Le poids du vivant sur terre

Arte vient de diffuser un excellent reportage (comme toujours), relatant le travail incroyable réalisé par des experts et scientifiques, à propos de… la biomasse de notre planète.

Ces hommes et ces femmes étonnants, qui n’ont pourtant rien de « Professeurs Tournesol », se sont posé l’étrange question : « Quel poids représente le vivant sur terre ? » et, plus étrange encore, ont consacré tous leurs efforts à essayer d’y répondre.

Le reportage livre leurs conclusions. Elles sont à la fois lumineuses, inattendues et, hélas, inquiétantes.

 

« Peser » le vivant, équivaut à un véritable défi. Cela signifie recenser l’intégralité des espèces connues de la flore et de la faune, depuis les plus grands mammifères jusqu’aux plus petits organismes vivants, tels le plancton et les bactéries, et aussi évaluer celles qui nous sont encore inconnues. Puis, de réaliser une opération en apparence très simple, mais en apparence seulement : Calculer le poids moyen d’un spécimen d’une espèce, le multiplier par le nombre de spécimens (ceci donne le poids de chaque espèce), et enfin additionner le poids de toutes les espèces.

Une paille !

 

Mais venons-en directement aux résultats obtenus.

Lorsque, dans mon billet précédent, j’évoquais « les chiffres si énormes qu’il est difficile de nous les représenter mentalement, et en tout cas sans qu’ils nous donnent le tournis », cela vaut tout particulièrement pour le cas présent !

Aujourd’hui, le « Poids du vivant » sur terre serait… d’une tératonne !

Eh oui, difficile à « mesurer » n’est-ce pas ?

Petit rappel pour les moins matheux d’entre nous : 1 est défini comme 10 puissance 0, 10 vaut pour 10 puissance 1, 100 pour 10 puissance 2,etc. 1 téra vaut pour 10 puissance 12 !

Autrement dit, 1 tératonne équivaut à 1 million de tonnes (ou : 1 milliard de kilos).

C’est le poids de la biomasse terrestre estimée à ce jour.

 

Mais, nos savants « fous » ne comptaient pas en rester là. Ils se sont ensuite demandé : « Comment cette biomasse évolue-t-elle ? ».

Retour à leurs planches à calcul, ou plutôt à leurs puissants calculateurs et leurs centaines de… téraoctets.

La réponse est tombée, cinglante : la biomasse était, au début de l’ère industrielle, de… 2 tératonnes, exactement le double ! (Et rappelons qu’elle était bien plus considérable il y a seulement quelques millions d’années, autrement dit « une seconde » sur l’échelle de vie de notre planète.)

50% de perte de la biomasse en seulement deux siècles, qui s’attendait à cela ?

 

Alors, une autre question s’est imposée à eux, démarche typique d’un esprit scientifique et donc curieux : « Quel poids représente le « Non-vivant » ? Autrement dit, tous les objets que l’homme a créés et continue de créer pour son propre mode de vie.

Sans surprise, ce poids n’a cessé d’augmenter, et de façon exponentielle depuis le début du XXème siècle. En 2020, il avait rattrapé le poids du vivant et, depuis, il l’a dépassé ! Désormais, nos voitures, téléphones, ordinateurs, trains, fusées… pèsent plus lourd que le vivant, et l’écart se creuse de plus en plus vite.

Dans le même temps, les scientifiques responsables de cette étude se sont encore interrogés : « Comment se compose la biomasse ? » « Quelle part de celle-ci est impactée par cette chute exponentielle ? »

 

Une fois de plus, la réponse s’est avérée particulièrement inquiétante : en 2020, le vivant se répartissait entre : 34% d’humains, 60% de flore et d’animaux domestiques, et seulement 6% de faune sauvage.

Les espèces animales sauvages comme, les batraciens, les insectes, les reptiles, les oiseaux, les poissons et les quelques rares grands mammifères que l’homme n’a pas encore abattus, ne représentent plus que 6% de la vie sur terre. La chance que nos enfants aperçoivent ces animaux en dehors d’un zoo, d’un livre ou d’un programme virtuel, s'amenuise d'année en année.

 

Selon nos savants, toutes ces réponses, vont dans le même sens, celui d’une nouvelle grande extinction.

