Quand les rats provoquent une invasion de souris

Allez, pour le plaisir, un petit tour par l’Australie qui occupe toujours autant mes pensées.

Après une effroyable année de sécheresse, l’île-continent connaît un nouveau fléau : une invasion massive de souris.

 

Ces charmantes bestioles sont arrivées Down Under en même temps que les premiers colons britanniques. Les périodes de gel fondant comme neige au soleil , les rongeurs apprécient de plus en plus le climat australien.

L’ennui, c’est qu’elles s’attaquent aux réserves de céréales des agriculteurs et provoquent des dégâts considérables.

(Si elles avaient émigré en Suisse, elles auraient probablement préféré les caves de Gruyère AOP, d’Appenzeller ou d’Etivaz).

 

Et lesdites souris, même pas naturalisées australiennes, d’envahir tout un tas de lieux, y compris… les prisons !

C’est le cas de la prison de Wellington, dans le New South Wales, où des cloisons et surtout l’ensemble du câblage électrique sont rongés par ces nouveaux arrivants. Il est vrai que personne ne veut de prisons proches des villes, celles-ci se retrouvent donc à la campagne.

 

Les prisonniers qui, eux, ne rongent que leur frein, doivent de ce fait être déplacés dans divers autres centres, le temps que des travaux soient effectués et les envahisseurs chassés.

Les « rats » (se dit de personnes très près de leurs sous) en sont donc pour leurs frais, et vont devoir envisager de construire des prisons plus solides, plus grandes et plus modernes et d’où, bien sûr, personne ne pourra filer ni entrer en douce, pas même une petite souris !

 

Publié le 22/06/2021
Chasser la baleine dans le Cotentin avec Prévert

Ah... quelques jours hors de Paris !

Comme tout le monde, j’avais hâte de pouvoir profiter de ces nouvelles conditions de déconfinement pour goûter un air meilleur, après plus d’un an et demi « d’enfermement parisien ».

L’occasion d’aller à la découverte de cette belle région qu’est le Cotentin.

 

Connaissant ma destination ainsi que ma passion pour l’œuvre de Jacques Prévert, une amie autrice m’avait suggéré d’aller visiter la maison qu’a occupée celui-ci à la fin de sa vie, désormais transformée en musée.

Sur place, il est facile de comprendre l’attachement de notre poète pour cet endroit plein de charme et de "naturel" qu’est Omonville-La-Petite, située tout près de la magnifique baie de la Hague. Prévert y a vécu jusqu’à sa mort en 1977. Il est enterré au pied de l’église du village avec sa femme et sa fille.

Les bribes d’un de ses poèmes, lu dans mon enfance, me sont alors revenues à l’esprit (le voici en entier :)  :

 

À la pêche à la baleine, à la pêche à la baleine,

Disait le père d'une voix courroucée

À son fils Prosper, sous l'armoire allongé,

À la pêche à la baleine, à la pêche à la baleine.

Tu ne veux pas aller.

Et pourquoi donc?

Et pourquoi donc que j'irais pêcher une bête qui ne m'a rien fait, papa,

Va la pêpé, va la pêcher toi-même. Puisque ça te plaît,

J'aime mieux rester à la maison avec ma pauvre mère et le cousin Gaston.

Alors dans sa baleinière le père tout seul s'en est allé, sur la mer démontée...

Voilà le père sur la mer, voilà le fils à la maison.

Voilà la baleine en colère.

Et voilà le cousin Gaston qui renverse la soupière,

La soupière au bouillon.

La mer était mauvaise, la soupe était bonne.

Et voilà sur sa chaise Prosper qui se désole :

A la pêche à la baleine, je ne suis pas allé.

Et pourquoi donc que j'y ai pas été ?

Peut-être qu'on l'aurait attrapée, alors j'aurais pu en manger.

Mais voilà la porte qui s'ouvre, et ruisselant d'eau

Le père apparaît hors d'haleine, tenant la baleine sur son dos.

Il jette l'animal sur la table, une belle baleine aux yeux bleus,

Une bête comme on en voit peu.

