Beaucoup trop de cynisme, n'est-ce pas Mr Wilde ?

Le cynisme, de nos jours, n’a plus grand-chose à voir avec ce que les philosophes grecs qui ont fondé cette école de pensée avaient en tête.

Antisthène, Diogène, et ceux qui les ont suivis, offraient là une proposition visant à développer la sagesse. Proposition qui s’appuyait sur le recours à la contestation, à une totale liberté d’esprit, et au chamboulement de tout conformisme, de tout modèle moral.

Provoquer l’ordre établi, mendier, ne pas respecter les règles sociales… jusqu’à se promener nu dans la rue et pisser et déféquer comme le ferait un chien, est bien au programme des Cyniques. Un nom qu’ils doivent au terme grec ancien kuôn, qui signifie précisément « chien ».

 

Il n’est plus guère question d’une quelconque quête de sagesse dans le cynisme moderne, désormais plus proche de l’ironie et du sarcasme. Et ceux qui le pratiquent font surtout montre de mépris et d’agressivité, ce qui le rend difficilement supportable.

 

Et je retiendrai volontiers l’excellente définition que donnait Oscar Wilde du cynique :

 

«Un homme qui connaît le prix de chaque chose et la valeur d'aucune !»

 

Ce qui colle très bien avec la chronique présente.

Mais venons-en d’abord au fait.

 

Un reportage télévisé, présenté ce matin dans un journal d'informations, était présenté comme un « fantastique exemple de solidarité des grandes surfaces à l’égard des petits commerces ». Titre accrocheur, il est vrai, car d’emblée suspect, compte tenu de la pauvre réputation desdites grandes surfaces en matière de compassion sociale.

 

Cela se passe en région parisienne. La jeune propriétaire d’une boutique de jouets qui a été fermée, confinement oblige, a été généreusement invitée à s’installer dans une grande enseigne Monoprix. Devant les caméras, la jeune femme témoigne. Elle est reconnaissante au propriétaire du grand magasin pour son initiative. Mais on la sent peu enthousiaste, je dirais même déboussolée. Puis arrive le gérant de l’établissement, expliquant avec une fierté non dissimulée son geste altruiste : « Nous ne sommes pas concurrents, et il faut bien s’entraider ». Sic !

 

Déboussolés, nous le serions à moins !

 

Comment expliquer que cette vendeuse de jouets serait moins « dangereuse » (sur le plan sanitaire) dans un Monoprix (où le flux de clientèle est tout de même conséquent) que dans sa petite boutique ? Pourquoi l’autoriser à vendre ici et pas là ?

 

Cette question vaut bien sûr pour tous les autres magasins et la forme de confinement qu’a imposée le gouvernement. Chacun a compris que ce ne sont pas ces magasins, respectueux des consignes sanitaires (et qui ont beaucoup investi en ce sens), qui sont à l’origine des nombreuses contaminations. 

 

Dans le cas du reportage de ce matin, le cynisme semble poussé à l'extrême. Quel est le véritable intérêt du gérant de ce Monoprix ? N’est-ce pas d’avoir trouvé le moyen de commercialiser des jouets, alors qu’il est supposé ne pas le faire, justement par solidarité ? Pile au moment de la préparation des fêtes de Noël, et se donnant ainsi le moyen d’attirer encore plus de clients dans son établissement ?

Solidarité ou opportunisme ? Comment le journaliste responsable de ce reportage, et celui qui le diffuse ou le commente, peuvent-ils ne pas se poser la question ?

 

Les grandes enseignes ne reculent devant rien. La preuve, les campagnes d’affichage en ce moment, pour la vente des jouetsdans les grandes enseignes comme Auchan et d’autres.

 

Sommes-nous bien conscients de ce qui se joue-là ?

« À qui profite le crime ? ». Qui profitera de la disparition programmée de ces centaines de petits commerces, sinon les géants de la vente par Internet et les actionnaires des grandes enseignes ? Nombre d’emplacements seront à vendre dans les centres-villes, précieux pour implanter des points relais de la vente par Internet ou des mini-surfaces type Monop ou City, qui se comptent pourtant déjà par centaines. D’importantes sociétés se frotteront les mains. Françaises, étrangères, peu respectueuses des règles sociales, si on en juge par la façon dont elles limitent si bien leurs contributions fiscales.

 

De la même manière, sur une autre chaîne, nous pouvions assister au désarroi d’un restaurateur, installé depuis plus de vingt ans, contraint de fermer, et qui contemplait, la gorge nouée, l’interminable file de voitures devant un Mac Do, une centaine de mètres plus loin.

 

A moins qu'il ne s'agisse, plus simplement, d’une mutation générale du commerce ? fini la petite échoppe de proximité, fini la « complémentarité » entre les boutiques locales spécialisées et la vente par internet ; le monde de demain se composera, d’un côté de magasins généralistes de « grande consommation » (mini grandes surfaces), de l’autre, des mêmes sur Internet.

 

Si tel est le cas, il serait plus honnête de cesser de verser des larmes hypocrites sur le sort peu enviable réservé aux restaurateurs et aux petits commerces ! Ne tombons pas dans le piège d'un cynisme insupportable.

 

Outre-Atlantique, le langage trumpiste a au moins l’avantage d’être franc : You’re fired ! (Vous êtes viré !)

 

C'est sans doute l'occasion de rappeler cette définition du comble du cynisme, donnée cette fois par Alphonse Allais :

 

<< Assassiner nuitamment un boutiquier, et coller sur la devanture : « fermé pour cause de décès ». >>

 

Publié le 10/11/2020
Lorsque littérature et philosophie viennent au secours des belles idées

En complément de mes deux chroniques du 24 octobre (De l’ombre à la lumière) et du 3 novembre (Liberté de conscience, liberté d’expression. Un nécessaire débat), qui faisaient elles-mêmes suite au meurtre du professeur Samuel Paty, je viens de découvrir, parmi les textes proposés aux enseignants par l’Éducation Nationale, sur le thème de la liberté d’expression, cette pépite de la philosophe française Simone Weil (à ne pas confondre avec la femme politique Simone Veil), agrégée de philosophie à l’âge de 22 ans ( !), résistante dès les premières heures de la guerre, et hélas ! décédée très jeune (34 ans) en 1943.