La définition d’une « grande extinction » (ou extinction de masse) est : un événement relativement bref à l’échelle des temps géologiques (quelques millions d’années au maximum) au cours duquel au moins 75 % des espèces animales et végétales présentes sur la Terre et dans les océans disparaissent.

Ce serait bien le cas ici.

 

La terre a connu 5 extinctions de masse dans son histoire :

  1. Ordovicien : il y a environ 445 millions d'années (Cause envisagée : disparition de nombreuses mers et océans).
  2. Dévonien : env. 360 à 375 millions d'années (épuisement de l'oxygène dans les océans)
  3. Permien : env. 252 millions d'années (astéroïdes, activité volcanique)
  4. Trias : env. 200 millions d'années (activité volcanique entraînant un fort réchauffement climatique)
  5. Crétacé : env. 66 millions d'années (astéroïde)

Cette 6ème extinction de masse, annoncée par nos scientifiques, et qui porte atteinte à la biodiversité terrestre, relève, elle, d’une cause parfaitement identifiée et nouvelle : l’activité humaine et la priorité que s’attribue cette espèce sur toutes les autres.

En conclusion de l'étude, une dernière question se pose : « L’humain justifie cette priorité par sa conscience et son intelligence. Ne pourrait-il, dès lors, mettre celles-ci à profit pour stopper l’extinction qui est en cours ? ».

Publié le 25/09/2022
Un nouveau « climat » politique en Australie ?

Il est clair que nous sommes sous le feu constant des informations, des bonnes et, surtout, des moins bonnes nouvelles, le tout documenté par des chiffres qui, bien souvent, donnent le tournis. Des chiffres si énormes qu’il est difficile de nous les représenter mentalement.

 

L’Australie, compte tenu de ses dimensions, est régulièrement l’objet de ces données étourdissantes. En particulier lorsque l’on évoque les catastrophes naturelles dont celle-ci est désormais la victime récurrente.

À titre d’exemple, dans mon billet du 29/07/2020, j’évoquais les résultats publiés par les équipes de chercheurs de plusieurs universités, à propos de l’impact sur la faune sauvage, des incendies survenus en début d’année (115 000 km² de terres détruits) : « Leurs résultats font état non pas de un, mais de TROIS MILLIARDS d’animaux tués ! Pour la grande majorité des reptiles (presque 2,5 milliards ont disparu), des oiseaux (180 millions), des mammifères (143 millions) et de nombreuses espèces de batraciens (plus de 50 millions). L’étude n’a pas encore été menée sur la flore, mais les données à ce sujet ne peuvent être que pires encore ». Et de préciser : « Il s’agit là d’un bilan partiel, qui ne prend pas en compte les animaux ayant survécu, mais condamnés à court terme, faute d’habitat, de nourriture, et à la merci de nombreux prédateurs ».

Difficile, n’est-ce pas, de se représenter un tel carnage.

Aujourd’hui, nous savons que ce sont en réalité 5,8 millions d'hectares de forêt qui ont été détruits dans les seuls incendies de fin 2019 et début 2020.

 

Un rapport gouvernemental publié il y a quelques semaines insiste sur la gravité de la situation dans le pays et démontre que la faune et la flore uniques de l’Australie sont plus que jamais menacées en raison des feux de forêt, de la sécheresse, de l’activité humaine et du réchauffement climatique.

Selon les scientifiques, auteurs de ce document, les millions d’hectares de brousses et de forêts partis en fumée depuis 1990 ont entre autres impacté les forêts vierges, qui représentent des écosystèmes uniques au monde, et aussi plus de sept millions d’hectares (entre 2000 et 2017) servant d’habitat à des espèces menacées. La liste de celles-ci vient ainsi de s’allonger avec 200 espèces végétales et animales d’importance nationale… en cinq ans seulement. Le rapport précise : « L’Australie a perdu plus d’espèces de mammifères que n’importe quel autre continent ».

Pendant ce temps, l’expansion urbaine constante contribue à l’augmentation des températures, et à la pollution, tout en puisant sans aucune modération sur les ressources en eau et en énergie. Ainsi, la seule ville de Sydney a perdu plus de 70% de sa végétation indigène à cause de son expansion.

En mer, le blanchiment massif des coraux sur la Grande barrière se poursuit. Après les importants dégâts enregistrés en 2016, 2017 et 2020, le même phénomène s’est reproduit cette année.