Et dit d'une voix lamentable : dépêchez-vous de la dépecer,

J'ai faim, j'ai soif, je veux manger.

Mais voilà Prosper qui se lève,

Regardant son père dans le blanc des yeux,

Dans le blanc des yeux bleus de son père.

Bleus comme ceux de la baleine aux yeux bleus :

Et pourquoi donc je dépècerais une pauvre bête qui m'a rien fait?

Tant pis, j'abandonne ma part. Puis il jette le couteau par terre,

Mais la baleine s'en empare, et se précipitant sur le père

Elle le transperce de père en part.

Ah, ah, dit le cousin Gaston, ça me rappelle la chasse, la chasse aux papillons.

Et voilà. Voilà Prosper qui prépare les faire-part,

La mère qui prend le deuil de son pauvre mari

Et la baleine, la larme à l'œil contemplant le foyer détruit.

Soudain elle s'écrie : et pourquoi donc j'ai tué ce pauvre imbécile,

Maintenant les autres vont me pourchasser en motogodille

Et puis ils vont exterminer toute ma petite famille.

Alors, éclatant d'un rire inquiétant,

Elle se dirige vers la porte et dit à la veuve en passant :

Madame, si quelqu'un vient me demander.

Soyez aimable et répondez :

La baleine est sortie, asseyez-vous, attendez là.

Dans une quinzaine d'années, sans doute elle reviendra...

 

J’étais très jeune la première fois que j’ai lu ce poème, pourtant il ne m’avait pas effrayé. J’étais tellement heureux que la baleine ait survécu !  

Publié le 18/06/2021
De l’Art ou du Cauchon ?

Il y a très précisément 590 ans, le 30 mai, Jeanne d’Arc était sacrifiée sur le bûcher imaginé par les Anglais et concrétisé par les Bourguignons.

 

Tout le monde, depuis, reconnaît l’effroyable iniquité du procès qui a conduit à cette exécution.

Mais je n’ai découvert certains dessous (si je puis m’exprimer ainsi) de cette affaire, qu’à l’occasion d’une récente lecture apportant davantage de précisions sur le moment où la sentence a été donnée et, surtout, les motifs sur lesquels celle-ci s’est fondée.

 

Les Anglais voulaient en effet que la condamnation soit prononcée par un tribunal ecclésiastique, apte à mettre en lumière l’hérésie de la condamnée et sa véritable nature : une sorcière.

Seulement, l’enquête menée en ce sens n’a jamais permis à l'évêque de Beauvais, Pierre Cauchon, fidèle au duc de Bourgogne et par conséquent aux Anglais, ni à ses assesseurs, d’étayer l’un ou l’autre de ces chefs d’accusation avec la moindre preuve ou témoignage. De ce fait, le procès s’éternise, au point que le puissant cardinal de Winchester en personne vient parfois s’immiscer à la tête du tribunal pour en accélérer le travail !

 

Un « crime », reproché à Jeanne, va toutefois prendre une dimension inattendue : le fait que Jeanne ait porté des habits d’homme, en violation des règles édictées dans le Deutéronome (second code de lois après celui de l’Exode) !

Dans une initiative (qui déplaira aux Anglais), l'évêque Cauchon informe Jeanne que si elle renonce à porter des vêtements masculins, la condamnation à mort qui l’attend, sera commuée en emprisonnement à perpétuité.

Jeanne d’Arc, à bout de force, physiquement et nerveusement, accepte de se vêtir en femme.

 

Mais, alors qu’elle est incarcérée, ses vêtements sont mystérieusement dérobés. Refusant d’exhiber sa nudité, elle reprend des habits d’homme. Il n’en fallait pas davantage pour qu’elle soit cette fois menée au bûcher, où elle périt brûlée vive.

 

Qui a volé la robe de Jeanne, la menant droit dans ce piège mortel ?

Faut il y voir le froid talent des services anglais, ou une tentative de l'évêque de Beauvais de réparer sa bévue ?

Était-ce de l’Art ou du Cauchon ?