 

L’E.N. doit être félicitée pour la pertinence de son choix. Le court passage proposé est tiré d’un essai intitulé (si justement) L’Enracinement. Il a été publié en 1949, à titre posthume, accompagné d’un sous-titre : Prélude à une déclaration des devoirs envers l'être humain, qui résume parfaitement le projet de son auteur. Il s’agissait d’une commande du général De Gaulle, désirant un rapport préliminaire à la reconstruction morale de la France. L’opuscule a été publié chez Gallimard, dans la collection Espoir, créée pour lui par Albert Camus.

Dans la présentation du texte, il est encore précisé que L’Enracinement a reçu un accueil élogieux des lecteurs, ainsi la philosophe Hannah Arendt qui l’a jugé comme « l’un des ouvrages les plus lucides sur son temps ».

 

Voici l’extrait que je souhaite partager avec vous :

 

<< Une nourriture indispensable à l'âme humaine est la liberté. La liberté, au sens concret du mot, consiste dans une possibilité de choix. Il s'agit, bien entendu, d'une possibilité réelle. Partout où il y a vie commune, il est inévitable que des règles, imposées par l'utilité commune, limitent le choix.

Mais la liberté n'est pas plus ou moins grande selon que les limites sont plus étroites ou plus larges. Elle a sa plénitude à des conditions moins facilement mesurables.

Il faut que les règles soient assez raisonnables et assez simples pour que quiconque le désire et dispose d'une faculté moyenne d'attention puisse comprendre, d'une part l'utilité à laquelle elles correspondent, d'autre part les nécessités de fait qui les ont imposées. Il faut qu'elles émanent d'une autorité qui ne soit pas regardée comme étrangère ou ennemie, qui soit aimée comme appartenant à ceux qu'elle dirige. Il faut qu'elles soient assez stables, assez peu nombreuses, assez générales, pour que la pensée puisse se les assimiler une fois pour toutes, et non pas se heurter contre elles toutes les fois qu'il y a une décision à prendre.

À ces conditions, la liberté des hommes de bonne volonté, quoique limitée dans les faits, est totale dans la conscience. >>

L’enracinement, 1ère partie (Les besoins de l’âme), section « La liberté ».

 

Publié le 08/11/2020
Élections américaines : ne boudons pas notre bonheur

En cette période où les informations les plus sombres monopolisent les medias, réjouissons-nous pleinement des quelques bonnes nouvelles lorsqu’elles se présentent enfin.

Enfin, cela ne vaut dans le cas présent que pour ceux qui espéraient la victoire de Joe Biden aux élections présidentielles américaines ou, plus précisément, la défaite de Donald Trump.

 

Il est difficile, en effet, de s’enthousiasmer à propos du candidat démocrate. Son parcours politique est émaillé d’incidents et de maladresses, remettant parfois en cause son sens des réalités, son efficacité, au point même d’avoir reçu le surnom de Joe le gaffeur. En même temps, il a eu le courage de reconnaître ses erreurs passées et de s’employer à ne pas les répéter, ce qui témoigne d’une certaine intelligence et de courage.

Ce qui lui manque probablement le plus, en fait, surtout aux yeux d’un électorat en quête de héros, c’est de la brillance. Biden est loin de posséder le charisme d’un Kennedy ou d’un Obama ; et même d’un Trump, en tout cas du point de vue d’une large partie de la population. Cela a d’évidence contribué au terrible suspense de ces élections.

 

Aussi, pour ne pas bouder notre plaisir à l’annonce du résultat des suffrages américains, il est plus tentant de penser au départ de Trump de son poste à la Maison blanche. Un départ qui, pour beaucoup, apporte un grand soulagement. En effet, qu’auraient apporté à l’Amérique et au monde entier quatre années supplémentaires de présidence Trump ?

Les interrogations étaient pourtant déjà nombreuses à son sujet :

 

- le fait qu’un homme placé à de telles fonctions puisse se montrer aussi irresponsable, préférant, plutôt que de se documenter sur les affaires de son pays, partager son temps entre jouer au golf et regarder la télévision ?

 

- l’admiration pour un président pris si souvent en flagrant délit de mensonge (Le Post a cessé d’en faire le compte, après avoir dépassé la barre des 20 000 sur les quatre années de présidence), de diffamations, d’insultes, de méconnaissance totale de ses dossiers, de déni des experts et spécialistes sur des sujets auxquels lui ne connaît rien, d’incitation à la haine et au racisme, de propos sexistes, etc.

Il a pu, malgré tout, occuper ses fonctions, (sans donc être destitué, cf. la mesure d’impeachment à laquelle il a échappé de peu), mais aussi et surtout élargir encore sa base électorale, comme en témoigne le nombre plus important de voix (72,6 millions) qu’il emporte par rapport à il y a quatre ans.

 

- même s’il n’est pas le premier homme politique américain dans ce cas, l’élection de Trump en 2016 a été rendue possible par le seul fait de s’être rendu célèbre dans une émission de télé-réalité. Une série où il passait son temps à dire à des candidats : you’re fired ! (Vous êtes viré !), qui a permis d’entretenir sa réputation (caricaturale) de grand homme d’affaires, alors que celle-ci est grandement usurpée. Ce n’est pas à ses affaires que Trump doit sa fortune personnelle (1,5 milliards$), mais bien à son héritage familial. La réalité veut qu’il a au contraire mené bon nombre de ses entreprises (immobilier, casinos, golfs…) à la faillite ! (Son endettement est estimé à 0.5 milliard$). Les « vrais » magnats américains  que sont Bezos, Gates, Buffett, Ellison, Zuckerberg, Bloomberg, Page, Charles et David Koch… pour ne citer que les plus connus, ont une fortune 40 à 90 fois supérieure à la sienne, et ont créé des entreprises colossales, mondialement implantées. Le seul symbole de Trump qui ait « pignon sur rue », reste la Trump Tower, verrue obscène de 58 étages, élevée à l’effigie de son propriétaire, dans la 5ème avenue à New York.

