva le 28 mai, au terme d’une « Semaine sanglante ».

Pendant plus de deux mois, le mouvement insurrectionnel, pourtant improvisé, a régné sur la capitale, sous le nom de Commune de Paris.

 

Comme toujours, dans des épisodes aussi forts, de nouvelles idées, mais aussi de nouvelles figures populaires émergent. Parmi elles, plusieurs femmes, dont la célèbre « Veuve rouge de la Commune ».

 

Louise Michel (née 21 ans plus tôt, en 1830) était une femme éduquée (ayant son brevet d’institutrice), intéressée par les valeurs morales qu’elle étudie notamment au travers de la poésie et de… la politique !

C’est sur la Butte Montmartre qu’elle fait pour la première fois parler d’elle, au tout premier jour de la Commune. Lorsqu’Adolphe Tiers donne l’ordre à l’armée de récupérer les canons sis sur la butte, Louise Michel, à la tête d’une troupe de femmes du quartier, n’hésite pas à faire barrage aux soldats, y compris lorsque ceux-ci reçoivent l’ordre de tirer. Devant le courage et la résolution de ces femmes, les militaires refusent de faire feu, et certains se joignent même aux insurgés.

Les semaines suivantes, Louise Michel est de chaque combat, prenant tous les risques, secourant les blessés, exhortant la population à rejoindre le mouvement. La Veuve rouge tient bon, y compris pendant la Semaine sanglante à l’issue de laquelle, comme tant d’autres, elle est arrêtée et déportée.

Elle ne revient en France qu’en 1880, à l’occasion de l’amnistie générale.

Entre-temps, elle s’est convertie à l’anarchisme dont elle devient une cheffe de file importante dans le pays. Elle met son talent de rédactrice et d’oratrice au service de sa cause, ce qui lui vaut d’être arrêtée à de nombreuses reprises. Elle n’abandonne pourtant jamais son combat, et repart, de meetings en conférences, chaque fois qu’elle a fini de purger sa peine.

À sa mort, en 1905, terrassée par la maladie, elle laisse derrière elle de nombreux écrits qui témoignent de ses idées et de son combat contre l’immoralité politique.

 

À lire et relire :

Mémoires de Louise Michel,  Éditions La découverte

Lettres à Victor Hugo, Le Mercure de France

Publié le 19/03/2021
I have a dream

Notre ministre de l’intérieur (rien que ça), poursuivi en justice pour une accusation de viol ; les cas de revenge-porn qui se multiplient ; le harcèlement à l’école ou au travail pour motifs sexuels ; les dénonciations de plus en plus nombreuses de viols et/ou d’incestes commis par des personnalités publiques ; le cyber-harcèlement devenu pratique courante (en 2018, 73% des femmes témoignaient en être victimes, dont 18% sous une forme grave) ; les féminicides quotidiens et l’augmentation des violences conjugalesbienvenue au 21ème siècle, siècle de progrès !

 

Ainsi, la violence pourrait bien, contrairement aux anges, avoir un sexe.

(Sans vouloir contredire Rousseau qui, dans son Émile ou de l’Éducation, affirmait : « La violence de la femme est dans ses charmes ».)

 

Et si la violence semble de tous les temps, elle est également de tous les lieux.

Ainsi, en Australie, après la dénonciation de violences sexuelles commises par des membres du gouvernement, le pays tout entier entre en ébullition. La campagne #march4justice bat son plein dans la capitale fédérale, Canberra, tandis qu’à Perth (capitale de l’État d’Australie Occidentale), des milliers de personnes ont manifesté ce week-end, toujours contre les violences faites aux femmes.

 

Et en Australie comme ailleurs, la violence s’exprime sous de multiples formes.

Ainsi en atteste le magnifique film réalisé par Jennifer Kent, The Nightingale (le Rossignol).

