Robert Louis Stevenson, Jacques Brel. Deux auteurs, deux parcours atypiques pas si éloignés.

Que pourraient avoir en commun Robert Louis Stevenson, décédé en 1894, et Jacques Brel, né en 1929 ? L’un est Ecossais, anglophone ; l’autre est Belge, francophone. Le premier a vécu au 19è siècle ; le second un siècle plus tard. Stevenson s’est fait connaître en tant qu’écrivain ; Brel en tant qu’auteur-compositeur et interprète (y compris au cinéma).

Et pourtant…

 

En plus d’être rêveurs devant l’Éternel et poètes devant les hommes, leur vécu très atypique comporte d’étonnantes analogies.

                 

Commençons bien sûr par l’écriture. Pour l’un comme l’autre, celle-ci est richement élaborée, et n’a rien à envier à celle des plus grands auteurs. Mais la forme choisie est toujours celle de la simplicité, dont le premier mérite est de rendre accessibles à tous la poésie et la profondeur des idées exposées dans les textes.

 

Cette écriture est au service d’un regard empli d’humanité, posé sur une société que les deux hommes accusent de reléguer trop souvent l’humain au second plan. Leur colère est récurrente face aux injustices, quels que soient le degré et les victimes de celles-ci. Rappelez-vous la lettre ouverte de Stevenson contre les propos, qu’il frappe d’infamie, du Révérend Hyde (à Honolulu), à l’encontre du Père Damien, après que celui-ci se fût éteint à Hawaï au milieu des lépreux, et rongé à son tour par la maladie. De son côté, Brel construit plusieurs de ses chansons à la façon de réquisitoires, elles aussi, et sur des thèmes du même ordre. Ainsi : Au suivant ou Regarde bien petit, en passant par la plus connue Les Bourgeois.

 

Jacques Brel et Stevenson partagent également un goût prononcé pour l’aventure, le voyage, même s’ils l’expriment différemment. Cette inclination commune se pose en rejet de l’immobilisme sclérosant auquel se condamnent tant de leurs contemporains. C’est le combat que mène Brel avec force dans Ces gens-là. Il reste toutefois plus taiseux que Stevenson sur ses désirs de voyage. Il rêve « sous cape », en quelque sorte. Son film, Le Far West, est l’exception qui confirme la règle. Car ses autres productions reflètent davantage ses « voyages intérieurs » ou le vagabondage des « autres », ceux qui s’en vont ou s’en reviennent au (plat) pays. Pourtant, le goût de l’aventure est bien là, à fleur d’encre. Décidé à assouvir sa soif de confrontation avec les éléments (plus qu’avec les hommes, sans doute jugés par lui incorrigibles), l’artiste se fait marin et pilote accompli. Ainsi, c’est en des lieux plus exotiques qu’il va retrouver les paysages qui habillaient ses rêves d’enfant. Don quichotte en quête de l’inaccessible étoile.

 

Stevenson s’est, lui, montré plus transparent, et du même coup plus généreux avec nous. Sa conscience est claire, et ses rêves devenus littérature nous entraînent,jeunes et vieux, droit dans le monde de l’aventure. L’île au trésor ou Le Maître de Ballantrae mitonné au pur jus d’Écosse en sont deux beaux exemples (pour ne citer que parmi ses romans).

Pour autant, lui aussi ne s’est pas privé de voyager « pour de vrai » : Europe, Amérique, Océanie, Polynésie… Il n’a pas fait semblant de vivre pleinement l’Aventure, avec un grand A. Ses lointaines tribulations nourrissent ainsi largement son œuvre. En outre, ce qui caractérise de façon plaisante et efficace l’écriture de Stevenson, c’est la façon dont il utilise la fiction au service du réel ; sa maîtrise parfaite de l’art de la narration, pour en tirer les meilleurs effets. Plusieurs de ses ouvrages pourraient être assimilés à des documentaires. Son sens aigu de l’observation l’y sert davantage que l’imagination dont il n’est pourtant pas dépourvu. Tandis que d’autres œuvres, dans la forme sinon le fond, confinent en revanche à la pure fiction, tel son fameux Étrange cas du Dr Jekyll et M. Hyde. De façon plus explicite qu’avec Brel, ses étonnants récits résonnent déjà avec les tout aussi étonnantes expéditions qui le tiennent de plus en plus souvent éloigné de son Ecosse natale.