 

Croyez-le ou non, mais ceci est un très court résumé.

La liste des dommages est bien trop longue pour être exposée dans son intégralité. Mais toujours pas assez longue pour obliger les responsables australiens (et ceci est vrai pour leus homologues à l'international) à agir en conséquence ?

 

Déjà à l’époque, je me montrais très critique envers Scott Morrison et son gouvernement, pour leur inaction en matière de climat et, pire, pour avoir favorisé plusieurs projets contraires aux objectifs souhaitables en matière de préservation de l’environnement.

Non seulement les incendies mentionnés ci-dessus ont perduré (précédés et suivis de graves inondations, liées elles aussi au dérèglement climatique), mais ils ont affecté gravement le trou d'ozone au-dessus de l'Antarctique. Dans le même temps, les combustibles fossiles comme le charbon et le gaz sont restés un atout maître pour l'économie australienne, nourrissant le débat au sein des représentants du peuple australien. Nombre de ces derniers refusent de sacrifier une telle manne économique et vont jusqu’à remettre en cause le lien entre catastrophes naturelles et la gestion climatique de la planète.

 

Mais un espoir vient de naître : l’Australie a choisi de se doter d’un nouveau gouvernement.

Exit Morrison et les ultra-libéraux ; le nouveau Premier ministre australien, le travailliste Anthony Albanese, bien que peu populaire, a su convaincre les électeurs avec ses promesses en matière sociale et écologique.

Et… il semble décidé à les tenir ! (Ce n’est pas si fréquent en politique). Son gouvernement de centre-gauche vient de faire adopter son projet de loi sur le changement climatique (le premier vrai projet depuis plus de dix ans), définissant des objectifs d'émissions carbonées et inscrivant pour la première fois dans sa législation l'objectif de zéro émission nette d'ici 2050. (Ce à quoi Morrison s’était toujours refusé). Cette loi vise à réduire de 43% les émissions par rapport aux niveaux de 2005 !

 

Voilà une nouvelle positive et encourageante pour l’ensemble de la planète, et elle mérite d’être soulignée. La flore et la faune australienne doivent être préservées, et tous les efforts en ce sens sont les bienvenus.

Publié le 24/09/2022
In memoriam… Ray Bradbury

Suite à mon récent billet (22/08/22) sur le 40ème anniversaire de la disparition de Philip K. Dick, j’entends déjà les puristes de la littérature SF s’indigner de tous les grands auteurs que je n’ai pas cités à cette occasion (Edgar Rice Burroughs, H. G. Wells, George Orwell, Aldous Huxley, Barjavel…). Qu’ils veuillent bien me pardonner et comprendre que la liste aurait alors forcément été longue, sans garantie pour autant d’être exhaustive (les points de vue, et par conséquent la reconnaissance de certains auteurs étant discutables, puisque discutés).

À mes yeux l’indignation serait cependant justifiée pour l’un de ces auteurs, et pas des moindres, dont l’œuvre est mondialement connue et pour qui 2022 figure également comme date anniversaire de décès (condition logique et nécessaire pour figurer dans cette chronique).

Je veux en l’occurrence parler de Ray Bradbury, disparu à l’âge de 91 ans, le 5 juin 2012… il y a juste 10 ans !

 

Son cas est toutefois complexe, puisque, contrairement à son confrère Dick, Bradbury reconnaissait n’être attaché à aucune réalité scientifique dans son œuvre, et ne pas même être un auteur de SF, mais de « fantastique ». Pour preuve, un propos tenu par lui en 1999 : « Avant tout, je n’écris pas de science-fiction. J’ai écrit seulement un livre de science-fiction, Fahrenheit 451, fondé sur la réalité. La science-fiction est une description de la réalité. Le fantastique est une description de l’irréel. Donc les Chroniques martiennes ne sont pas de la science-fiction, c'est du fantastique ».

 

Malgré cet aveu, un Prix Ray-Bradbury est remis chaque année par l’association d’auteurs américains de SF : Science Fiction and Fantasy Writers of America, pour récompenser une œuvre de création cinématographique ou télévisuelle, théâtrale, radiophonique, voire, désormais, diffusée sur internet.