C’est pourtant sur cette légende qu’il continue de surfer, se vantant de mieux gérer l’Amérique que personne d'autre avant lui. Un discours repris en cœur par de nombreux économistes (y compris européens), alors qu’en réalité la relative meilleure économie américaine s’explique à la fois par les mesures mises en place par Obama (qui profitent à son successeur) et à la politique internationale fortement protectionniste de Trump. La rupture houleuse, souvent brutale, de nombreuses relations établies jusque-là,  notamment avec la Chine, a en effet favorisé la relance et l’emploi au sein de beaucoup d'entreprises américaines. Mais plusieurs entreprises nationales, celles très dépendantes des importations, ont en revanche fortement souffert du fait de l’impossibilité de s’approvisionner et/ou de la forte hausse des taxes. Quant à l’endettement du pays, il atteint désormais des sommets ! Peut-on, dès lors, vraiment parler de succès économique ?

 

- qui aurait parié sur un responsable de cette stature internationale,  capable à la fois de nier les effets du réchauffement climatique (et les Accords de Paris), de s’opposer à la lutte contre la pandémie du coronavirus, de retirer le soutien et l’implication de son pays au sein d’organismes internationaux comme l’UNESCO, l’OMS et le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU ?

Pourtant, cette politique de l’America First et des économies qu’elle génère en apparence pour le pays a rencontré un formidable soutien de la part de nombre d’Américains. Je précise « en apparence », car la facture due aux multiples incidents climatiques (ouragans, incendies…) et à la covid 19, aurait pu être réduite, s’il avaient été mieux gérés. (Quant aux familles des centaines de milliers de victimes, leur soutien à Trump est probablement moins certain.)

 

- le sentiment que l’on ne tire aucune leçon de l’histoire, même récente, de notre humanité. Au cours de celle-ci, d’autres hommes d’État du même acabit ont déjà sévi. Y compris « à l’Est » (je pense ici à Mao, en Chine, ou à Staline, en Russie). Des individus à l’équilibre mental inquiétant ; souvent très peu éduqués, sans esprit d’ouverture ; incapables d’empathie et à l’ego démesuré ; ayant des « visions » très personnelles sur le monde et la façon dont il devrait être mené, au point de refuser tout avis contradictoire, fût-il émis par les plus éminents intellectuels ou spécialistes ; ouvertement populistes (dans la mauvaise acception du terme) envers des « masses » qu’ils méprisent ; prompts à requérir et/ou encourager la violence ; aimant se mettre en scène à la façon d’idoles ou de super-héros.

 

[Rappelons ici cet épisode ahurissant où Trump, à sa sortie de confinement, après avoir contracté la Covid, avait demandé à pouvoir porter un costume de Superman sous son éternel costume bleu nuit et sa chemise blanche. Il voulait, une fois devant les caméras, arracher ses vêtements et exposer sa tenue de super-héros, à la façon dont celui-ci le fait dans les bandes dessinées (dont M. Trump se dit friand). Cette « victoire de Trump sur l’infâme virus » est d’autant plus remarquable qu’il est peu sportif, présente un fort surpoids, et est âgé de 74 ans (Trump, pas le virus ). D’où l’intérêt de la valoriser devant les électeurs. La vraie question reste : comment les conseillers de Trump ont-ils réussi à le dissuader de mener à terme son délirant projet ?]

 

N’est-ce pas pourtant la répétition inquiétante d’un schéma dont les effets destructeurs ont laissé des traces ineffaçables dans notre histoire collective ?

 

Sans bouder le plaisir de cette éviction de Trump de la présidence américaine, nous devrons garder en tête, Joe Biden le premier, ces multiples interrogations.

Car elles sont le signe que le Trumpisme  n’a pu exister (et existe encore) dans ce pays, que parce qu’il y trouve de puissantes et anciennes racines. Nationalisme (priorité nationale), conservatisme, supériorité blanche, ultra-libéralisme, réussite symbolisée par la fortune, modèle du super-héros et loi du plus fort ou de celui qui « tire le premier » forgent une solide politique identitaire que Trump a su, comme personne, promouvoir en brisant toutes les règles du débat public et en se servant des réseaux sociaux (schématiquement : Twitter pour les journalistes, Facebook pour le reste de la population), auprès de la communauté blanche, y compris les familles les plus pauvres (craintives de l’incertitude de leur proche avenir), ou même de minorités traditionnelles, comme les Latinos issus de Cuba.

Son habit de Superman, Trump l’a enfilé jour après jour durant ces quatre ans, réussissant, malgré ses outrances, sa malhonnêteté, son manque total d’éducation et de culture, l’incroyable pari d’incarner le « Rêve américain ». Un super-héros capable de sauver l’Amérique, en particulier face à la « menace chinoise ». Les boucs émissaires que Trump n’a cessé de pointer du doigt (Europe, Iran, Russie, Chine, Corée, Mexique…) sont peu à peu devenus les ennemis d’une nation désireuse de conserver sa position dominante sur le monde. Ce qui est en jeu, encore et toujours, est bien « la loi du plus fort ».

 

Biden et son équipe vont au moins pouvoir profiter de ces moments de liesse que justifie pleinement une victoire aux élections, dans de telles conditions.

Car, après tout, ils sont eux aussi représentatifs d’une Amérique, d’évidence très différente et en profond désaccord avec celle de Trump. Or, cette Amérique-là, les urnes en témoignent, apparaît majoritaire. Et cette fois, il s’agit de « la loi de la démocratie » !

 

Publié le 08/11/2020
Donald Trump et Scott Morrison sont dans un bateau…

En vue du prochain sommet sur le climat, en décembre, l’Australie s’est curieusement vue « rappelée à l’ordre » par… la Grande Bretagne. Une lettre de Boris Johnson, co-signée par la France et l’Italie, mais aussi par le Secrétaire Général de l’ONU, encourageant le Premier ministre Scott Morrison à prendre davantage de mesures en faveur de l’environnement.

 

Suite aux Accords de Paris, 70 pays et 400 villes à travers le monde militent en faveur du « Zéro carbone » d’ici 2050.

Mais l’Australie a refusé cet objectif et préfère s’engager sur une baisse de 26% de ses émissions carbone d’ici 2030.

Au sein de l’alliance anglo-saxonne des Five Eyes (USA, GB, CAN, AUS, N-Z), les résultats ne sont pas brillants. Les États-Unis se sont, comme chaque fois sur ce sujet, montrés les moins engagés, alors que l’Australie a tout de même réduit de 13% ses émissions entre 2005 et 2018, beaucoup mieux que la Nouvelle-Zélande (à peine 1%) et le Canada (0%).