 

En mai 2019, j’ai choisi de parcourir seul (sans une « Modestine » à mes côtés), le chemin qui porte désormais le nom de « Stevenson » : le GR70. Entamée au Puy en Velay (Stevenson était lui parti du Monastier sur Gazeille, un peu plus en aval sur le trajet), cette marche parfois éprouvante, toujours revigorante tant pour le corps que l’esprit, m’a conduit jusqu’à Saint Jean du Gard, puis Alès. La préparation de cette randonnée avait été l’occasion de relire Voyage avec un âne dans les Cévennes. Une lecture à laquelle je n’ai cessé de repenser en traversant les froides montagnes couvertes de neige en Haute Loire, puis en passant les forêts et les monts de Lozère et du Gévaudan, et enfin en accueillant le charitable soleil du Gard et les senteurs déjà méridionales. Le GPS auquel mon téléphone portable me donnait accès m’a en plusieurs circonstances évité de m’égarer dans de trop longs détours. Et j’en ai conçu une sincère admiration pour la confiance dont avait témoigné Stevenson, armé, lui, d’une simple boussole que, par endroits, des champs magnétiques rendaient inopérante.

Pas de GPS non plus pour le conduire à l’autre bout du monde, à Samoa, au cœur d’un archipel océanien.

Le tempérament de ces deux hommes force mon respect.

 

Vient ensuite la fatalité de la maladie. Stevenson souffrait de tuberculose depuis son adolescence, et de douloureuses crises n’ont cessé d’émailler sa vie d’adulte. Partait-il sur son voilier avec l’espoir que l’air de l’océan lui serait salvateur ou que, quitte à mourir « en beauté », aucun lieu ne serait plus approprié ? La même question se pose à propos de Jacques Brel. Sa manie de fumer s’est traduite en cancer des poumons. Il abandonne le cinéma et embarque sur son voilier, l’Askoy II, un joli Yawl (cotre à tapecul) de 20m, construit en Belgique. Les vents le mènent aux Marquises où, affaibli par la maladie, il décide de rester « en cet endroit où personne ne le connaît ». Quatre ans plus tard, il succombe à une embolie pulmonaire.

 

Je suis frappé par leur vie trop brève, et tellement riche. Ni Stevenson ni Brel n’avaient, et pour cause, eu l’opportunité de se réjouir à la lecture des aphorismes de Woody Allen ; en particulier son : « L’éternité, ce doit être long, surtout sur la fin ». Pourtant, fallait-il qu’ils la craignent, cette éternité, pour nous quitter si jeunes. Stevenson a succombé à un AVC alors qu’il n’avait que 44 ans. Brel est parti l’année de son 49ème anniversaire.

 

Leurs tombes respectives se situent bien loin de leurs terres natales. Le propre des grands voyageurs.

L’auteur écossais est enterré à Samoa ; le fils du Plat Pays à Hiva Oa, sur une des îles Marquises. Sur la tombe de celui qui, sur ses dernières années, avait pris fait et cause pour le combat canaque, contre le colonialisme et ses méfaits, figure une épitaphe (en anglais), tirée de son poème justement nommé Requiem. En voici une traduction :

 

Sous le vaste ciel étoilé

Creuse la tombe et offre-moi le repos

Heureux ai-je vécu et heureux je suis mort

Et me suis couché ici de mon plein gré.

 

Sur celle de Brel, point d’épitaphe. Mais un heureux voisinage, la compagnie de Gauguin inhumé là soixante-quinze ans plus tôt.

 

Voilà donc deux parcours uniques et pourtant très analogues qui dessinent la vie de ces deux hommes. Je repense maintenant aux paroles extraites du Moribond, chanté par Brel :

 

On n’était pas du même chemin

Mais on cherchait le même port

Publié le 30/10/2020
La Chine au secours de l’Australie ?

Alors que le pays de Crocodile Dundee et de Mad Max se montre particulièrement hostile à l’Empire du Milieu (suivant en cela l’exemple initié par Donald Trump, la Couronne britannique, le Canada et la Nouvelle-Zélande, ces cinq pays constituant l’alliance des Five Eyes), et au moment où, comme tant d’autres pays, son économie est au plus bas, il se pourrait bien que la Chine lui apporte un soutien inattendu.