Un scénario qui se déroule en 1825. Il nous relate l’histoire de Clare, une jeune irlandaise, violée à plusieurs reprises par un officier anglais (celui-ci tuera également l’époux et le bébé de Clare). Bien décidée à ce que justice soit faite, Clare entreprend la traversée d’une grande partie de la Tasmanie, du Sud au Nord, guidée dans cette partie sauvage de l’île (où aucune femme blanche ne s’est jamais aventurée), par un jeune pisteur aborigène. Rongée par la douleur, la colère et le désir de vengeance, Clare découvre, au cours de son périple, de quelle façon la violence gratuite qui habite certains hommes s’exprime aussi à l’encontre des communautés aborigènes ; au point de les exterminer.

 

Ce long métrage a été primé à la Mostra de Venise lors de sa présentation en 2018.

Jennifer Kent y était la seule (femme) réalisatrice présente.

Et, fait incroyable, la projection s’est conclue par une série de sifflements et de huées à caractère raciste (alors que le film dénonce précisément le racisme contre les Noirs australiens), et après que certains spectateurs soient allés jusqu’à applaudir une scène au cours de laquelle un des Aborigènes est tué !

 

Cette triste réaction, ô combien brutale elle aussi, n’a fait que démontrer la justesse du propos de Jennifer Kent et que la violence, en plus d’un sexe, peut aussi avoir une couleur.

 

Propos qui, presque 60 ans plus tard, fait écho au discours d’un homme noir, lui aussi, mais américain ; le discours du pasteur Martin Luther King, venu le 10 décembre 1964 recevoir le Prix Nobel de la paix à Oslo. Voici ses mots (extrait) :

 

« Civilisation et violence sont des concepts antithétiques. À l’instar du peuple indien, les Noirs des États-Unis ont prouvé que la non-violence n’était ni stérile ni passive, mais constituait une puissante force morale au service de l’évolution sociale. Tôt ou tard, tous les hommes du monde devront découvrir le moyen de vivre pacifiquement les uns avec les autres et de transformer ainsi notre lamentation cosmique en un psaume novateur à la fraternité. »

 

À l’issue de son discours, Martin Luther King n’a été ni hué ni sifflé. Il a simplement été assassiné quatre ans plus tard, le 4 avril 1968, à Memphis, dans le Tennessee.

 

À voir :

The Nightingale

Jennifer Kent                     Sortie prévue en France en 2021.

Publié le 16/03/2021
16 mars 2020 - 16 mars 2021

Il y a un an, jour pour jour, nous quittions l’Australie pour revenir à Paris, en misant sur un périple risqué, le seul qui avait une chance de fonctionner : plus de 40 heures de voyage, depuis Melbourne, en passant par Singapour puis Munich.

Quel soulagement, alors, de retrouver nos pénates parisiens !

Nous étions bien sûr loin d’imaginer « l’épisode Covid 19 » auquel, avec des milliards de personnes à travers le monde, nous allions être confrontés ; ni dans sa forme ni dans sa durée.

 

Que de questions, depuis, face à un tel inattendu.

Toujours, dans les temps confus, la lecture d’œuvres impérissables s’avère précieuse pour, justement, faire face.

 

Le Dao de jing, Livre de la Voie et de la Vertu, est de celles-là. Un ouvrage essentiel du taoïsme, dont l’un de ses plus fins connaisseurs en Occident, le regretté Claude Larre, disait : « Il secrète l’optimisme, désarme l’agressivité, élude les difficultés, avec la grâce du naturel propre à l’esprit chinois. »

 

Le chapître 50

(La rédaction des textes classiques chinois n’incluait aucune ponctuation. C’est d’ailleurs ce qui en rend la traduction aussi difficile (et hasardeuse selon le traducteur). La traduction ici est celle de C. Larre).