 

L’œuvre de Bradbury est quant à elle extrêmement prolixe. En effet plus fictive que scientifique, elle pose subtilement nombre de questions sur le sens de la vie, l’existence humaine et, de fait, son devenir. Il est ainsi intéressant de noter comment, avec Philip K. Dick, la technologie et son évolution servent de révélateurs de l’âme humaine, tandis que Bradbury, en faisant fi de la science, se sent encore plus libre de pénétrer l’esprit humain jusque dans ses fantasmes de conquête de l’espace.

Nul doute que c’est précisément cette variété d’auteurs, de styles et de propos, qui fait la richesse de la littérature SF.

 

À lire et à relire :

Chroniques martiennes                                            (1950)    Denoël

Un remède à la mélancolie (Nouvelles)                (1950)    Folio SF

Farenheit 451                                                             (1953)    Denoël

Publié le 21/09/2022
Taïwan n’aurait jamais été chinoise ?

Dans le cadre de mon roman, Parce que le sang n’oublie pas (2011, Babel Noir), j’évoquais cette triste habitude prise au Japon de réécrire l’histoire à propos de son agression contre la Chine (1931-1945), ainsi que le déni, par nombre d’intellectuels et historiens, des exactions épouvantables commises par l’armée nippone contre la population chinoise, avec pour point d’orgue le massacre de Nankin (aussi appelé viol de Nankin).

Une réécriture complète qui n’a bien sûr pas épargné les manuels scolaires. En d’autres termes, les écoliers chinois et japonais ont, pendant longtemps, étudié une histoire différente pour des évènements pourtant difficilement contestables. Une question sérieuse qui ralentit d’autant tout processus de relation « cordiale et détendue » entre les deux puissances voisines.

 

Au temps de la guerre froide, le monde a dû s’habituer à l’emploi sous toutes ses formes de la « propagande ». Aujourd’hui, de même que la réclame est devenue publicité, on ne parle plus de propagande, mais « d’influence ». Et, en matière géopolitique, de « guerres d’influence ».

La réécriture de l’histoire est un outil majeur au service de ces guerres d’influence.

 

La question de l’appartenance de Taïwan à la Chine, telle qu’elle semble posée ces derniers mois en France (en particulier depuis la visite à Taipei début août de Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants de Washington), relève-t-elle de ces guerres d’influence ?

 

On découvre, y compris dans les colonnes de journaux français prestigieux, des propos de sinologues ou de chercheurs expliquant que « Taïwan n’a jamais appartenu à la Chine » ou, plus subtilement : « n’a jamais appartenu à la République Populaire de Chine » ! Et la lecture plus attentive des articles indique qu’ils semblent entretenir à dessein une grave ambiguïté sur cette question, allant jusqu’à laisser penser que Taïwan ne serait pas… chinoise. Quelle étrange mémoire que celle de ces spécialistes qui oublient de mentionner ce qui, jusque-là, était largement admis.

 

Taïwan, avant son occupation par les Hollandais au XVIIème siècle, était habitée par des Aborigènes dont les ancêtres étaient très probablement venus de la côte est chinoise (Hangzhou, sud de Shanghai).Ce sont des Chinois fidèles à la dynastie Ming, et hostiles aux envahisseurs mandchous (fondateurs de la dynastie Qing), qui ont chassé les Hollandais de l’île en ce même XVIIème siècle. Et ce n’est qu’à la toute fin du XIXéme siècle que la Chine a dû concéder Taïwan au Japon (Traité de Shimonoseki), suite à la courte guerre qui opposa les deux pays voisins et se solda par une défaite de la Chine. D’ailleurs la question se pose (mais pas pour tout le monde) : comment celle-ci aurait-elle pu concéder un territoire qui ne lui appartenait pas ?

À la fin de la Seconde guerre mondiale, les soldats nationalistes chinois de Tchang Kaï-chek (Jiang Jieshi) ont fui le continent et se sont réfugiés sur Taïwan pour en faire une base arrière en résistance contre l’ALP, l’armée populaire de libération commandée par Mao et ses compagnons de révolution. Deux « Chines » ont alors commencé à coexister. En réalité deux gouvernements opposés sur les questions d’un même pays.

L’une, dirigée par les forces communistes : la République populaire de Chine, l’autre nationaliste : la République de Chine. De quoi sérieusement embarrasser les pays occidentaux quant à la reconnaissance officielle à accorder à l’une ou à l’autre.

