Bras de fer Australie Amérique

Il m’est arrivé à plusieurs reprises d’évoquer ici la grande « complicité » qui rapproche l’Australie des États-Unis sur des sujets aussi majeurs que l’écologie, l’économie et la politique internationales. Au point, parfois, d’éprouver un sentiment de « clonage » entre ces deux grandes nations.

Aussi, quand l’Australie ose tenir tête à l’Amérique, il n’est que justice de le souligner. D’autant que l’affaire est très sérieuse et pourrait très vite concerner l’ensemble des pays que compte cette planète.

De quoi s’agit-il ?

 

Les medias australiens, comme nombre de leurs confrères à travers le monde, souffrent de la concurrence aussi féroce et déloyale que leur imposent deux des tristement célèbres sociétés appartenant au club fermé des Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft).

Google et Facebook, en l’occurrence, profitent de leur position ultra dominante, l’un sur les moteurs de recherche, l’autre sur les réseaux sociaux, pour diffuser de l’information à travers leurs « fils d’actualité » et capter au passage un pourcentage de plus en plus substantiel des investissements publicitaires, dont se retrouvent du même coup privés les organes de presse.

 

L’Australie est en train de débattre d’une loi, intitulée « Code de conduite contraignant », visant à imposer à Google et Facebook davantage de transparence sur leurs algorithmes et une compensation financière, afin d’éviter que la presse professionnelle ne soit réduite à néant.

 

Les menaces en retour ne se sont pas faites attendre, allant de la limitation des services accessibles aux internautes australiens, jusqu’au rappel d’une potentielle baisse colossale des revenus des sites australiens si « les clics générés par Facebook et Google devaient se tarir ».

 

Que les Gafam tentent (et réussissent trop souvent) à imposer leurs règles et leurs méthodes à des États souverains n’est pas en soi une nouveauté. Mais que l’administration américaine intervienne aussi fermement qu’elle le fait auprès de son homologue australienne pour l’empêcher de mener son projet au bout est assez rare pour être souligné.

Beaucoup de pays suivent de près ce bras de fer et seraient sans doute prêts à emboîter le pas aux Australiens. L’enjeu est donc d’importance.

Mais ce que cette bataille inédite entre deux pays aussi cousins et amis que l’Amérique et l’Australie traduit est, une fois de plus, l’influence majeure que les Gafam ont sur Washington.

 

À croire que, lorsque certains dirigeants européens affirment, dur comme fer, qu’ils sont « sur le point de contraindre les Gafam à plus de transparence et à davantage d’honnêteté commerciale et fiscale », ils se bercent d’illusions, et leurs électeurs par la même occasion.

Une victoire de l’Australie pourrait en revanche leur montrer la voie et insuffler le courage dont ils ont apparemment besoin.

 

Publié le 21/01/2021
Etats-Unis

Une belle lumière dans cette période sombre que traverse le monde : le départ de D Trump du siège de la présidence des Etats-Unis, et la double investiture de Kamala Harris et de Joe Biden.

Un jour de janvier, où il este encore possible d'exprimer des voeux à l'aube de cette nouvelle année 2021.

 

Espérons que Washington et la plupart des grandes villes américaines retrouveront bientôt une atmosphère plus pacifiée, et l'Amérique un président plus "normal" (le spectre de F Hollande ?).

 

Espérons que le Brésil et tous ces pays où les tribus autochtones et la nature dans son ensemble sont décimées, connaîtront vite une issue du même genre.

 

Espérons que les peuples de la Terre entière sauront regarder leurs dirigeants pour ce qu'ils sont, afin que l'on ne parle plus d'un monde d'illusions (et de désillusions), et que chacun retouve le sens des réalités.

 

Notre planète est magnifique, la faune, la flore avec lesquelles nous la partageons sont les pures merveilles de la création et de l'évolution. Il n'est nul besoin de vouloir y toucher ou se les accaparer. Les contempler suffit à générer un bonheur sans fin. La nature est tout sauf une illusion. Elle est une réalité qui mérite notre respect et davantage de notre silence.

 

Photo PV.  Lever du soleil sur le Chemin de Stevenson 

 

Publié le 20/01/2021
Le 10 janvier 1929... un anniversaire!

Voici une date qui compte pour des millions de personnes à travers le monde, même si c’est souvent à leur insu. C’est en effet le 10 janvier 1929 que le dessinateur Hergé (Georges Remi - 1907-1983) crée dans le journal belge Le Petit Vingtième, deux personnages dont la célébrité défiera les frontières du temps et de l’espace : Tintin et Milou !