 

 

On sort c’est la vie on rentre c’est la mort

Compagnons de la vie ils sont Treize

Compagnons de la mort ils sont Treize

Mouvant les vivants aux sites de mort Treize encore

 

Et pourquoi

Sinon qu’on est mené par l’avidité de vivre

 

On dit que ceux qui connurent l’art de vivre

Quand ils voyageaient par les routes

Ne rencontraient ni le rhinocéros ni le tigre

Quand ils étaient à l’armée

Ne portaient ni armes ni cuirasse

Le rhinocéros n’aurait pas eu où planter sa corne

Le tigre n’aurait pas eu où jeter sa griffe

L’arme où placer sa lame

 

Et pourquoi

Sinon qu’ils n’offraient pas de prise à la mort

 

À lire et relire :

Lao Tseu, Tao Te King

texte traduit et présenté par Claude Larre  Collection Les Carnets, éditions DDB

Publié le 16/03/2021
Apprenons à communiquer avec... l'au-delà

Depuis des siècles, l’Extrême-Orient fascine les Occidentaux par ses croyances et ses pratiques associées à la spiritualité.

Mais il ne faudrait pas oublier que ce qui caractérise le plus cette lointaine partie du monde, c’est un sens concret extrêmement développé.

Sont le plus fréquemment mis en avant à propos de la Chine, du Japon, de la Corée… un indéniable talent commercial, une impressionnante productivité et capacité de travail, le goût pour les nourritures terrestres, l’argent, etc.

 

Nous pourrions être encore davantage surpris par la façon dont ces mondes, matériel et spirituel, sont amenés à très naturellement cohabiter, et à interférent en permanence, dans les us et coutumes asiatiques.

 

 

Rappelons-nous, même si cela remonte à des millénaires, les sacrifices humains et animaliers pratiqués lors des funérailles de personnages importants : des animaux domestiques, mais aussi des familles entières de serviteurs et de gardiens étaient enterrés vivants avec le ou la défunte afin de continuer à veiller sur son esprit, son « fantôme », dans l'au-delà. Plus tard, ces êtres vivants ont été remplacés par des représentations en terre cuite, en bois, en jade… (Ainsi, la remarquable armée en terre cuite, enterrée dans le mausolée du premier empereur, Qin Shi Huangdi, découverte tout près de Xian, en Chine.)

Des coutumes que nous connaissons bien et qui ont fait le bonheur de générations de pilleurs de tombes dans ces pays.

 

Aujourd’hui encore, on continue d’honorer au quotidien les âmes des morts, l’esprit des ancêtres, et nous sommes habitués à voir trôner dans les foyers asiatiques, en particulier chez les familles bouddhistes, des autels miniatures devant lesquels les membres (encore vivants) de la fratrie viennent prier et déposer des offrandes.

 

Un important commerce s’est développé autour de ces pratiques, faisant florès un peu partout en Asie, tout particulièrement en Chine. Celui des « courriers fantômes » et des offrandes de papier. Le principe consiste à reproduire en papier des objets très concrets du monde réel, pour ensuite les brûler et ainsi les expédier dans l’au-delà, aux esprits à qui ils sont adressés.

Cela a vite pris la forme essentiellement de faux billets (surtout des « grosses coupures »), imitant sommairement les vrais, incinérés par liasses entières de façon à assurer la fortune des ancêtres défunts. Bien sûr, cette « monnaie de singe » n’est pas vendue au prix de la vraie monnaie, mais elle assure tout de même un business confortable à ceux qui la produisent… en toute légalité.

 

Il arrive que ces « courriers fantômes » soient de simples prières, mais la manière dont dorénavant ils aident les mortels à se projeter dans l’au-delà est sans la moindre limite d’imagination. Il suffit de passer commande aux entreprises spécialisées. Celles-ci élaborent alors des maquettes en papier propres à satisfaire tous les fantasmes. Il est ainsi possible, par exemple, d’assurer les « besoins » matériels du cher disparu en lui adressant une jolie et grande maison, dotée de tout le confort, ainsi qu’une grosse voiture ; pourquoi pas un fac-similé de permis de conduire au cas où il aurait égaré le sien ?; s’il aimait festoyer, un magnifique banquet ; s’il était musicien, un studio tout équipé ; etc.

 

On découvre de la sorte que les projections des vivants sur le « monde d’après » reproduisent exactement les besoins et satisfactions du « monde d’avant » dans ses aspects les plus triviaux. La spiritualité transcendée par le matériel, en quelque sorte. Ce qui semble logique dès lors que le matériel est perçu comme principale source du bonheur et donc de la paix de l’esprit !