Nul embarras en revanche pour les États-Unis qui, partis dans leur croisade mondiale anti-communiste, choisissent d’emblée de soutenir Taïwan contre Pékin. Pas question pour eux d’accorder une reconnaissance officielle à un « gouvernement rouge » !

 

Toutefois, dès les années 1950, deux facteurs concomitants vont favoriser la reconnaissance internationale de Pékin en tant que seul représentante de la Chine (et de ses deux « gouvernements »), et par conséquent seule habilitée à ouvrir des ambassades dans les différents pays.

Premier facteur : la politique diplomatique de la RPC (République Populaire de Chine). Celle-ci participe activement à la conférence de Genève où il est mis fin à la guerre d’Indochine. Elle réitère en 1955, lors de la conférence de Bandung (Indonésie) qui réunit pour la première fois les représentants de vingt-neuf pays africains et asiatiques, officialisant ainsi l’entrée sur la scène internationale des États du « tiers-monde ». Ces actions permettent à la RPC d’acquérir une réelle visibilité et crédibilité diplomatiques.

Second facteur : la guerre froide (évoquée plus haut) et un monde divisé en deux blocs dirigés l’un par les États-Unis, l’autre par l’Union soviétique. Une situation que tous les pays n’acceptent pas comme inéluctable. Ainsi, le Général de Gaulle, alors Président de notre pays, milite pour l’indépendance française envers les États-Unis. De son côté, Mao zedong souhaite se libérer de l’influence soviétique et laisser son pays, lui aussi, acquérir son autonomie.

 

Le 27 janvier 1964, un communiqué officiel du gouvernement français fait l’effet d’une bombe dans le monde diplomatique :

 

« Le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République populaire de Chine ont décidé, d’un commun accord, d’établir des relations diplomatiques. Ils sont convenus à cet effet de désigner des ambassadeurs dans un délai de trois mois. »

 

Cette décision provoque aussitôt l’ire de Taïwan et des USA dont le gouvernement Johnson n’hésite pas à qualifier la décision française de « trahison ».

Celle-ci n’était pourtant qu’une suite logique dans la politique du Général, qui avait déjà sorti la flotte française du commandement de l’OTAN l’année précédente, et qui quittera ce même OTAN en 1966. Un Général de Gaulle gravement atteint du « syndrome communiste » selon des Américains qui le voient soutenir les pays du tiers-monde et ouvertement critiquer leur politique de guerre au Vietnam !

Les réactions des autres pays sont très mitigées, se partageant entre approbation, neutralité et opposition.

Mais dès 1971, la RPC obtient officiellement son poste à l’ONU, ce qui exclue cette même possibilité pour Taïwan. Il faudra attendre huit ans de plus, 1979, pour que les USA se décident eux aussi à entamer des relations diplomatiques avec Pékin.

 

Il est certain que, déjà en 1964, la question en France de Taïwan en tant que puissance indépendante est posée en des termes très différents de ceux d’aujourd’hui. Pour preuve, le communiqué de presse publié le 28/01/64 par le ministère des affaires étrangères :

 

« Le gouvernement chinois estime nécessaire de réaffirmer que Formose (Taïwan) fait partie du territoire chinois et que toute tentative de séparer Formose de la Chine ou de créer deux Chines est absolument inacceptable pour le gouvernement et le peuple chinois. »

 

Et d’acter que :

« Selon la pratique internationale, la reconnaissance d’un nouveau gouvernement d’un pays implique de cesser la reconnaissance du groupe dirigeant renversé par le peuple d’un tel pays. En conséquence, les représentants de l’ancien groupe dirigeant ne peuvent plus être considérés comme les représentants du dit pays et être présents côte à côte avec les représentants du nouveau gouvernement dans un même pays ou dans une organisation internationale. »

 

L’analyse du Général de Gaulle et de son gouvernement est claire : Taipei et Pékin sont deux gouvernements différents, au sein d’un seul et même pays. Or, il ne peut y avoir qu’un seul gouvernement pour interlocuteur diplomatique.

 

Tout ceci relève de notre mémoire collective et de l’histoire des nations. Alors, doit-on en conclure que ceux qui aujourd’hui « détiennent la connaissance » et la diffusent auraient… perdu la mémoire ? À moins que cette réécriture de l’histoire ne soit, comme évoqué plus haut, qu’un outil au service de guerres d’influence ?