 

Jeanne n’était qu’une toute jeune fille et en avait à peine dix-sept lorsqu’elle a pris les armes pour son pays et son roi. Elle était une puellae, mot latin pour évoquer une adolescente pubère âgée de 13 à 18 ans, une pucelle. D’où son surnom de Jeanne « la Pucelle ».

C’est bien une enfant qui a été martyrisée sur le bûcher.

 

Dans L’Homme qui rit, Victor Hugo disait de l’enfance :

 

« De telles innocences dans de telles ténèbres, une telle pureté dans un tel embrassement, ces anticipations sur le ciel ne sont possibles qu'à l'enfance, et aucune immensité n'approche de cette grandeur des petits. »

 

Ah, si seulement Pierre Cauchon avait pu lire Hugo !  

Publié le 31/05/2021
De l'art de la diplomatie

Les tensions entre Taïwan et la Chine n’ont jamais été aussi tendues que depuis ces dernières semaines, au point que de nombreux observateurs considèrent désormais que le risque d’un conflit armé est très élevé.

 

Mais est-ce un hasard ? Ce symptôme comparable à une forte fièvre est-il isolé ou fait-il au contraire partie d’un syndrome signalant un dysfonctionnement plus profond des relations diplomatiques à l’échelle mondiale ?

 

Deux blocs s’affrontent ouvertement : l’Ouest et la Chine.

Les quelques pays asiatiques, tels le Japon ou la Corée du Sud, qui ont également pris position contre la Chine, sont pour la plupart des alliés stratégiques forts de l’Amérique, en particulier sur les plans économiques et militaires.

Et c’est bien de cela qu’il s’agit : des jeux d’alliance pour constituer un front le plus large possible contre celui désigné « ennemi commun » : l’empire du Milieu.

 

Les actions conjointes ou, en tout cas, simultanées de plusieurs pays contre la Chine se sont soudainement intensifiées sous l’ère Donald Trump, mais ne se sont pas pour autant calmées avec l’arrivée de Joe Biden au pouvoir, au contraire !

Il ne faut pas y voir une vision personnelle de Trump ni une de ses fameuses lubies, mais bien davantage un phénomène de concomitance entre sa prise de fonction et l’impressionnant et d’évidence inquiétant développement économique de la Chine sur le plan mondial !

 

Car, avant même la question du (non) respect des Droits de l’Homme par le pouvoir chinois, systématiquement mise en avant par les medias occidentaux, s’en pose une autre, bien plus importante aux yeux des régimes ultra-libéraux : celle du commerce.

Battre les Chinois sur ce terrain apparaît, depuis le début de ce millénaire, comme un combat perdu d’avance. De quoi remettre en cause la suprématie américaine et, par-delà elle, celle de l’Ouest vis-à-vis de l’Est, du Nord vis-à-vis du Sud.

 

La Chine n’hésite pas non plus à nouer les pires alliances, avec des pays soumis aux régimes les pires qui soient, en Asie, en Afrique, en Amérique du Sud… Ni sentiment ni politique, juste l’efficacité économique. Le moteur du commerce n’a d’évidence pas besoin d’être ultra-libéral pour allégrement passer outre le facteur humain.

 

Alors pleuvent les contre-attaques.

 

Nous connaissons déjà (chronique du 17-12-20 : De Roosevelt à Trump… de Mao à Xi Jinping) l’existence des Five Eyes, alliance entre USA, UK, Canada, Australie, et N.Z., pour contrer l’avancée chinoise.

Comme si cela ne suffisait pas, une autre alliance s’est formée tout récemment, cette fois entre les USA, le Japon, l’Inde et l’Australie : le QUAD.

 

Lors du développement de la 5G dans le monde, la société chinoise Huawei, la plus avancée dans ce projet, est devenue la cible de nombreuses attaques (accusations d’espionnage contre ses dirigeants, exclusion de tous les appels d’offre dans plusieurs pays, dont l’Australie, qui, par la voix de son Premier ministre, Scott Morrison, arguait à son tour de sécurité nationale).