 

Envoyés au Pays des Soviets, le jeune reporter sans âge et son fidèle et intelligent Fox terrier vont ainsi dénoncer les revers du régime stalinien. Leurs aventures feront l’objet d’un premier album ; 21 autres suivront, tous publiés aux éditions Casterman et… en 24 langues ! (dont le basque, le catalan, le malais et, bien sûr : le chinois, Lotus bleu oblige).

 

Le succès des aventures de Tintin et Milou fait partie intégrante de l’histoire du 20è siècle, dont elles retracent d’ailleurs de nombreux épisodes.

J’ai déjà eu l’occasion d’expliquer mon admiration pour le talent d’Hergé et, en particulier, pour son album Le Lotus Bleu (réalisé avec les précieux conseils de son ami Tchang et de l’Abbé Gosset).

Ceux qui éprouvent de intérêt pour la civilisation chinoise ne peuvent être déçus par le témoignage illustré d’Hergé sur la Chine. Non seulement la calligraphie qu’il reproduit dans ses cases est impeccable, mais ce qu’il relate des incidents à l’origine du conflit sino-japonais du premier tiers du 20ème siècle est fidèle à l’histoire (lire : Aux origines du conflit mandchou, ouvrage que le Père Neuf avait justement offert à Hergé au milieu des années 1930) ; tout particulièrement cet épisode sur le sabotage de lignes de voies ferrées, perpétré par des espions japonais, et qui se réfère aux tristement célèbres « incidents de Mukden (Shenyang) et Tianjin ».

 

Pour revenir à Hergé, cette date anniversaire est l’occasion de rappeler son incroyable talent.

Lui qui, à seulement 21 ans, était déjà Rédacteur en chef (excusez du peu) du Petit Vingtième et qui, en tant qu’auteur illustrateur, n’en était pas à son coup d’essai. Il avait déjà goûté au succès avec différents héros, dont un certain Totor (ami des boy-scouts et… ancêtre de Tintin ?).

Il a su créer des personnages aussi attachants qu’inoubliables, à commencer par « la garde rapprochée » de Tintin et Milou : le sanguin capitaine Haddock, le lunaire professeur Tournesol, et les burlesques représentants de la Police Nationale interprétés par les Dupont et (je dirais même plus) Dupond.

C’est une certitude : même au-delà de 77 ans, nous éprouverons toujours la même délectation à ouvrir un album de Tintin (et Milou) !

 

Publié le 11/01/2021
Aux « Chanteurs(euses) de variétés »

Je n’ai jamais très bien compris le fondement de cette expression : Chanteur de variétés. Qu’elle ait été créée par opposition à Chanteur(euse) lyrique est possible, mais n’a tout de même guère de sens.

 

Dans un cas comme dans l’autre, nous restons dans le « spectacle », le plaisir et le divertissement, sur la base d'une oeuvre (plus ou moins) poétique. Vouloir que le chant de variétés soit « léger » laisse entendre que le chant lyrique serait « lourd ». Aucune de ces épithètes ne me paraît juste. Tous les chants, toutes les musiques ont leur raison d’être et sont appréciables. Ensuite, ce n’est plus qu’une question de « goûts et de couleurs » 

Et puis, chacune de ces compositions musicales revêt un spectre mélodique tellement large qu’il est facile de créer sa propre « playlist ». Il y a les chanteurs de variétés auxquels nous restons totalement hermétiques, et d’autres qui nous touchent profondément.

 

Un chant (et le lyrique y excelle) nous raconte une histoire.

Je le comparerais volontiers à un livre illustré. L’image qui accompagne le texte peut, dans certains cas, « exciter » l’imaginaire du lecteur, aider celui-ci à plus facilement entrer dans la pensée de l’auteur(e), miser sur l’économie des mots (un dessin vaut mieux qu’un long discours) et créer un décor, une atmosphère.

La mélodie joue le même rôle avec le chant, elle donne le ton et apporte, comme le dessin, une dimension universelle que les mots ne peuvent avoir, si l’on s’en rapporte au mythe biblique de la Tour de Babel. Universelle, cosmique, mathématique, la musique est un langage capable d’exprimer ce que les mots peinent à dire.