 

En effet, depuis fin août, le prix de la laine australienne ne cesse de… grimper ! Il atteint même en ce moment des niveaux qui se rapprochent de ceux de début 2020, « avant-crise ». De quoi redonner le moral aux nombreux éleveurs de moutons australiens. Cette bonne surprise, ils la doivent à la Chine, dont le niveau de consommation et d’activité économique reste bien au-delà de ce que connaît l’Occident. Or, la Chine achète environ 80% de la laine produite en Australie !

 

 

Les entreprises de transformation chinoises n’ont que peu de stock et, même si le pays est le 2ème producteur de laine au monde (après l’Australie), il ne peut satisfaire à ses besoins.

Besoins d’autant plus forts que, même si les conditions environnementales sont fréquemment débattues dans l’actualité chinoise (et parfois prises en considération), la démarche Vegan n’est pas au cœur des préoccupations des habitants. Alors qu’elle l’est… en Australie, où les consommateurs préoccupés du bien-être animal sont de plus en plus nombreux. Ils refusent que des animaux souffrent pour satisfaire leurs besoins alimentaires ou vestimentaires. Ceci n’augure rien de bon pour les ventes intérieures de laine australienne. D’où l’importance que revêt la forte demande chinoise.

 

Le développement des Nouvelles Routes de la Soie, ce programme pharaonique si cher (dans tous les sens du terme) à Xi Jinping, ne devrait pas trop changer la donne. En effet, même si les pays d’Asie centrale et l’Iran, concernés par ces nouvelles routes et l’important développement commercial qu’elles promettent, pratiquent eux aussi l’élevage de moutons, aucun d’eux ne peut à ce jour concurrencer l’Australie qui reste le plus gros producteur mondial.

 

Quelques chiffres sur le sujet :

Plus de 2 100 tonnes de laine sont produites par an dans le monde. 

25% par l’Australie, 18% par la Chine, 17% par les USA, 11% par l’Argentine

nécessitant l’exploitation d’un peu plus de 1,1 milliards de moutons.

Publié le 28/10/2020
De l'ombre à la lumière

Il est un fait qu’en ces temps assombris par de multiples crises – pandémie, misère sociale, destruction de l’environnement, perte de sens civique, attentats effroyables commis par des terroristes religieux… il n’est pas aisé de conserver un bon moral.

 

Aussi est-il peut-être temps de relire nos philosophes des Lumières, à commencer par Montesquieu, Voltaire, Rousseau… Ils ont été tour à tour solidaires ou opposés sur certaines idées (en particulier à propos du confucianisme, qu’un Voltaire, à la recherche d’une morale non religieuse en ces temps de remise en cause du Droit divin, pouvait plus facilement entendre). Ces débats sont tout à leur honneur, car ils contraignent à davantage de profondeur que ne l’autoriserait une collusion de principe. Mais leur grande intelligence de notre monde les a réunis autour d’une même visée : nous « éclairer » sur les valeurs qui fondent une république humaniste, de paix universelle.

 

Après l’acte insoutenable commis contre le professeur Samuel Paty, nombre de débats se sont ouverts (rouverts ?), plus particulièrement en lien avec la question de laïcité et de blasphème.

Sur la question précise du blasphème, voici ce que proposait Montesquieu dans son magnifique ouvrage, tellement d’actualité, l’Esprit des Lois :

 

« Le mal est venu de cette idée qu'il faut venger la divinité. Mais il faut faire honorer la divinité, et ne la venger jamais. »

 

Ajoutons, avec Gaston Bachelard (La formation de l’esprit scientifique) :

 

« La connaissance du réel est une lumière qui projette toujours quelque part des ombres. »

 

Publié le 24/10/2020
Étonnant Pape François

Le 21 octobre dernier, le Pape François a prononcé un discours remarquable en faveur de l’union civile des homosexuel(les). Certes, il ne s’est pas prononcé en faveur d’une union religieuse, que recouvre le terme de mariage, au nom de la symbolique, de l’ontologie même de son Église. Ce que chacun peut comprendre. Mais, décidément, le Pape François n’en finit pas de nous surprendre par sa grandeur morale, son exigence de transparence, ses propos courageux, au regard d’une Église dont trop de prélats se sont égarés sur leur parcours religieux et, parmi ces derniers, ceux encore en activité, qui résistent à ce vent de réforme spirituelle et morale. Il est de ces (grands) hommes qui, conscients de la fonction sociale essentielle qu’est l’exemplarité, réussissent à marquer durablement les esprits, à marquer leur siècle. Ils ne sont pas si nombreux, et pourtant, ils restent des hommes.