 

 

Un récent reportage diffusé sur Arte confirme qu’en Extrême-Orient les relations avec l’au-delà innovent sans cesse, reposant sur toujours plus de matérialité telle que vécue au quotidien durant le vivant.

Il a été tourné sur un site proche de Fukushima, au Japon. On y a érigé, au sommet d’une colline… une cabine téléphonique.

 

Dessinée sur le modèle des fameuses cabines londoniennes, mais toute peinte de blanc, elle se dresse là, à l’écart de l’agitation urbaine, exposée à tous les vents, et attendant qu’on en pousse la porte. À l’intérieur : une simple tablette avec un téléphone posé dessus. Un de ces vieux modèles à cadran rotatif, un peu bruyant. Le fil est branché… dans le vide !

Chacun est libre d’y entrer et d’utiliser ce combiné supposé être connecté « en direct » avec le monde des esprits.

Quelques utilisateurs, apparemment sains d’esprit, ont accepté de témoigner face caméra. Ils attestent que cette forme de communication avec le défunt auquel ils sont liés leur procure beaucoup de soulagement, entretient le lien sacré avec l’âme du ou de la disparu(e) (à Fukushima, il s’agit de milliers de victimes, dans des conditions particulièrement violentes), et est source de paix et de sérénité.

N’est-ce pas suffisant, après tout ?

 

Mais ce que la caméra nous montre de plus étonnant, selon moi, c’est la façon dont s’établit cette "communication". On voit en effet des personnes non seulement décrocher le combiné, mais bel et bien composer un numéro, comme dans la « vraie vie ». Quel numéro ? Celui du domicile de la personne concernée lorsqu’elle était en vie ? Un numéro imaginaire ?

Tout aussi fascinant, on peut observer comme ces utilisateurs, après avoir composé le numéro, restent quelques instants silencieux, comme attendant qu’une voix s’exprime à l’autre bout.

Puis, s’engage un monologue, interprété très exactement à la manière d’un dialogue, avec, là encore, des temps de silence traduisant l’espoir de possibles réponses.

Les sujets évoqués (pour ceux qui ont accepté d’être enregistrés) sont très banals, compte rendu sur les faits du quotidien, salutations polies… ponctués de moments plus chargés d’émotion traduisant la douleur créée par le vide laissé après la disparition.

 

Comme il y a plus de trois mille ans, tout en s’appropriant les nouvelles technologies, le temps d’honorer les défunts est ici ritualisé, de façon consciente ou non, afin que les âmes défuntes, apaisées, ne soient pas tentées de perturber l’existence des vivants. C'est en tout cas la version "officielle" sur laquelle chacun s'accorde en observant cette étrange et permanente cohabitation des deux mondes. On peut aussi y voir, toujours un rituel, mais davantage destiné à rassurer les vivants sur l'inconnu qui les attend, en lui donnant une identité rassurante, celle de la vie dont ils rêvent au présent !

 

Que disait Montaigne, déjà ? « Vivre c’est apprendre à mourir ». Se pourrait-il « au bout du compte », que l’inverse soit également vrai ?  

Publié le 15/03/2021
Désobéissance civile pacifique : un devoir ? un impératif ? Une réponse à l’indignation.

De l’impératif de désobéissance explicité par J. M. Muller au devoir de désobéissance prôné par Gandhi, la contestation et l’insoumission restent des mots d’ordre essentiels de la société civile à travers le monde.

 

Selon le philosophe américain H. D. Thoreau, « Il est plus souhaitable de cultiver le respect du bien que le respect de la loi ». Oscar Wilde ne l’aurait pas démenti : « Aux yeux de quiconque a lu l'Histoire, la désobéissance est la vertu originelle de l'homme. La désobéissance a permis le progrès » ; ni Victor Hugo : « Désobéir, c’est chercher ».

 

Le fait premier de la résistance est le plus souvent l’indignation ; ce qui avait valu son titre à l’essai de Stéphane Hessel sur ce sujet : « Indignez-vous ! » Titre lui aussi en forme de mot d’ordre, qui avait interpellé un nombre considérable de lecteurs.