 

Le même Morrison, dont la fonction semble si souvent se limiter à faire écho aux décisions américaines, exigeait haut et fort qu’une enquête soit diligentée en Chine pour déterminer les « véritables » causes de la pandémie Covid 19, laissant entendre, à demi-mots que la Chine portait seule la responsabilité d’une erreur (ou, pire, d’un acte volontaire ?) d’origine humaine.

 

Australie toujours qui, alors que l’état du Victoria signait un accord avec la Chine dans le cadre des Nouvelles Routes de la Soie, n’a pas hésité, par la voix de sa ministre des Affaires étrangères, à le dénoncer (et l’annuler), le jugeant « incompatible avec la politique étrangère de son pays » !

 

Est-ce que ce jeu dangereux du « Un pas en avant, deux pas en arrière » en a inspiré d’autres sur le plan diplomatique et économique ? Eh bien oui. Et je pense ici… à la France et à l’Europe.

Notre Président s’est clairement rangé, et il n’est pas le seul en Europe, derrière la position des Five Eyes et du Quad, contre la Chine.

 

Ainsi, il y a trois jours, un vote du parlement européen, à la majorité écrasante de 599 voix pour et 30 voix contre, a bloqué le traité qui avait été signé le 30 décembre dernier, concernant les investissements entre l’Europe et la Chine. Il avait pourtant été signé après plus de sept années de très difficiles négociations (cf. chronique du 21-12-20 : Traités commerciaux Chine-Occident : complément d’information). Il s’agit là d’un énorme revers, sous forme de camouflet, pour la Chine.

 

Quant à la France, elle persiste et signe en participant ouvertement, depuis la mi-mai, à des exercices militaires communs avec les USA, le Japon et… l’Australie, en mer de Chine !

 

L’escalade semble sans fin. Ses conséquences sont innombrables et pas toujours bien visibles. Elles impactent les étudiants dans leurs choix universitaires, les employés et les ouvriers de milliers d’entreprises, les consommateurs, les militaires envoyés dans des zones de graves tensions…

Est-il bon de laisser ainsi monter la fièvre ?

 

La Chine n’a jamais démontré de grands talents en matière de diplomatie, mais les pays occidentaux sont-ils certains de toujours bien maîtriser ce grand art, dont Dufy disait :

 

« Manier des couleurs et des lignes, n'est-ce pas une vraie diplomatie, car la vraie difficulté c'est justement d'accorder tout cela. »

 

et George Courteline  :

 

« Pour le diplomate, le dernier mot de l'astuce est de dire la vérité quand on croit qu'il ne la dit pas, et de ne pas la dire quand on croit qu'il l'a dit. »  

Publié le 23/05/2021
Allez hop ! Un nouveau Coup de cœur !

Ce n’est pas la première fois qu’un de mes ouvrages est « Coup de cœur de France Inter » et, je le dis sans fausse honte, cela me fait bien plaisir !

 

Cette fois, il s’agit de Mush, l’Incroyable Odyssée (le deuxième des trois opus consacrés au Grand Nord et plus particulièrement l’Alaska). (Se reporter aux pages consacrées à cet ouvrage sur ce site)

 

 

Il est pourtant paru en 2015, après que le manuscrit ait été Lauréat de la Bourse Création du C.N.L . (Centre National du Livre).

 

Il est vrai que les événements récents suffisent à expliquer sa remise en lumière, puisque le sujet central du livre porte sur… une pandémie de diphtérie (qui aurait pu très vite devenir mondiale) dont le foyer a démarré dans la ville portuaire de Nome (Alaska).

Très documentée, l’histoire s’appuie sur des faits réels et des personnages qui ont en effet été les acteurs de cette incroyable odyssée. Une course contre la maladie qui s’est déroulée dans des conditions extrêmes, au péril de la vie des mushers et de leurs chiens de traîneau. On y retrouve des questions telles que : le confinement, la fermeture des frontières, l’accès inégal aux soins selon les populations, le sacrifice des uns et le profit engrangé par les autres, les incertitudes liées au vaccin et toute la difficulté de l’approvisionnement et du stockage de celui-ci !