 

Ceux qui à présent accusent la Chine d’ingérence envers Taïwan et récusent toute idée de Chine unique se trompent au moins de guerre et ne font qu’attiser les risques de conflit. En cette période où, malgré la désapprobation de la plupart des autres nations, l’agresseur russe envahit l’Ukraine, le jeu des Américains est transparent : si, à force de provocations, l’armée chinoise attaquait Taïwan, l’amalgame serait alors facile, et la diabolisation de la Chine un jeu d’enfants. Pourtant, plutôt que de « mettre de l’huile sur le feu » et attiser les anciennes haines, il serait plus profitable pour tous de contribuer à un processus pacifique de réunification.

Ce que, de son côté, la RPC ne doit pas « oublier » non plus, c’est que les Chinois de Taïwan ont toujours vécu en autonomie politique par rapport au continent ; une région indépendante sur la forme, mais réellement autonome sur le fond. D’où le concept, comme pour Macao et Hong-Kong, de « Un pays, deux systèmes ».

 

À la suite des nombreuses agressions dont elle a été victime au cours de son histoire, la Chine a perdu Macao (au profit des Portugais), Hong-Kong (Anglais) et Taïwan (Japonais, puis Nationalistes chinois). La réintégration de ces territoires a chaque fois été évoquée selon le principe : « Un pays, deux systèmes ». C’est bien ainsi qu’est régie Macao, depuis le 20 décembre 1999, sous le nom de Région administrative spéciale de Macao de la République populaire de Chine. Le gouvernement local gère tout, sauf les relations extérieures et la défense. La RPC a garanti le maintien de son système économico-financier et de ses spécificités pour au moins 50 ans, c'est-à-dire au moins jusqu'en 2049.

Mais il reste inconcevable, tant pour les Anglais et de nombreuses banques internationales, que pour les Américains et les Japonais, que, compte tenu de leur importance géostratégique, cela se passe ainsi avec Hong Kong et Taïwan. Quant à Xi jinping, dans son évidente dérive autoritaire, la tentation est grande de réunifier Taïwan au continent sous un système unique de gouvernance, passant outre les spécificités auxquelles les habitants de cette région sont naturellement attachés. Tentation d’autant plus grande face aux provocations récurrentes des USA et de leurs alliés japonais, anglais, australiens.

 

La Chine n’est pas reine de la diplomatie. Son expertise s’affirme avant tout dans le commerce. Du fait de son histoire et de ses particularismes, elle est habituée à gérer ses relations internationales avec fermeté, choisissant volontiers le recours à la force et à l’autoritarisme qui caractérisent son régime.

Ainsi que le Général de Gaulle l’avait prédit en 1964, elle a su redevenir une puissance de premier plan au point de vite retrouver le statut qu’elle avait longtemps gardé (jusqu’au XVIIIéme siècle), de première puissance économique mondiale. Mais si la voie diplomatique (et pacifique) que De Gaulle a voulu favoriser avec la Chine est rompue, nul doute que cette puissance s’exprimera aussi au plan militaire, rendant dès lors impossible le contrôle des excès des uns… et des autres.

La position de la France face à cette menace possible est délicate, complexe.

 

Ceux qui restent (sincèrement) dans l’esprit Gaullien, doivent, et ce n’est pas simple, à la fois résister aux méthodes d’influence américaines, mais aussi… chinoises. Cela passe par une juste évaluation des faits que l’histoire nous enseigne, à condition qu’elle ne soit pas trop souvent « réécrite ».

Mais sans doute était-il plus facile pour le Général il y a soixante ans, que pour nos dirigeants aujourd’hui, de ne pas oublier les leçons de l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine.

 

Il m’est, quant à moi, souvent arrivé de penser que Taïwan était plus « chinoise » que la Chine continentale. L’invasion japonaise, puis, surtout, la volonté destructrice d’un régime maoïste que celui-ci justifiait par son projet de « reconstruire » la nation, ont entraîné la mise à l’abri sur Taïwan de nombreux Trésors nationaux. L’île a su bien mieux conserver que nombre de provinces du continent, le parfum des coutumes, croyances et traditions ancestrales. Une occasion pour cette Chine assoiffée de commerce et pétrie de nationalisme de renouer avec ses racines.