 

Si l’indignation paraît en effet essentielle -- preuve qu’il subsiste un désir de dignité --, ses raisons sont, elles, extrêmement subjectives et légitiment de façon très inégale les mouvements de résistance qui en découlent. Pour avoir connu l’installation du nazisme en Europe, Hessel en savait quelque chose.

Que dirait-il aujourd’hui des « rebelles modernes » qui s’indignent de leurs privations de liberté lorsqu’il leur ait demandé de ne pas fumer en public ou de porter un masque pour cause de pandémie ?

Ailleurs dans le monde, les privations de liberté s’expriment également. De façon plus violente, et les formes de résistance civile le sont aussi.

 

En Birmanie, après le récent putsch militaire, la résistance prend une forme et une force inattendues, et les colonels de la junte ne peuvent que s’en inquiéter. Dans le pays, l’indignation est désormais générale, ne se limitant plus aux seules manifestations dans la capitale. On tire à balle réelle sur les contestataires, on les emprisonne, on les maltraite… mais ils « résistent » toujours, et s’organisent. Ils ont créé le CMD (Mouvement de désobéissance civile) que des milliers de Birmans rejoignent. Mieux, on compte désormais dans leurs rangs des fonctionnaires et des diplomates ! Des garde-frontière déposent les armes et se réfugient en Inde. Des policiers par centaines quittent leur poste. Fin février dernier, au siège New Yorkais de l’ONU, l’ambassadeur birman en personne a fustigé le coup d’état des militaires, et demandé aux États membres de tout entreprendre pour y mettre fin. Accusé de haute trahison par la junte, il a été aussitôt démis de ses fonctions. Mais celui qui a été nommé pour le remplacer a préféré… démissionner à son tour ! Triste rappel des événements de 2011 et de la junte alors au pouvoir : le numéro 2 de l’ambassade birmane à Washington, craignant pour sa vie et celle de sa famille, avait alors déjà demandé l’asile politique aux États-Unis.

 

Si, en Birmanie, jamais la résistance n’a été aussi forte, elle semble en revanche très compromise à Hong Kong où, d’évidence, la Chine revient sur sa promesse de maintenir pour une période de 50 ans le principe de « un pays, deux systèmes ». La résistance locale a provoqué l’ire du « grand-frère » chinois qui intensifie les vagues d’arrestations au sein du parti démocrate et exige une totale allégeance au gouvernement de Pékin.

 

Mais la résistance s’exprime aussi dans les coins les plus reculés de la planète, échappant ainsi au radar des principaux medias. Il se peut d’ailleurs que les raisons mêmes de cette contestation échappent tout simplement à nos esprits de citadins trop préoccupés par les séries de confinements et autres couvre-feux.

Les populations autochtones de l’île de Baffin, au nord de la planète, s’opposent aux projets d’expansion de la société Baffinland qui gère notamment la mine de fer de Mary River.

 

Afin de doubler sa production, Baffinland veut construire une voie ferrée qui reliera, sur plus de 110 kilomètres, la mine au port d’embarquement.

Plusieurs communautés d’inuit n’ont pas hésité à affronter les pistes enneigées durant des dizaines d’heures (et avec des températures avoisinant les -40°) pour venir bloquer des installations de Baffinland. Il faut dire que, pour eux, l’enjeu est essentiel.

Si la filiale du groupe fondé par Minerals Group et ArcelorMittal mène son projet à terme, le trafic maritime dans la région va considérablement s’intensifier, à raison d’environ 200 passages par an et avec des minéraliers 6 fois plus gros que ceux actuels.

La faune marine très présente dans ce secteur, (narvals, baleines…) en sera la première victime. La faune terrestre ne sera pas épargnée, puisque la nouvelle voie de chemin de fer passera au beau milieu de la zone de mise bas des caribous.

 

Au fait, comment Mr Hessel concluait-il son (trop) court opuscule ? Lui, l’homme alors âgé de 93 ans, conscient de sa fin prochaine, cofondateur du Conseil National de la Résistance, corédacteur de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948 ?