Une véritable aventure, traitée comme telle, pour rendre hommage à la poignée de héros qui se sont sacrifiés pour sauver la vie de milliers de leurs congénères, et en particulier les enfants, premières victimes de la diphtérie.

 

Bref, un récit « d’actualité », relatif à l’année 1925, il y a donc pile un siècle de cela !

Publié le 19/05/2021
Ecriture et lecture, les deux mamelles de l'industrie du livre.

La question clé qu’un écrivain (œuvrant pour être publié) ne manque pas de se poser est la suivante : « y-a-t-il encore seulement des… lecteurs ? » Chacun le sait, l’aboutissement logique de l’écriture reste tout de même… la lecture !

 

Habitant Paris et privilégiant les transports en commun pour me déplacer, je garde le clair souvenir qu’en remontant le temps d’au moins une décennie, il était fréquent d’observer des voyageurs le nez plongé dans leur livre, au risque parfois de rater leur station, tant cette bouffée de rêve, d’aventure, de romantisme, de poésie, prise avant ou après une dure journée de labeur, entre deux rendez-vous… leur était salutaire.

Aujourd’hui, je me demande où sont passés ces lecteurs.

Je vois toujours autant de voyageurs cherchant à s’échapper d’une réalité qui, sans doute, leur pèse un peu, le nez plongé dans… leur téléphone portable ! Pour un livre ouvert, trente écrans allumés ! Il m’arrive d’être indiscret et de jeter un œil par-dessus l’épaule de celui ou celle qui reste ainsi les yeux fixés sur cette minuscule fenêtre colorée. Et presque chaque fois, un jeu est en cours, un épisode de série se déroule, des officines de shopping se vantent, Faust vend son âme à Méphistophélès en échange du quart d’heure de célébrité que lui promettait Andy Warhol.

 

Pas d’angoisse à avoir pour autant, puisque les organismes les plus sérieux et les plus officiels de la chaîne du livre nous l’affirment, à travers la parution de leurs derniers baromètres : « La vente des livres n’est pas en baisse, au contraire, elle serait même en légère augmentation ! »

Ne vivons-nous pas une époque formidable ?

 

Bien sûr, casse-pieds comme je sais l’être, je m’interroge : si ces trois, cinq ou sept heures par jour désormais consacrées aux écrans (téléphone, ordinateur, tablette, télévision…) ne le sont pas au détriment des heures de lecture, alors ? Quelle autre de nos activités quotidiennes a-t-elle ainsi été sacrifiée pour satisfaire aux nouveaux dieux de notre univers que sont les Gafam et leurs nombreux messagers ailés autant que zélés et biberonnés à l’électronique ?

J’hésite à proposer une réponse.

 

De toute façon, pourquoi jeter la pierre sur les écrans (au risque de les briser), alors que le livre, lui aussi, propose le plus souvent un moment d’évasion plutôt qu’un ancrage dans notre vie sociale et affective. C’est du moins un argument que je crois déjà entendre.

 

D’ailleurs, la lecture, à quoi bon ?  Si ce n’est une bonne lecture.

Je pense ici à Rousseau, auteur émérite ne craignant pas de se tirer une balle dans le pied en affirmant (en 1762 !) « La lecture est le fléau de l’enfance » (Émile ou De l’éducation) :

« A peine à douze ans, Émile saura-t-il ce que c’est qu’un livre ? Mais il faut bien au moins, dira-t-on, qu’il sache lire. J’en conviens : il faut qu’il sache lire quand la lecture lui est utile ; jusqu’alors, elle n’est bonne qu’à l’ennuyer. »

 

Eh oui, ne confondons pas le message avec le messager, le contenu avec le media. Ce qui compte, c’est la qualité de l’intention et l’usage qui en sera fait.

La conclusion s’impose d’elle-même, sous la forme parfaite de l’Ouroboros : pas d’écriture sans véritables lecteurs, pas de lecteurs sans véritable écriture. Oui, nous vivons une époque formidable.