 

Un sommet organisé  au beau milieu de l’Arctique aiderait peut-être ces dirigeants récalcitrants à mieux prendre conscience de la gravité de la situation et de la lourde responsabilité qu’ils portent sur l’avenir à moyen terme de notre planète.

 

Là-bas, ils découvriront une menace à laquelle très peu de medias s’intéressent (et encore moins de politiques), et qui devrait pourtant être prise très au sérieux : l’effet Albédo !

L’Albédo est un indice de mesure du pouvoir réfléchissant d'une surface (pour les plus savants : le rapport de l'énergie lumineuse réfléchie à l'énergie lumineuse incidente). Sa valeur est comprise entre 0 et 1. 0 étant un noir total qui absorbe tous les rayons, et 1 (ou 100%) un effet miroir total de réflexion des rayons solaires.

Le cycle infernal enclenché en Arctique (et ailleurs) est le suivant : plus il fait chaud, plus la glace et la neige fondent pour laisser apparaître la mer et la terre dont l’effet Albédo est très inférieur. Exprimé en pourcentage, une épaisse couche de glace a un effet Albédo de 90%, tandis que celui de la surface de l’eau n’est que de 6%. De ce fait des millions de kilomètres carrés voient leur pouvoir réfléchissant diminuer, et contribuent ainsi à… accélérer l’augmentation des températures !

Ceci explique que la température en Arctique augmente 2,5 fois plus vite que n’importe où ailleurs sur la planète.

Ainsi, la banquise perd continuellement de son étendue et de son épaisseur. Le CNRS a mesuré qu’au cours des dernières décennies, la surface couverte par la glace estivale a décliné d’environ 50 %, et cette glace avait perdu 40 % de son épaisseur.

À ce rythme, d’ici 10 ans, la banquise aura probablement disparu lors des étés arctiques.

Les climatologues observent que ce phénomène a de graves répercussions sur le climat du monde entier, y compris en Europe, du fait du ralentissement du vortex polaire.

 

À cela s’ajoute la question extrêmement grave du Permafrost (Pergélisol en français). Ces immenses surfaces (25% des terres émergées de l’hémisphère Nord) qui restent gelées en permanence. Dans les pires scenarii, leur fonte (due au réchauffement climatique) ne devait pas intervenir avant 2090. Or, non seulement elle a largement commencé, mais en de nombreux points elle accélère anormalement (phénomène particulièrement visible en Alaska et dans les îles arctiques du Canada où les indices de dégels moyens sont 150 à 240 % supérieurs à la normale).

Ce phénomène inquiète grandement les scientifiques qui le surveillent, l’analysent et produisent des rapports en conséquence (la question étant sans doute : y-a-t’il quelqu’un pour lire ces rapports ?).

 

Pourtant, non seulement la fonte du permafrost est une menace pour les zones côtières des régions concernées, forcément peuplées, du fait des activités de pêche, mais elle devrait entraîner la libération de plusieurs éléments dont nous nous serions bien passé.

 

En premier lieu, d’énormes réserves de… carbone, qui viendront s’ajouter aux excédents que nous devons combattre. Le permafrost est rempli de tonnes de matières organiques et végétales. En fondant, c'est comme si l’on ouvrait la porte d'un congélateur géant. Les microbes dégradent ces matières et les transforment en CO2. Or, ces zones renferment 1.700 milliards de tonnes de carbone, soit environ le double du dioxyde de carbone (CO2) déjà présent dans notre atmosphère.

 

Mais le tableau ne s’arrête pas là. Et il devrait pourtant réussir à faire se dresser ses étranges cheveux sur la tête de Donald Trump, climato sceptique de nature.

 

En effet, le pergélisol est aussi une immense réserve de virus et de bactéries, dont certains ont depuis longtemps été rayés de nos mémoires. Un incident récent illustre l’inquiétude des scientifiques : au cours de l'été 2016, en Sibérie, un enfant a succombé à la maladie du charbon (anthrax), pourtant disparue depuis 75 ans dans cette région. Ce drame est très probablement dû au dégel d'un cadavre de renne mort de l'anthrax il y a plusieurs décennies. Libérée, la bactérie mortelle, qui se conserve dans le permafrost pendant plus d'un siècle, a réinfecté des troupeaux.

Des chercheurs ont également découvert deux types de virus géants, dont l'un vieux de 30.000 ans, conservés dans le permafrost.

 

Le comble, est que la fonte du permafrost a rendu plus accessibles les régions arctiques pour l'industrie minière et pétrolière. Des programmes que, en revanche, Trump, Morrison et beaucoup d’autres (Russes, Chinois, Norvégiens…) encouragent volontiers.

Pour cela, ils font fi de l’alerte lancée par les scientifiques, qui préviennent que plusieurs de ces virus pourraient se réveiller si les hommes fouillent les sous-sols trop en profondeur.

 

Alors ?

 

M. Trump et M. Morrison sont dans un bateau…

Publié le 04/11/2020
Liberté de conscience, liberté d’expression. Un nécessaire débat.

Depuis le terrible assassinat du professeur Samuel Paty, il y a deux semaines, de nombreux débats se sont ouverts de façon spontanée et nécessaire. Nécessaire car la qualité de ces échanges, menés dans une visée pédagogique (comme l’entendait M. Paty), est le seul moyen d’à la fois éviter que de tels actes se reproduisent, mais aussi que d’autres systèmes de pensées, soutenus par des interprétations à l’emporte-pièce et des idées aussi sectaires que l’est le fanatisme religieux, ne conduisent à leur tour à la haine et au rejet.

 

Il n’est pas étonnant que ce soit un professeur qui ait été visé, car aujourd’hui, encore plus qu’hier, l’enseignement ou, d’une manière plus large, l’éducation, s’avère la clé de voûte de notre République.

 

Retenons aussi qu’il s’agit d’un acte de décapitation, qui ne doit rien non plus au hasard, tout au plus à une expression forte de l’inconscient. Trancher la tête, c’est couper l’esprit ; les pensées et les idées ; l’intelligence et la connaissance. C’est viser ce lieu « supérieur » (pour les Occidentaux), fait de chair rose et de cellules grises, où siègent la raison, les sentiments et les émotions. Décapiter, c’est un peu comme tuer deux fois, en s’assurant que cet esprit ainsi sauvagement « déconnecté » ne pourra renaître sous quelque forme que ce soit.