 

Il n’en demeure pas moins que le texte reste un élément majeur de toute chanson (ou presque toutes). Et si, en art lyrique, de merveilleuses voix s’appuyant sur une partition inspirée réussissent à compenser un livret quasi inexistant, cela est plus difficile en variétés. C’est pourquoi il arrive que l’on distingue, dans ce domaine, les « chansons à texte » de celles (pourtant beaucoup plus nombreuses) qui… ne le sont pas !

À titre d’exemple, le répertoire de Bob Dylan englobe un nombre considérable de chansons dont le succès s’appuie sur ce couple parfait mélodie/texte. Au point que cet artiste s’est vu attribuer le Prix Nobel de littérature en 2016. Il est indéniable que ses textes sont riches d’une grande poésie et accompagnés de musiques extraordinaires.

Je ne rentrerai pas dans le débat de savoir si ce Prix, dédié à des écrivains, aurait pu trouver meilleur lauréat. Ceux qui devaient en juger l’ont fait. Et je retiens surtout, quant à moi, que leur décision confirme à la face du monde, et à ceux qui pouvaient encore en douter, que les auteurs de chansons de variétés sont également des écrivains !

 

Parmi ces grands auteurs, il en est un auquel je voue mon admiration. Ses chansons ont « bercé » toute mon adolescence, et j’ai même eu une excellente note au bac de Français grâce à l’un de ses textes : Le plat pays.

Vous l’avez deviné, je veux parler de Jacques Brel ; auquel j’avais déjà consacré une (plus longue) chronique (qu’il partageait avec R. L. Stevenson), le 30 octobre dernier.

Et cela, parce que, pour partager cette période d’envois de vœux avec vous, je vous invite à découvrir ceux que le grand chanteur belge avait adressés aux auditeurs d’Europe 1, le 1er janvier… 1968 !

 

« Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques-uns. Je vous souhaite d’aimer ce qu’il faut aimer et d’oublier ce qu’il faut oublier. Je vous souhaite des passions, je vous souhaite des silences. Je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil et des rires d’enfants. Je vous souhaite de respecter les différences des autres, parce que le mérite et la valeur de chacun sont souvent à découvrir. Je vous souhaite de résister à l’enlisement, à l’indifférence et aux vertus négatives de notre époque. Je vous souhaite enfin de ne jamais renoncer à la recherche, à l’aventure, à la vie, à l’amour, car la vie est une magnifique aventure et nul de raisonnable ne doit y renoncer sans livrer une rude bataille. Je vous souhaite surtout d’être vous, fier de l’être et heureux, car le bonheur est notre destin véritable. »

 

Publié le 07/01/2021
Complément d'information à la chronique du 31/12 dernier

Pour étayer ma chronique de "fin d'année" à propos des idées complotistes que certaines inégalités viennent nourrir, je m'étais appuyé sur des chiffres de Forbes datant d'avril 2020.

Ayant évoqué l'incroyable augmentation de fortune de nos congénères milliardaires sur l'ensemble de l'année 2020, durant toute la crise Covid 19, il me paraissait judicieux de vérifier ce qu'avait pu être cette hausse entre avril et fin décembre 2020, soit en 8 mois seulement.

L'indice Bloomberg paru ce jour m'apporte la réponse avec (comme je l'indiquais déjà) un nouveau venu à la 2ème place du podium : Elon Musk.     Voici ces chiffres :

 

                 04/2020            02/01/21          %

Bezos         113M$              190M$         + 70%

(Musk)       (70M$?)           170M$         +143%

Gates           98M$              132M$         + 34%

Arnault        76M$              114M$         + 51%

TOTAL    357M$           606M$        + 70%  en 8 mois

 

2020 n'aura pas été annus horibilis pour tout le monde. Et il est dès lors normal que nous ne portions pas tous le même regard sur la crise que nous traversons.

Ses effets se feront encore sentir en 2021, de façon très différente selon le niveau de fortune personnelle de chacun, c'est désormais une évidence.

 

Publié le 02/01/2021
Rire est excellent pour le moral comme pour le physique

Démarrer cette nouvelle année avec de bonnes bouffées de rire ne peut pas nuire à la santé, au contraire !

Les techniques de « yoga du rire » n’ont d’ailleurs jamais connu autant d’engouement, et attendons-nous à un festival de bonnes « blagues » dans les medias qui, comme chaque fois, s’investissent de la secourable mission de nous faire démarrer l’année du bon pied, et donc avec de francs éclats de rire.