 

Mais cela ne sera possible que si le rattachement politique de Taïwan à la « Grande famille chinoise » respecte la réalité historique du lien fraternel.

 

Parce que le sang, lui, n’oublie pas.

 

Publié le 28/08/2022
CIA contre Assange, Goliath contre David

Que la CIA soit sur les dents et impliquée dans « l’Affaire » Julian Assange relève de l’évidence. L’accusation contre celui-ci porte tout de même sur une révélation de secrets d’état. Mais cela doit-il nécessairement passer par une violation de ses droits constitutionnels ?

 

Pour obtenir l’extradition du lanceur d’alertes australien, l’agence américaine n’a pas hésité, en effet, à mettre au point un programme de surveillance digne des meilleurs romans d’espionnage. Toutes les rencontres, conversations d’Assange (notamment avec ses avocats) auraient ainsi été enregistrées à son insu, ce qui entacherait gravement la légitimité du procès récemment tenu en Angleterre pour permettre son extradition vers les USA.

Une nouvelle bataille juridique s’engage, qui, dans un tel contexte, rappelle beaucoup celle de David contre Goliath

Publié le 25/08/2022
Un peu d'humour ?

Les agriculteurs de toute l’Europe s’inquiètent des conséquences, pour leurs prochaines récoltes, de la guerre entre Russie et Ukraine.

Ils alertent déjà à propos du blé, du sarrasin (pourtant aussi appelé « blé de barbarie »), du tournesol, de la moutarde… mais désormais, ce sont les récoltes sous serre qui sont menacées. Toutes les récoltes sous serre !

En effet, pour chauffer les serres, il faut… du gaz ! Et chacun aura compris que ce gaz est devenu une denrée rare et chère. Sans gaz, plus de tomates, de fraises, de salades… De quoi compromettre sérieusement nos 3 fruits et légumes par jour.

 

Toutefois, un malheur n’apporte-t-il pas parfois un bonheur ?

Par son agression contre l’Ukraine, Poutine va-t-il devenir le grand sauveur de l’humanité ? "Grâce" à lui, l’ensemble des pays de l’Europe pourraient bien, enfin, atteindre leurs objectifs de réduction d'émissions de… « gaz à effet de serre » ! 

Publié le 25/08/2022
In memoriam... Philip K. Dick

Il est toujours délicat d’affirmer que l’œuvre d’un auteur contemporain restera « éternelle ». D’autant plus qu’une telle affirmation ne sera réellement vérifiable qu’après un minimum d’années écoulées.

 

Ceci est encore plus frappant lorsqu’il s’agit d’un auteur de SF (Science-fiction).

La technologie avance (c’est sciemment que je n’utilise pas « progresse ») à si grands pas, que la plupart des « nouveautés techniques » présentées dans des ouvrages datant de plus de cinq ans, paraissent souvent totalement obsolètes ; le récit dans son ensemble apparaît désuet, « daté » et perd beaucoup de son intérêt.

 

Il est pourtant quelques auteurs qui, dans ce domaine, auront fait exception en marquant à jamais la littérature du genre.

Philip K. Dick (K pour Kindred) est l’un d’eux (que l’on retrouve aux côtés d’un Issac Asimov, ou d’un Jules Verne, autres génies de la SF, probablement plus connus du grand public). Né à la fin des années 1920, période où le progrès est en effervescence, Dick décède jeune, à 54 ans. L’année 2022 marque par conséquent le 40ème anniversaire de sa disparition. Une disparition toutefois purement physique puisqu’il reste un des écrivains phares de la littérature SF passée, présente… et à venir !

 

Cet auteur a fait montre d’une clairvoyance époustouflante en matière de développement des technologies, et en particulier dans celui de la robotique et de l’I.A. (Intelligence artificielle). Aujourd’hui encore, tous les spécialistes des nouvelles technologies ont forcément lu tout ou partie de son œuvre. Mais ce qui fait le formidable succès de ses ouvrages, c’est la capacité de Philip K. Dick à non seulement prévoir les nouvelles sciences qui envahissent notre quotidien, mais aussi anticiper la façon dont notre monde évolue au contact de ces technologies, d’un point de vue social, écologique, humain. (Clifford D Simak est un autre exemple d’auteur de cette veine, avec en particulier son étonnant récit : Demain les chiens).