 

Deux semaines se sont écoulées. Le temps, sans doute encore insuffisant, qu’il faut pour sortir de la sidération dans laquelle nous plonge une telle barbarie. La pause indispensable pour échapper à l’emprise des émotions. Le silence crucial pour nous permettre d’analyser plus calmement un événement dont la gravité se mesure à l’aune de la détresse dans laquelle chacun de nous s’est senti brutalement plongé.

Sans ce temps nécessaire à l’introspection, à la « digestion » d’une matière aussi amère, nos commentaires pourraient bien n’être qu’éructations incontrôlées.

 

Car nous sommes d’accord, je l’ai déjà dit plus haut : la ou les questions que soulève cet attentat doivent absolument être débattues, si possible publiquement. Le lieu du drame étant une école, on en a conclu à l’impérieuse nécessité d’un échange avec l’ensemble des élèves de France, à l’urgence de les aider à gérer ce trauma psychologique. Oui. Mais sont-ils les seuls concernés ? Sommes-nous si certains du savoir et de la sagesse que revêt notre statut « d’adultes », pour être en mesure de parfaitement comprendre ce qui s’est passé – ce qui se passe et se passera sans doute encore – et d’ainsi parfaitement répondre à leurs attentes et interrogations ?

 

À entendre les chroniqueurs qui se relaient à longueur de journées sur tous les plateaux de télévision, il est hélas permis d’en douter. Des adultes, justement, spécialistes du traitement de l’information, sous toutes ses formes et de toute nature, qui ont déjà jugé l’affaire, sans même prendre le temps de l’instruire. Autour des tables et devant les caméras, chacun y va de ses théories fumeuses, de ses bons mots, de ses charges contre le camp politique adverse. Il s’agit, au-delà du seul meurtrier, d’identifier les « vrais » coupables, de blâmer le gouvernement, la police, la justice ; pointer du doigt les institutions, toutes mises dans le même sac et, surtout, refaire surgir le bon vieux démon de l’immigration, le « marronnier » médiatique qu’est désormais l’invasion de ces étrangers forcément mal intentionnés à l’égard du pays qui les accueille.

Amalgames, contre-vérités, chiffres invérifiés s’accumulent sans la moindre vergogne. Il en va de cet attentat comme de la crise sanitaire. Il s’agit de faire du sensationnel en traitant du sensationnel ! C’est qu’il faut bien l’occuper, le temps de parole, quand on n’a rien à dire. Cette « Fast information » est au moins aussi indigeste (et dangereuse pour la santé) que la « Fast food » qui nous est proposée à chaque coin de rue.

Non seulement elle ne nous apprend rien, mais en plus elle prend sur un temps bien plus précieux, celui réservé à l’expression de la douleur et du chagrin.

Son seul mérite est de révéler les confusions qui entachent les différents exposés. Là où l’on mêle, sans trop de distinguo : laïcité et opposition à l’idée religieuse, liberté de pensée et liberté d’expression, droit au respect et devoir de respect, etc. Mais, ce qui est plus inquiétant encore, c’est l’évidente radicalisation du discours, la facilité et la tentation de conclure à « la tolérance zéro ». Il suffit d’assimiler tolérance et lâcheté, et le tour est joué. On joue avec les mots pour vider les idées de leur sens et suggérer une nouvelle forme de société : intolérante et radicale.

N’est-il pas étonnant de voir ainsi, sous nos yeux, se rejoindre dans un même élan, dans une même dialectique, les agresseurs de la République et ceux qui les condamnent ?

 

Qu’il n’y ait pas de malentendus : le débat d’idées est plus que jamais nécessaire, à la fois pour nous aider à mettre au jour les possibles contradictions qui subsistent aux fondements même de notre conception de la République, et donc tenter d'y remédier, et pour soutenir l’indispensable mission pédagogique, éducative, à entreprendre si l’on désire vraiment œuvrer pour une société plus tolérante et pacifiée.

 

Voici quelques éléments de réflexion que je me permets de suggérer en ce sens.

 

1) La France d’aujourd’hui n’est plus celle de la révolution de 1789, ni celle de Jules Ferry ou de la loi de 1905. L’émigration, la mondialisation, la libre circulation des hommes et des idées (laissons ici celle des produits aux économistes) sont passées par-là. La communauté française n’est plus simplement partagée entre laïcs et chrétiens, conservateurs et progressistes… Elle se compose d’une large variété de cultures, de religions, de modes de vie et de pensée… qui fonde une diversité de morales bien plus large qu’il y a un siècle, et rend la mission des enseignants nettement plus complexe.

En d’autres mots, à la naissance de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen en 1789, comme lors de celle de la loi de 1882, avec Jules Ferry, et enfin la loi de 1905 relative à la Séparation des Églises et de l’État, avec Ferdinand Buisson, la morale française était faite d’un bloc quasi-homogène, car très majoritairement chrétienne.

Le combat alors mené pour la République, était avant tout un combat d’émancipation. Le combat des Lumières contre le Droit divin et contre les inégalités que le pouvoir donné aux religions autorisait. La loi de 1882 a mis l’enseignement au service de cette nouvelle République, en substituant à l’instruction morale et religieuse, l’instruction morale et civique.

Dès lors, l’école publique n’était plus au service de la religion, mais de la République. La loi de 1905 le précise dès son article 1er : une République qui assure une liberté de conscience, et qui garantit aussi le libre exercice des cultes dans les limites de l’intérêt de l’ordre public.

Fait notable à propos de la laïcité imposée par la loi de 1905, la déclaration du parlementaire Ferdinand Buisson : « Il s’agit de faire de l’œuvre de laïcité de l’État non un acte de combat ou un instrument de vengeance, mais au contraire un acte de pacification sociale ». Remarquable intelligence ou étonnante intuition ?

 

Il n’empêche, des bases essentielles sont désormais posées :

- séparation des Églises et de l’État

- laïcité de l’enseignement

- liberté de conscience.

Il est par conséquent admis qu’il peut y avoir morale sans religion, la première ne dépendant pas nécessairement de la seconde.

 

2) Mais de quelle « morale » parle-t-on ?