Je ne résiste pas, moi non plus à partager leur élan altruiste en vous livrant cette excellente blague venue d’outre-Atlantique. La voici :

 

Un sondage vient d’y être réalisé avec la question suivante :

<< Quel homme vivant n’importe où dans le monde et dont vous avez entendu parler, admirez-vous le plus ? >>

Et la réponse est : …

… Donald Trump !

 

Décidément, ces Américains : quel humour !

 

 

Ah, désolé, je viens d’apprendre qu’il ne s’agit pas d’une blague !  

Trump a réellement reçu 18% des suffrages et devient ainsi l’homme le plus admiré de l'année 2020 (en tout cas par le large panel de citoyens américains interrogés) !

Moins drôle encore : les trois premières personnalités citées sont américaines et toutes des politiques !

 

Pas étonnant que Woody Allen n’ait aucun succès dans son pays. Comment pourrait-il rivaliser avec un humoriste aussi doué que Trump 

 

Publié le 02/01/2021
MEILLEURS VOEUX 2021

 

 

 

"Le sésame fleurit, noeud après noeud, en partant du bas"

 

Publié le 01/01/2021
Des éléments de langage à l’injustice sociale, en passant par les animateurs télé

Sans doute est-ce un phénomène entretenu par les journaux d’information qui tournent en boucle sur nos écrans : les abus de langage sont de plus en fréquents et finissent par ne plus donner sens à rien. Pourtant, compte tenu de la crise que nous traversons, nous avons plus que jamais besoin de redonner du sens à nos actes autant qu’à nos paroles.

 

 

Nous sommes bien sûr habitués, même si cela est affligeant, à ce que les journalistes, plus « présentateurs » que véritables « investigateurs », mais tout de même censés appartenir au monde des gens de lettres, massacrent quotidiennement notre langue.

Nous nous habituons aussi à ce que leurs invités répètent à tout bout de champ et sans craindre de se montrer ridicules, le nom de celui qui les interroge, comme s’ils craignaient de l’avoir oublié. Et si l’interview porte sur une actualité endeuillée, ils commenceront systématiquement et de la manière la plus artificielle qui soit, par « adresser leurs pensées aux familles des victimes », comme pour se débarrasser d’une formule de politesse imposée et, de facto, sans une once de sincérité.

Enfin, journalistes et invités ont également développé la pratique d’une terminologie de convenance, élaborée avec un vocabulaire jusqu’ici inusité. Des mots qu’ignorait le langage courant ont soudain émergé, s’imposant sans raison particulière, sinon par un étrange effet de contagion. Des termes qu’il est politiquement correct de glisser à toute occasion, si l’on veut avoir l’air d’être « dans le coup », de « faire partie de », ou simplement prouver qu’on a su les intégrer et se plier ainsi à un nouvel effet de mode.

 

Bien sûr, je ne fais pas ici référence à des vocables tels que « Pandémie », « Virus », « Confinement » ou « Épidémiologie », dont l’omniprésence récente dans notre quotidien est hélas pleinement justifiée par l’actualité sanitaire.

Mais, n’avez-vous pas cédé aux charmes du paradigme (qu’il est de bon ton de vouloir changer) ; du régalien, couronné d’une légitime ou illégitime (c’est selon) autorité ; des sachants, dont on découvre chaque jour nouveau qu’ils ne savent pas grand-chose ; des écosystèmes (familiaux, sociaux, politiques…) qui se sont substitués aux « environnements » (sans doute trop galvaudés à cause de ces satanés écologistes ) ; du fake, supposé nous apprendre à distinguer le vrai du… fake ; ou, plus récemment, à la suite d’un montage très suspect diffusé massivement sur les réseaux sociaux, du complotisme, dont on taxe à tort et à travers nos contradicteurs.

 

J’arrête là une liste qui pourrait être longue de ces nouveaux éléments de langage qui, pour être franc, ont justement le don de ne pas « dire » grand-chose de nouveau. Ils appauvrissent notre registre lexical – à la façon dont certaines espèces invasives, dans le monde animal ou botanique, appauvrissent la biodiversité – tout en nous procurant, paradoxalement, l’illusion d’appartenir à une élite intellectuelle et savante.

 

Un célèbre animateur d'émissions télévisés qui ne s'est jamais vanté d'appartenir à ladite élite, a récemment déclaré à propos de la pandémie actuelle : « Ce virus détruit les malades et les faibles. Je me demande s’il est là par hasard, tout simplement... C’est très complotiste, mais je l’assume ».

 

C’est astucieux de sa part : il « dégonfle l’objection » avant même qu’on ne la lui reproche, en se taxant lui-même de complotiste. On ne pourra en tout cas pas lui reprocher son manque de lucidité !