 

Petits ajouts (aphorismes) personnels :

 

Ceux qui rejettent des hommes au prétexte qu’ils sont gays sont forcément tristes.

 

« Lesbienne ». Je ne trouve pas ce mot très joli. Il renvoie toutefois à « Lesbos », qui me plaît davantage.

« Gay » est naturellement plus joyeux. Doit-il nécessairement renvoyer à « ghettos » ?

Publié le 24/10/2020
Proverbe américain : Un lion ne s’attrape pas avec une toile d’araignée. Vraiment ?

Peut-être aviez-vous suivi mes « chroniques tasmaniennes », de décembre à mars dernier (desquelles sont nées cette rubrique) ? J’y évoquais, notamment, mes délicates rencontres avec… les araignées de la province australienne. Au point même d’avoir rebaptisé la belle île de Bruny : l’île aux araignées  

 

Je découvre aujourd’hui, dans le Courrier Australien, posté depuis Sydney, que non seulement ce n’était pas qu’une impression, mais que cette réalité s’étend aussi au continent !

Une bonne partie de la province de Nouvelles Galles du Sud est placée en état d’alerte... aux araignées !

Et pas n’importe lesquels des aranéides ! Il s’agit de ceux de la famille des araignées noires (à laquelle appartient notamment la célèbre veuve noire, à l’abdomen taché de rouge) et plus particulièrement l’Atrax robustus (qui porte bien son nom) plus communément appelée Sydney funnel-web, appartenant à la sous-famille des araignées à toile entonnoir que l’on trouve en différents points d’Australie (par exemple sur Fraser Island, dans le Queensland).

 

Il s’agit de l’araignée la plus dangereuse qui soit pour l’homme !

Tout d’abord parce qu’elle est très difficile à repérer, compte tenu de son habileté à se dissimiler dans les coins les plus sombres. Ensuite, parce qu’elle aime bien entrer dans les habitations, surtout lorsque la pluie s’annonce et que l’atmosphère est humide (assez courant en Tasmanie) ; mieux vaut inspecter les placards et vos chaussures avec prudence ! Mais surtout parce qu’elle est très agressive et que son venin, mortel, peut tuer un homme en moins de vingt minutes (pas vraiment le temps de faire les présentations).

Vivement que le soleil revienne briller au-dessus de Sydney et de ses environs 

Publié le 23/10/2020
Confirmation de la conférence sur La Grande Muraille

Je suis heureux, à quelques jours de la date retenue (10 novembre), de pouvoir confirmer ma présence à St Brieuc pour animer cette conférence sur la Grande Muraille. Les organisateurs ont magnifiquement oeuvré pour rendre la chose possible, en louant, exceptionnellement une salle de cinéma (cinéland à Trégueux) de plusieurs centaines de places, qui garantira la bonne mise en place des moyens sanitaires (gestes barrière).

 

Publié le 23/10/2020
Mon pays ne tourne-t-il plus rond ? Sauvons nos Anciens !

Je reprends ici le titre de ma chronique du 18 avril dernier, à propos d’un sujet sur lequel j’espérais pourtant ne plus avoir à revenir.

Confiné (dès mon retour en France le 16 mars), j’étais alors le témoin abasourdi, comme beaucoup, des effets de la pandémie et, surtout, des incroyables errances de ceux en charge de prendre les (bonnes) décisions face à elle.