La religion ne s’encombre pas d’incertitude, d’indécision. Elle est précisément là pour nous apprendre à distinguer le vrai du faux, le bien du mal, selon ses propres conceptions du monde et des lois divines qui le régissent.

En revanche, comment l’enseignement laïc s’arrange-t-il de ces mêmes notions ? Il ne peut pourtant s’y soustraire, sauf à se limiter à transmettre aux élèves de l’information « nue », des faits, historiques et contemporains, déconnectés des valeurs qui les ont portés. Cela est peut-être concevable dans le cadre d’un enseignement purement scientifique, mais s’avère plus délicat lorsqu’il s’agit d’histoire ou de philosophie et, a fortiori, d’enseignement moral et civique.

 

La question légitime est donc de définir la « morale », en tout cas une morale républicaine. Je suis tenté de proposer cette acception :

« Un ensemble de règles communes à respecter et pratiquer au quotidien, précisant les relations dialectiques entre devoirs et droits, famille et société, vie privée et vie publique. »

 

Il s’agit de nos valeurs sociales, nos principes, à commencer par ceux inscrits dans la constitution de 1958 : Liberté, Égalité, Fraternité, et de toute valeur commune, indépendante des religions sans leur être nécessairement contraire. Des valeurs qui composent un système (République) garant des libertés et du respect de chacun.

Système de santé, de retraite, parité homme-femme, droit à disposer de son corps, abolition des préjugés raciaux, sexistes, meilleur partage des richesses, liberté de pensée, d’expression, etc. Ce ne sont pas les sujets qui manquent pour alimenter les débats autour de ce qui est « juste » ou non, « admissible » ou non au sein d’une République ainsi souhaitée pacifique et universelle.

Mais ne nous y trompons pas : les chausse-trappes restent nombreuses. Moins dans le registre de l’Égalité et de la Fraternité (car très peu considérés aujourd’hui. Cf mon billet du 4 octobre dernier, à propos des bracelets électroniques en Chine) que de la Liberté !

 

3) Ainsi, au cœur du débat actuel, cette confusion entre « liberté de penser (de conscience) » et « liberté d’expression ».

Il est un fait que la liberté d’expression est posée dès 1789, dans la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen :

« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme, tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ».

Pour autant, la fin de l’énoncé a son importance : « …sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ». Ainsi, la liberté d’expression n’est pas totale : elle est soumise à une législation qui, notamment, veille à empêcher les propos diffamatoires, racistes, sexistes, etc. Pas d’incitation au terrorisme, mais ni non plus de propos haineux du fait des origines, de l’orientation sexuelle, de la religion. L’esprit de la loi est bien ici républicain : veiller aux libertés et au respect de chacun.

 

De ce fait, la morale se voit réglementée. Nous ne sommes plus contraints de pénétrer l’esprit de la morale selon les valeurs qu’elle véhicule, mais simplement de nous assurer qu’elles sont « autorisées » ou non par la loi. Les « légistes » se sont substitués aux religieux pour préciser ces limites.

Une difficulté supplémentaire dans un processus d’éducation qui ne veut justement pas s’abstraire du débat sur les valeurs.

 

4) La question du blasphème entre dans le périmètre de celle sur la liberté d’expression.

Les défenseurs à tout crin de la liberté d’expression et, bien sûr, de la laïcité, rejettent tout simplement l’idée même de blasphème.

Pourtant, une majorité de pays (y compris occidentaux) reconnaissent le blasphème, et le condamnent (sans pour autant nécessairement exiger la mort du blasphémateur). Alors, comment s’entendre là-dessus ? Est-il permis ou non de considérer que la caricature d’un symbole religieux est une offense faite aux valeurs de celui qui croit profondément en ce symbole ? Où commence et où s’arrête le respect de l’autre, tel que le requiert l’esprit de la loi évoqué plus haut ?

 

Qu’un croyant ne puisse m’imposer sa religion et les symboles qui l’accompagnent va en effet dans le sens de la garantie de mes libertés et du respect auquel j’ai droit. Mais me moquer des idées de ce croyant est-il ou non un acte irrespectueux envers celui-ci ? Il me semble que cette question mériterait d’être débattue, plutôt que si vite tranchée au seul nom d’une totale et entière liberté d’expression (précisément non reconnue dans la Déclaration des droits de l’Homme, cf. plus haut).

 

5) Peut-on vraiment rire et se moquer de tout ?

Là encore, il est tentant de répondre vite et de façon tranchée. Il serait pourtant utile, au préalable, de distinguer le raisonnement théorique et ce que nous apprend la réalité. Notre société s’est extraordinairement complexifiée, diversifiée, sur le plan aussi des idées. Or, sommes-nous tous égaux devant l’appréhension de ces idées ? Pouvons-nous nier les écarts qui subsistent en matière d’éducation ? Les influences culturelle, géographique, économique… ne devraient-elles pas être prises en compte, non pas pour générer des exceptions, mais pour améliorer le dialogue éducatif avec les communautés concernées ? Des écarts, et donc nécessairement des lacunes, qui nourrissent encore et toujours l’intolérance.

Intolérance de celui qui condamne au nom de ses croyances, intolérance de celui qui se moque au nom de sa supposée supériorité intellectuelle ou de sa plus grande culture. Les deux ne se rejoignent-ils pas au bout du compte ? Tout système de pensée qui aboutit à blesser l’autre plutôt que de lui témoigner du respect est par nature vicié. Et si une idée n’apparaît pas respectable à nos yeux, elle ne devrait être combattue que par un système éducatif solide et éprouvé.

 

Les défenseurs d’une complète liberté d’expression usent fréquemment de l’argument suivant : « Nul n’est contraint de lire ou d’écouter un propos qui le dérange. Autrement dit : rien ne vous oblige à acheter Charlie Hebdo si vous ne supportez pas la vue d’une caricature ! C’est aussi cela la liberté ! ».

Cet argument est pourtant difficilement recevable. À quoi servirait un pamphlet s’il ne devait être lu que par ceux qui partagent les opinions de son auteur ? Pourquoi lancer des provocations si elles ne doivent pas être entendues ? Cela n’a aucun sens, sinon, une fois de plus, celui de la fermeture suggérée : la « fin de la discussion ».

 

N’est-ce pas de cela dont Samuel Paty aurait voulu continué à débattre avec ses élèves ?