 

Mais je vous sens trépigner à votre tour et prêts à interroger :

« Qu’est-ce qu’une véritable écriture ? »

Et, par-delà, qu’est-ce que la vérité ?

 

N’en déplaise aux religions de tous poils (ou de toutes barbes), il est bien possible que la vérité… n’existe pas ! Les Chinois « anciens » en étaient d’ailleurs convaincus.

Par conséquent, une écriture véritable n’implique pas nécessairement de s’inscrire dans la réalité (« Ouf ! », soupirent les hordes d’auteurs-trices de fictions).

Et le mieux, est encore de prendre un bien bel exemple d’écriture « véritable ».

 

Cette année, (précisément en avril dernier), nous pourrions fêter les 75 ans de la parution d’un ouvrage merveilleux pour beaucoup : Le Petit Prince.

Considéré comme un chef d’œuvre de la littérature, ce récit onirique de Saint-Exupéry (et quasi prémonitoire, puisqu’il est paru deux ans après l’accident d’avion qui a cette fois été fatal à l’auteur) a été vendu à plus de 200 millions d'exemplaires dans le monde entier !

Plus étonnant encore que ce tirage digne du Guinness des records : les traductions en 361 langues et dialectes… preuve de la pensée universelle dont usait Saint-Exupéry pour toucher le cœur et l’âme de lecteurs issus de milieux et de cultures si différents.

Les célèbres répliques du Petit Prince, de la rose ou du renard ont ému des générations d’enfants promis à devenir adultes (« Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants, mais peu d’entre elles s’en souviennent »).

C’était il y a 75 ans, trois-quarts de siècle. Se pourrait-il qu’un rêve, fût-il universel et véritable, ne soit jamais appelé à devenir réalité ?   

Publié le 12/05/2021
Le mouvement de balancier épargnera-t-il les anges ?

Vous connaissez le principe du mouvement de balancier, parfois illustré par ces objets en métal, posés sur des bureaux, dans lesquels une boule d’acier suspendue à un fil en heurte d’autres, provoquant l’envolée de la dernière bille de la rangée. Quelle que soit l’application, le principe physique est le même : plus fort est le mouvement dans un sens, plus fort sera le retour dans l’autre !   Action, réaction.

 

Cela s’applique également  à nos façons de penser et de vivre en société.

Ainsi, certains actes commis avec force violence provoquent des retours tout aussi violents. Par exemple, des communautés ayant souffert d’agressions constantes à propos de leur identité ou de leur culture peuvent être amenées à réagir en ayant recours à des actes et pensées plus extrêmes. La religion, la politique alimentent régulièrement ces batailles incessantes entre groupes que les idées divisent.

Le sexe aussi !

 

Je viens en effet de lire une information à propos d’un mouvement qui ne cesse de se développer à travers le monde, notamment en Hollande ou encore… en Australie.

Il milite pour la bonne santé mentale des victimes de discrimination sexuelle, ainsi que pour la liberté de chacun de choisir son orientation en la matière. Une bannière les regroupe sous le sigle de : « LGBTQIA+ », (Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transgenres, Queers, Intersexes, Asexuels, et + pour… tous les autres.), et qui entend se libérer du joug des seuls hétérosexuels.

 

Il est vrai que le déni, le mépris, les insultes, les actes violents en tous genres dont les « LGBTQIA+ » ont été et sont encore les victimes un peu partout dans le monde, justifient pour le moins que des mesures correctives et préventives soient prises dans nos sociétés dites évoluées. Or, clairement, il s’agit ici avant tout d’une question… d’éducation.

 

C’est pourquoi, diverses mesures sont actuellement prises pour, comme on dit, « changer les mentalités », et, en tout cas tenter de retenir l’attention de toute la population sur le sujet.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que lesdites mesures ont de bonnes chances d’atteindre leur objectif, et de provoquer un sacré choc en retour !

 

D’abord, il va falloir s’habituer à ne plus s’exprimer, ou presque, qu’en mode… acronymique ! Par exemple, l’information que je viens de lire concernant l’Australie, explique que « la NWMPHN entend soutenir les personnes LGBTQIA+ en abolissant les comportements qui les discriminent. » !?