Toutefois, et sans pour autant soutenir ni encourager son propos, il est dommage de jeter trop vite « le bébé avec l’eau du bain », à l’instar des nombreux medias qui se sont empressés de relever sa déclaration, la condamner au titre, donc, du complotisme, et l’oublier aussitôt après pour passer à autre chose.

 

Une fois de plus, utilisons les mots pour ce qu’ils sont, autrement dit pour le sens qu’ils portent tel qu’il est communément admis.

Puisque complot il y a, rappelons que ce vocable induit deux idées : celles de vérité et de mensonge ! Il faut un fonds de vérité pour que le complot soit « crédible » et une part de mensonge pour que la « manipulation » soit possible.

 

Dans le propos de l’animateur vedette où se situe la part de vérité, celle du mensonge ?

On peut penser, a priori, que la mortalité évoquée entre dans la « colonne » vérité. De même le fait que les personnes fragiles et démunies sont les victimes. Le mensonge vaudrait donc pour la remise en cause du hasard que sous-entend la déclaration. En effet, s’il n’y a point de hasard, c’est qu’il y a préméditation ; un plan criminel. D’où l’idée de complot.

 

Il serait donc intéressant de comprendre (si tant est que ce soit possible) ce qui, parmi les informations dont nous disposons, amène cette personne à penser ainsi.

 

S’il y a « préméditation » et que les vistimes visées sont les plus faibles et les plus démunies, les « criminels » sont donc forcément puissants et riches. C’est à ceux-ci que « profiterait le crime ».

 

Peut-on dès lors identifier un quelconque profit à tirer de la triste situation actuelle ? Comprenons bien que le profit en question est nécessairement substantiel, compte tenu du risque encouru par les supposés « criminels ». Personne n’est en effet totalement à l’abri du virus.

 

Personne, non, mais certains tout de même plus que d’autres ! Lorsque l’on vit au cœur d’un magnifique domaine privé couvrant plusieurs hectares, le risque d’être contaminé est probablement moindre que lorsque l’on vit à sept dans un deux-pièces. Woody Allen l'affirme : Mieux vaut être riche et bien-portant que pauvre et malade !

Quant au profit substantiel, des informations récentes semblent justement nous fournir quelques indices à ce sujet.

 

Indice 1  Le 7 avril dernier, le très sérieux magazine Forbes nous révélait les noms des 2095 milliardaires dans le monde en 2020. Ils représentent moins de 0,00003% des 7,8 milliards d’individus peuplant la planète, et leur richesse nette cumulée est de 8000 milliards de $. La richesse moyenne mondiale par adulte en 2020 est, elle, estimée à 76 984$ (source allnews), soit 50 000 fois moins que celle moyenne de nos milliardaires.

 

Indice 2  Toujours selon Forbes, au cours de la décennie écoulée, et donc juste après la Grande Récession (de 2008) la fortune collective des milliardaires a augmenté de 229% (en 10 ans). Ce qui semble confirmer la logique qui veut que les crises bénéficient davantage aux personnes déjà fortunées plutôt qu’aux démunis.

 

Mais quel lien avec la pandémie de 2020 et en quoi celle-ci aurait-elle touché différemment riches et pauvres ?

Indice 3   (L’indice) Bloomberg nous informe que la richesse des milliardaires américains et britanniques a augmenté de 25 % à décembre 2020 (maintenant) en comparaison de décembre 2019 ! Autrement dit, pendant toute la période de crise sanitaire.

 

Indice 4   L’AFP précise cette semaine que celle des milliardaires australiens (où l’économie n’est pourtant pas au mieux de sa forme) a elle augmenté de… 52.4% ! (toujours sur l'année 2020).

 

Comment est-ce possible ? Comment ces 2000 grosses fortunes arrivent-elles non seulement à échapper à la lourde crise économique que subissent l’ensemble des pays depuis douze mois et, même mieux, continuent de s’enrichir à ce rythme effréné ?

 

Pour certains de ces milliardaires, la réponse est évidente (source Forbes)* :

Jeff Bezos, devenu N°1 avec ses 113 M$, est le patron d’Amazon, une des sociétés qui aura le plus profité de la crise de la Covid19.

 

Bill Gates, passé N°2 (98 M$), grand promoteur des vaccins depuis longtemps, possède d’importants intérêts dans des laboratoires et centres de recherches.