«  À ceux et celles qui feront le XXIe siècle, nous disons, avec notre affection : Créer c’est résister. Résister c’est créer. »

 

À lire ou à relire :

Indignez-vous !  Stéphane Hessel  Éditions Indigène

La désobéissance civile  Henry-David Thoreau  Poche

L’impératif de désobéissance : fondements philosophiques et stratégiques… Jean-Marie Muller

Du devoir de désobéissance civile  Gandhi (textes compilés) Ed Payot

Publié le 07/03/2021
En finir avec l'écriture inclusive

Certes, l’égalité homme femme est loin d’être gagnée et il est indispensable de soutenir tous ceux qui combattent pour que celle-ci soit enfin établie. Faut-il pour autant encourager les projets les plus imbéciles ? Peut-on, au nom de cette égalité, laisser se créer, se développer, et déjà s’enseigner une langue infernale qui, non seulement détruit toute harmonie dans la belle langue de Molière, mais va inéluctablement creuser le lit d’un sous-langage tel celui en usage dans les SMS, Tweets, et autres courriels ?

 

Je veux bien sûr parler de l’écriture inclusive. Nouvelle arme de guerre des intégristes du féminisme ; impraticable sans passer des heures à réfléchir au « bon respect des règles vouées à balayer toute trace d’identité sexuelle », alors même que les règles les plus élémentaires de l’orthographe et de la grammaire sont bafouées par une très large majorité d’entre nous !

 

Avez-vous seulement tenté de rédiger un texte selon ce mode inclusif ? Autant se cogner d’emblée la tête contre les murs. Un exemple :

<< Que toutstes celleux qui, soi-disant possesseur.e.s de savoir méprisent leurs lecteur.rice.s en pratiquant une écriture non inclusive, négligeant notamment de compter le nombre de personnes de chaque sexe dans un groupe avant de décider si celui-ci doit être accordé au « féminin » ou au « masculin », soient jugé.e.s et condamné.e.s par toutstes celleux qui protègent les droits de la Femme en particulier et de leurs auditeutrices en général. >>

 

Comment des enfants (et même des adultes) auraient-ils la moindre chance d’intégrer ces nouvelles conventions, alors qu’ils sont déjà en déficit d’écriture (et de lecture) ?

D’ailleurs, si l’écriture devient un casse-tête en suivant ces principes, la lecture en souffre tout autant !

 

Je bénie le Ciel d’être un simple romancier, libre de pratiquer l’écriture de mon choix, et non un fonctionnaire en charge de textes officiels. Mais combien de temps encore pourrons-nous y échapper ?

Le zèle épouvantable de plusieurs universitaires, sans doute adeptes de la maïeutique et du « politiquement correct », à s’imposer (étudiants) ou imposer aux autres (enseignants) l’usage de ce nouveau charabia est sans doute le plus étonnant dans cette affaire.

Par peur d’une petite minorité adepte de la masturbation intellectuelle, ils sont prêts à compromettre l’usage des outils majeurs de la culture, écriture et lecture, nécessaires à tous. À moins que l’idée soit de créer deux niveaux de langage et de faire ainsi apparaître une illusoire élite intellectuelle ?

Je viens notamment d’apprendre que des profs de Sciences-Po en seraient à distribuer des points supplémentaires à ceux de leurs élèves qui pratiquent la rédaction inclusive !

 

À force de ne plus seulement mettre les points sur les « i » mais aussi à en parsemer les mots et les phrases, la psychorigidité des uns mettra vite à mal la spontanéité et la créativité des autres.

 

Je n’ai aucune envie de devoir un jour me soumettre à cette hérésie collective, fortement teintée de lâcheté. Aussi, je remercie et félicite les quelque 60 députés qui, le 17 février dernier, se sont unis pour demander la suppression de l’écriture inclusive des textes administratifs.

Vu la très forte augmentation du budget aspirine au sein de l’administration française, la Sécurité Sociale devrait également leur en être reconnaissante. 

 

Publié le 28/02/2021

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