Une traduction s’imposait déjà pour l’acronyme LGBTQIA+, une autre est nécessaire pour NWMPHN : North Western Melbourne Primary Health Network.

 

Ensuite, il faudra accepter de ne plus avoir aucune distinction de sexe en ce qui concerne les lieux publics (douches, toilettes…) (allez hop : finissons-en, avec les pudibonderies mal placées) et les groupes sociaux, sportifs, etc.

 

Enfin, pour un sujet qui concerne directement le monde littéraire (entre autre), TOUS LES MOTS SEXUES devront désormais être exclus, bannis, rayés, oubliés ! Plus question de dire ou écrire : « papa », « maman », « femme », « époux », « copine », « amie », « amant », « maîtresse », et, j’imagine : « tante », « oncle », « cousin », « cousine », etc. Bref, tout mot qui permettrait d’identifier le sexe ou la sexualité d’une personne.

Si Feydeau avait dû naître dans notre siècle, nul doute qu’il aurait renoncé à écrire le plus petit vaudeville.

 

Un recensement exhaustif à partir du dictionnaire serait précieux. Mais il s’agit certainement de centaines, voire de milliers de mots (dans chaque langue) qui sont visés par cette nouvelle mesure.

Sans compter tous ceux qui poseront question, laisseront dans le doute.

Il me semble trouver là une suite logique (car née pour les mêmes raisons et avec les mêmes louables objectifs) du débat sur l’écriture inclusive (évoqué dans la rubrique du 28/02 dernier).

 

Une langue nouvelle, hermaphrodite, est sur le point de naître ; une éradication massive d’être commise… à laquelle seuls les anges pourront sans doute échapper puisqu’ils ont eu la bonne idée, eux, de se passer de sexe ! 

Publié le 16/04/2021
Il y a 200 ans...

La Nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles.

L'homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l'observent avec des regards familiers.

 

Comme de longs échos qui de loin se confondent

Dans une ténébreuse et profonde unité,

Vaste comme la nuit et comme la clarté,

Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

 

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,

Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,

Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,

Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,

Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

 

« Est-ce l’œuvre de Baudelaire ou d’un poète chinois ? », s’interrogeait celle qui m’a initié il y a si longtemps à la métaphysique chinoise, la regrettée Marie-Ina Bergeron, dans son ouvrage : Ciel/Terre/Homme, le Yi Jing.

 

En l’occurrence, il s’agit bien de vers écrits par Charles Baudelaire, dans le sonnet intitulé Correspondances, tiré de son recueil Les Fleurs du Mal.

 

Celui qu’une quête constante de la perfection rendait d’une humeur sombre et mélancolique, est né il y a 200 ans, le 4 avril 1821.

On dit souvent de lui qu’il a révolutionné l'art de la poétique. Nul doute qu’il aura été le précurseur de mouvements et d’auteurs nouveaux.

 

Nous lui devons aussi un remarquable travail de découverte et de traduction des contes d’Edgar Allan Poe, autre poète « maudit » en quête de vérité, à qui il voue son admiration. Baudelaire consacre plus de 15 ans de sa vie à faire connaître les écrits de son confrère américain, de 12 ans son aîné, et en particulier les fameuses Histoires extraordinaires.

 

Charles Baudelaire décède à Paris, à la fin de l’été 1867. Il n’a que 46 ans, mais c’est déjà un vieillard que la syphilis achève de dévorer. C’était juste dix ans après la parution des Fleurs du Mal, ouvrage encensé aujourd’hui, mais qui lui valut les pires jugements de son vivant.

 

À lire et à relire :

Ciel/Terre/Homme, le Yi Jing. Marie-Ina Bergeron. Ed Guy Trédaniel

Les Fleurs du Mal. Charles Baudelaire.

Histoires extraordinaires. Edgar Allan Poe. Traduction C Baudelaire. Michel Levy frères.

Publié le 04/04/2021

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