 

Bernard Arnault, N°3 et 1er milliardaire français, a vu sa fortune (familiale) grimper à 76 M$ en 2020 ! Cela a été dit et répété : l’industrie du luxe a elle aussi très bien tiré son épingle du jeu au cours de cette crise. Ce qui semble normal puisque l’essentiel de sa clientèle est constitué de ces milliardaires évoqués ici.

* (au 7 avril. Depuis, le classement a encore changé, avec l'arrivée d'Elon Musk à la seconde place du podium).

 

Ainsi, pour revenir à la déclaration « complotiste » qui nous intéresse : le crime est prouvé, les victimes sont identifiées, ses bénéficiaires également.

Mais de là à laisser entendre que ces hommes riches et puissants aient intentionnellement déclenché une pandémie pour s’enrichir, ce serait évidemment le pas de trop à ne pas franchir. Une accusation aussi peu vraisemblable qu’acceptable moralement et en l’état.

 

Seulement, on peut comprendre la rancœur de ceux qui souffrent, à l’égard de ceux qui continuent de mener grand train. Nous vivons dans un monde libéral, et il n’y a dans tout cela rien de répréhensible. Sur un plan moral, c’est peut-être une autre question.

 

Cela a aussi été dit : un très modeste pourcentage de ces immenses fortunes aurait suffi à garantir à tous les systèmes de santé les moyens dont ils ont terriblement été privés.

 

Les personnes les plus à risque, les plus exposées - les fameux travailleurs prioritaires, les personnels de santé... -  qui ont tant contribué à notre mieux-être pendant cette période, n’ont aucune chance de voir, elles, leur fortune augmenter de 25% et encore moins de 54% !

 

Les mille milliards de dollars qui ont été engrangés par une toute petite frange de la population ont bien été pris quelque part, en particulier à ceux, très nombreux, qui ont tout perdu.

 

Les contournements de la réglementation fiscale, dont usent et abusent les entreprises qui appartiennent à ces milliardaires, constituent un considérable détournement des richesses pourtant dédiées à la collectivité. Et lorsqu’un Bill Gates ou un Warren Buffet appellent publiquement leurs amis milliardaires à payer davantage d’impôts, ils oublient de donner l’exemple, et continuent de pratiquer à outrance « l’optimisation fiscale » à travers, notamment, leurs fondations.

 

Enfin, que dira-t-on lorsque viendra le temps de tirer le bilan des différentes subventions accordées à titre exceptionnel par plusieurs gouvernements, du fait de la crise. Ces subventions, nombreuses et variées, sans doute indispensables, notamment pour les compensations salariales et éviter les faillites, sont financées par des deniers publics. Il semble pourtant qu’elles n’aient pas bénéficié à tous de façon très égale. Pire, combien d’entreprises ont continué de verser des dividendes à leurs actionnaires, alors même qu’elles encaissaient d’importantes subventions ?

 

Mais, après tout, l’immoralité et l’hypocrisie ne sont pas des crimes aux yeux de notre société, tout juste des « défauts » que la richesse a, de tout temps, eu le pouvoir de faire absoudre.

 

Dans ma chronique du 1er octobre dernier (intitulée Trump ou Levinas ?) je rappelais que 50% des doses de vaccins anti Covid 19 à venir (à l’époque) avaient été préachetées par un petit groupe de pays riches ne représentant que 13% de la population mondiale !

Une information confirmée aujourd’hui, puisque l’on apprend que seul un tiers des nations s’est partagé les doses disponibles. Certaines, comme le Canada, avec un appétit particulièrement féroce : 40 millions de doses réservées chez le seul Moderna (source Tweet Justin Trudeau 24/12/2020), pour une population de… 38 millions de personnes. Tandis que les deux autres tiers des pays devront attendre 2022 et peut-être 2023 avant de pouvoir eux aussi bénéficier de vaccins et espérer stopper l’épouvantable mortalité dont ils sont victimes.

 

Alors, s'il ne s'agit pas d'un crime, au sens légal du terme, cela y ressemble fichtrement. Et la part de sous-entendu "complotiste" que contient le propos de cet animateur est évidemment inacceptable en l'état, mais la part de vérité sur laquelle il s’appuie porte un poids considérable.

 

Les journalistes ont mille fois raison de dénoncer les thèses complotistes et leurs effets néfastes sur une part de la population. Mais ils devraient également admettre que ces thèses ne trouvent leur place dans le dialogue social que grâce au vide laissé par… le manque d’informations !

 

Publié le 31/12/2020

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