 

La lecture d’un roman de Philip K. Dick n’est pas seulement un bon moyen de se distraire et en apprendre davantage sur les sciences modernes (ce qui est déjà beaucoup). Ses ouvrages ont le don d’attiser notre curiosité et, surtout, de nous contraindre à réfléchir.

C’est une des raisons pour laquelle le cinéma s’est largement emparé de ses récits (et pourrait même le faire davantage), pour produire des films comme Blade Runner (*), dont le premier volet est apparu sur les écrans en… 1982 ! Précisément l’année où Philip K. Dick nous a quittés.

(*) Le film Minority report est une autre référence de réussite cinématographique appartenant à la SF, tirée de l’œuvre visionnaire de Dick.

 

À lire et à relire :

UBIK                                                                                 (1969)    Éditions 10/18

Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? (1968)    Poche

Le Maître du Haut-château   (Prix Hugo)                   (1962)    Poche

Publié le 22/08/2022
Impensable, inimaginable, insupportable

Sans doute est-il ringard de ne pas aimer la chasse, la tauromachie et, d’une manière générale, tout ce qui va à l’encontre du respect des animaux et de leur bien-être.

Alors… j’assume de passer pour un ringard.

 

Je me demande pourtant s’il est tout aussi ringard de refuser de payer des impôts qui servent et encouragent ces activités. N’est-il pas choquant, en effet, d’apprendre dans le Journal Officiel que les dotations accordées aux chasseurs sous la seule ère Macron ont augmenté de… 23 000% !?

Oui, vous avez bien lu : 23 000% ! Une paille !

 

En 2017, les subsides versés par l’État à la Fédération des chasseurs présidée par Willy Schraen étaient de 27 000€. On pouvait certes regretter que cet argent ne soit pas versé à des associations travaillant à des activités sociales plus essentielles, cependant le montant pouvait passer pour "raisonnable". Mais voilà que le très « Officiel » Journal, nous apprend que, pendant les cinq années Macron, ces dotations ont augmenté pour atteindre en 2021 le montant de : 6,3 millions d’€ !!!

 

6,3 millions d’€ détournés de nos impôts ; qui ne financent pas les hôpitaux ni aucun service public ; qui passent sous le nez des établissements d’éducation ; qui ne subventionnent pas de logement pour les sans abris… Près d’un million de repas auraient pu être distribués aux personnes indigentes. Mais non, cette somme colossale est offerte à des individus qui tuent pour leur seul plaisir (et certainement pas parce qu’ils ont faim) et qui ont les moyens de se payer des équipements extrêmement coûteux.

 

Seulement voilà, le très sympathique (!?) Willy Schraen connaît les bonnes vieilles ficelles, et n’a pas hésité à clamer à qui voulait l’entendre : « Je voterai Emmanuel Macron dès le premier tour ».

 

D’évidence, Macron sait renvoyer l’ascenseur.

Un ascenseur de 6,3 millions d’€. Et, comme si cela ne suffisait pas, ce même Macron a fait diminuer le prix du permis de chasse par 2 ! (200€ au lieu 400€). Il a aussi autorisé l’utilisation de silencieux sur les armes de chasse ! Les « bavures » deviennent ainsi indétectables et les responsables impunis. Et il a maintenu l'autorisation de chasser des espèces menacées, en totale contradiction avec la législation européenne. Pas de soucis : les amendes, ce sont les contribuables français qui les payent.

 

Plus qu’une honte, c’est une infamie, doublée d’une trahison. Détourner ainsi les impôts des Français pour de simples visées électoralistes ; favoriser (en douce) une activité que la majorité d’entre nous réprouve ; soutenir une catégorie majoritairement aisée à l’encontre des plus démunis…

Nous savions ce Président totalement incompétent en matière d’écologie, indifférent aux questions environnementales, mais qui aurait pu imaginer qu’il irait si loin ?

 

Je reprendrai ici une citation du Mahatma Gandhi, qui concluait un de mes précédents carnets de voyage :

 

« LA GRANDEUR D’UNE NATION ET SON DEGRE DE MORALITE SE MESURENT A LA FACON DONT ELLE TRAITE LES ANIMAUX ».

Publié le 20/08/2022

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