Confronté à des classes composées d’individualités dont les valeurs s’opposent parfois, il ne pouvait qu’être désireux de leur offrir un espace où il leur serait loisible de s’exprimer librement, dans la limite du respect de l’autre. Favoriser leur écoute, souligner leurs oppositions autant que leurs points d’accord ; les amener à justifier, argumenter leurs points de vue et, surtout, les habituer à s’interroger sur eux-mêmes, autant que sur leurs camarades, de façon à mettre au jour les fondements de leur esprit, tout ceci selon le principe même de la maïeutique déjà défendue il y a des siècles par Socrate.

Réussir à faire de sa classe un lieu libre de discussion était probablement le vœu le plus cher de ce professeur. Un pari de toute évidence audacieux, quand les familles, et même les institutions ne suivent que frileusement.

 

L’éducation est une fonction qui ne peut aller qu’en se complexifiant, suivant en cela l’évolution des problématiques sociales. Elle reste notre meilleure arme pour lutter contre l’intolérance et les incivilités. Plus que jamais, elle mérite nos efforts et notre attention. Nous avons appris en Occident que « La nature a horreur du vide » et, en Orient, le difficile et délicat équilibre entre vide et plein. Chaque lieu privé d’éducation, vidé de sa lumière, est une invitation pour l’obscurantisme et ses deux filles, intolérance et violence, à s’y installer.

Publié le 03/11/2020
Deux beaux projets annulés

Les organisateurs et moi-même avons espéré jusqu'au bout. Pourtant, confinement oblige, les deux évènements auxquels j'étais invité en ce mois de novembre se voient de fait annulés.

Point de conférence sur la Grande Muraille à St Brieuc. Pas davantage de festival "36 Quai des Cévennes" au Vigan.

 

Les auteurs aussi retiendront 2020 comme une annus horribilis. Sans que quiconque nous vienne en aide, contrairement aux vagues promesses faites en avril dernier.

Il ne reste plus qu'à mettre ce confinement forcé au service de la création, dans l'espoir de jours meilleurs.

 

Force et courage à tous. 

Publié le 30/10/2020
Robert Louis Stevenson, Jacques Brel. Deux auteurs, deux parcours atypiques pas si éloignés.

Que pourraient avoir en commun Robert Louis Stevenson, décédé en 1894, et Jacques Brel, né en 1929 ? L’un est Ecossais, anglophone ; l’autre est Belge, francophone. Le premier a vécu au 19è siècle ; le second un siècle plus tard. Stevenson s’est fait connaître en tant qu’écrivain ; Brel en tant qu’auteur-compositeur et interprète (y compris au cinéma).

Et pourtant…

 

En plus d’être rêveurs devant l’Éternel et poètes devant les hommes, leur vécu très atypique comporte d’étonnantes analogies.

                 

Commençons bien sûr par l’écriture. Pour l’un comme l’autre, celle-ci est richement élaborée, et n’a rien à envier à celle des plus grands auteurs. Mais la forme choisie est toujours celle de la simplicité, dont le premier mérite est de rendre accessibles à tous la poésie et la profondeur des idées exposées dans les textes.

 

Cette écriture est au service d’un regard empli d’humanité, posé sur une société que les deux hommes accusent de reléguer trop souvent l’humain au second plan. Leur colère est récurrente face aux injustices, quels que soient le degré et les victimes de celles-ci. Rappelez-vous la lettre ouverte de Stevenson contre les propos, qu’il frappe d’infamie, du Révérend Hyde (à Honolulu), à l’encontre du Père Damien, après que celui-ci se fût éteint à Hawaï au milieu des lépreux, et rongé à son tour par la maladie. De son côté, Brel construit plusieurs de ses chansons à la façon de réquisitoires, elles aussi, et sur des thèmes du même ordre. Ainsi : Au suivant ou Regarde bien petit, en passant par la plus connue Les Bourgeois.

 

Jacques Brel et Stevenson partagent également un goût prononcé pour l’aventure, le voyage, même s’ils l’expriment différemment. Cette inclination commune se pose en rejet de l’immobilisme sclérosant auquel se condamnent tant de leurs contemporains. C’est le combat que mène Brel avec force dans Ces gens-là. Il reste toutefois plus taiseux que Stevenson sur ses désirs de voyage. Il rêve « sous cape », en quelque sorte. Son film, Le Far West, est l’exception qui confirme la règle. Car ses autres productions reflètent davantage ses « voyages intérieurs » ou le vagabondage des « autres », ceux qui s’en vont ou s’en reviennent au (plat) pays. Pourtant, le goût de l’aventure est bien là, à fleur d’encre. Décidé à assouvir sa soif de confrontation avec les éléments (plus qu’avec les hommes, sans doute jugés par lui incorrigibles), l’artiste se fait marin et pilote accompli. Ainsi, c’est en des lieux plus exotiques qu’il va retrouver les paysages qui habillaient ses rêves d’enfant. Don quichotte en quête de l’inaccessible étoile.

 

Stevenson s’est, lui, montré plus transparent, et du même coup plus généreux avec nous. Sa conscience est claire, et ses rêves devenus littérature nous entraînent,jeunes et vieux, droit dans le monde de l’aventure. L’île au trésor ou Le Maître de Ballantrae mitonné au pur jus d’Écosse en sont deux beaux exemples (pour ne citer que parmi ses romans).

Pour autant, lui aussi ne s’est pas privé de voyager « pour de vrai » : Europe, Amérique, Océanie, Polynésie… Il n’a pas fait semblant de vivre pleinement l’Aventure, avec un grand A. Ses lointaines tribulations nourrissent ainsi largement son œuvre. En outre, ce qui caractérise de façon plaisante et efficace l’écriture de Stevenson, c’est la façon dont il utilise la fiction au service du réel ; sa maîtrise parfaite de l’art de la narration, pour en tirer les meilleurs effets. Plusieurs de ses ouvrages pourraient être assimilés à des documentaires. Son sens aigu de l’observation l’y sert davantage que l’imagination dont il n’est pourtant pas dépourvu. Tandis que d’autres œuvres, dans la forme sinon le fond, confinent en revanche à la pure fiction, tel son fameux Étrange cas du Dr Jekyll et M. Hyde. De façon plus explicite qu’avec Brel, ses étonnants récits résonnent déjà avec les tout aussi étonnantes expéditions qui le tiennent de plus en plus souvent éloigné de son Ecosse natale.

 

En mai 2019, j’ai choisi de parcourir seul (sans une « Modestine » à mes côtés), le chemin qui porte désormais le nom de « Stevenson » : le GR70. Entamée au Puy en Velay (Stevenson était lui parti du Monastier sur Gazeille, un peu plus en aval sur le trajet), cette marche parfois éprouvante, toujours revigorante tant pour le corps que l’esprit, m’a conduit jusqu’à Saint Jean du Gard, puis Alès. La préparation de cette randonnée avait été l’occasion de relire Voyage avec un âne dans les Cévennes. Une lecture à laquelle je n’ai cessé de repenser en traversant les froides montagnes couvertes de neige en Haute Loire, puis en passant les forêts et les monts de Lozère et du Gévaudan, et enfin en accueillant le charitable soleil du Gard et les senteurs déjà méridionales. Le GPS auquel mon téléphone portable me donnait accès m’a en plusieurs circonstances évité de m’égarer dans de trop longs détours. Et j’en ai conçu une sincère admiration pour la confiance dont avait témoigné Stevenson, armé, lui, d’une simple boussole que, par endroits, des champs magnétiques rendaient inopérante.

Pas de GPS non plus pour le conduire à l’autre bout du monde, à Samoa, au cœur d’un archipel océanien.

Le tempérament de ces deux hommes force mon respect.

 

Vient ensuite la fatalité de la maladie. Stevenson souffrait de tuberculose depuis son adolescence, et de douloureuses crises n’ont cessé d’émailler sa vie d’adulte. Partait-il sur son voilier avec l’espoir que l’air de l’océan lui serait salvateur ou que, quitte à mourir « en beauté », aucun lieu ne serait plus approprié ? La même question se pose à propos de Jacques Brel. Sa manie de fumer s’est traduite en cancer des poumons. Il abandonne le cinéma et embarque sur son voilier, l’Askoy II, un joli Yawl (cotre à tapecul) de 20m, construit en Belgique. Les vents le mènent aux Marquises où, affaibli par la maladie, il décide de rester « en cet endroit où personne ne le connaît ». Quatre ans plus tard, il succombe à une embolie pulmonaire.

 

Je suis frappé par leur vie trop brève, et tellement riche. Ni Stevenson ni Brel n’avaient, et pour cause, eu l’opportunité de se réjouir à la lecture des aphorismes de Woody Allen ; en particulier son : « L’éternité, ce doit être long, surtout sur la fin ». Pourtant, fallait-il qu’ils la craignent, cette éternité, pour nous quitter si jeunes. Stevenson a succombé à un AVC alors qu’il n’avait que 44 ans. Brel est parti l’année de son 49ème anniversaire.

 

Leurs tombes respectives se situent bien loin de leurs terres natales. Le propre des grands voyageurs.

L’auteur écossais est enterré à Samoa ; le fils du Plat Pays à Hiva Oa, sur une des îles Marquises. Sur la tombe de celui qui, sur ses dernières années, avait pris fait et cause pour le combat canaque, contre le colonialisme et ses méfaits, figure une épitaphe (en anglais), tirée de son poème justement nommé Requiem. En voici une traduction :

 

Sous le vaste ciel étoilé

Creuse la tombe et offre-moi le repos

Heureux ai-je vécu et heureux je suis mort

Et me suis couché ici de mon plein gré.

 

Sur celle de Brel, point d’épitaphe. Mais un heureux voisinage, la compagnie de Gauguin inhumé là soixante-quinze ans plus tôt.

 

Voilà donc deux parcours uniques et pourtant très analogues qui dessinent la vie de ces deux hommes. Je repense maintenant aux paroles extraites du Moribond, chanté par Brel :

 

On n’était pas du même chemin

Mais on cherchait le même port

Publié le 30/10/2020
La Chine au secours de l’Australie ?

Alors que le pays de Crocodile Dundee et de Mad Max se montre particulièrement hostile à l’Empire du Milieu (suivant en cela l’exemple initié par Donald Trump, la Couronne britannique, le Canada et la Nouvelle-Zélande, ces cinq pays constituant l’alliance des Five Eyes), et au moment où, comme tant d’autres pays, son économie est au plus bas, il se pourrait bien que la Chine lui apporte un soutien inattendu.

 

En effet, depuis fin août, le prix de la laine australienne ne cesse de… grimper ! Il atteint même en ce moment des niveaux qui se rapprochent de ceux de début 2020, « avant-crise ». De quoi redonner le moral aux nombreux éleveurs de moutons australiens. Cette bonne surprise, ils la doivent à la Chine, dont le niveau de consommation et d’activité économique reste bien au-delà de ce que connaît l’Occident. Or, la Chine achète environ 80% de la laine produite en Australie !

 

 

Les entreprises de transformation chinoises n’ont que peu de stock et, même si le pays est le 2ème producteur de laine au monde (après l’Australie), il ne peut satisfaire à ses besoins.

Besoins d’autant plus forts que, même si les conditions environnementales sont fréquemment débattues dans l’actualité chinoise (et parfois prises en considération), la démarche Vegan n’est pas au cœur des préoccupations des habitants. Alors qu’elle l’est… en Australie, où les consommateurs préoccupés du bien-être animal sont de plus en plus nombreux. Ils refusent que des animaux souffrent pour satisfaire leurs besoins alimentaires ou vestimentaires. Ceci n’augure rien de bon pour les ventes intérieures de laine australienne. D’où l’importance que revêt la forte demande chinoise.

 

Le développement des Nouvelles Routes de la Soie, ce programme pharaonique si cher (dans tous les sens du terme) à Xi Jinping, ne devrait pas trop changer la donne. En effet, même si les pays d’Asie centrale et l’Iran, concernés par ces nouvelles routes et l’important développement commercial qu’elles promettent, pratiquent eux aussi l’élevage de moutons, aucun d’eux ne peut à ce jour concurrencer l’Australie qui reste le plus gros producteur mondial.

 

Quelques chiffres sur le sujet :

Plus de 2 100 tonnes de laine sont produites par an dans le monde. 

25% par l’Australie, 18% par la Chine, 17% par les USA, 11% par l’Argentine

nécessitant l’exploitation d’un peu plus de 1,1 milliards de moutons.

Publié le 28/10/2020

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