En conclusion de ce billet, j’écrivais :

 

Je garde espoir

- de voir la pandémie s’éteindre ;

- qu’elle ne redémarrera pas trop vite ;

- que nos Anciens ne seront plus jamais laissés pour compte ;

- que les élèves et leurs enseignants ne soient pas les victimes d’une décision trop irréfléchie ou prise pour les mauvaises raisons ;

- que le personnel soignant puisse enfin se reposer, prendre le temps de « digérer » des expériences trop souvent dramatiques ;

- qu’un déconfinement se fasse, raisonnable car géré par chaque individu dans la conscience des risques qu’il encourt et fait encourir aux autres ; intelligent car décidé après que le matériel de protection nécessaire ait été largement distribué (masques, visières, tests…) ;

- que des chaînes de fabrication soient créées et garantissent davantage d’autonomie et de stocks à notre pays ;

- que le comité évoqué plus haut soit réellement mis en place et que ses conclusions soient factuelles et impartiales, hors tout propos électoraliste ;

- que ces conclusions nous aideront à ne pas reproduire une telle somme d’erreurs, en tout cas le moins possible, en cas de récidive ;

- que nous réfléchirons aussi à notre place sur cette planète, en comprenant que notre relation à la vie sauvage n’est pas sans conséquences, ni, non plus, nos recherches scientifiques lorsqu’elles sont menées sans la transparence requise ou, là encore, pour des visées incompatibles avec l’humanisme auquel nous devrions tous œuvrer.

En relisant ces lignes, je me demande à nouveau si c’est moi ou mon pays qui ne tourne plus rond ?

 

Je viens pourtant d’entendre un médecin déclarer : « Il est urgent de confiner les « vieux » (plus de 65 ans !?) puisque, après tout, il s’agit de la population la plus à risque ».

Et de découvrir que d’autres, politiques, journalistes, trouvent ce discours normal.

 

Les « Vieux », les « Jeunes ». Et nous voilà à nouveau divisés, de la plus insidieuse et perverse façon. Faut-il systématiquement diviser pour mieux régner et, surtout, pour masquer ses incompétences ?

Que veut dire « Les jeunes », « Les Vieux » ? Tous les jeunes sont-ils pareils ? Protégés face à cette maladie, inconscients des risques qu’ils prennent et font courir aux autres ? Bien sûr que non !

Tous les vieux sont-ils pareils ? Condamnés à succomber au virus, inutiles sur le plan social et économique, incapables de décider par eux-mêmes, car sans doute en grande partie séniles ? Bien sûr que non !

À quoi riment ces truismes infâmes auxquels on voudrait réduire une population de 60 millions d’habitants ?

 

Il est difficile de ne pas penser ici à ce cher Georges Brassens et son inoubliable texte : « Le temps ne fait rien à l'affaire », dont voici, pour mémoire, les premières paroles :

 

Quand ils sont tout neufs

Qu'ils sortent de l'œuf

Du cocon

Tous les jeunes blancs-becs

Prennent les vieux mecs

Pour des cons

Quand ils sont d'venus

Des têtes chenues

Des grisons

Tous les vieux fourneaux

Prennent les jeunots

Pour des cons

Moi, qui balance entre deux âges

J'leur adresse à tous un message

Le temps ne fait rien à l'affaire

Quand on est con, on est con

Qu'on ait vingt ans, qu'on soit grand-père

Quand on est con, on est con

 

Eh oui, par pitié : entre nous plus de controverses. Le temps (l’âge) ne fait rien à l'affaire !

Toute décision prise face à cette cochonnerie de virus (et il y en aura d’autres, des virus comme des décisions) devrait obéir au respect du triptique :

 

- diminuer le risque sanitaire

- préserver le lien social (et familial)

- se prémunir d’un drame économique dont les plus démunis ne pourraient être sauvés.

 

Le confinement ne répond qu’à la première de ces conditions. Il est donc légitime de tout tenter pour ne pas y recourir.

Le couvre-feu n’en est qu’un pâle palliatif, duquel il n’y a pas grand-chose à attendre, sinon davantage de difficultés pour une bonne partie de la population. Il n'a de sens (et c'est précisément le cas ici) que si une réelle politique de contrôle et de sanction des actes irresponsables a échoué.

Confiner les Anciens ne satisfait à aucun de ces trois critères essentiels. Ceux qui seront préservés du virus ne le seront pas de l'isolement et de la privation d'affection qui tuent aussi.

 

Alors, que faire ?

 

La réponse à cette question cruciale ne réside–t-elle pas dans une analyse des causes observées de la seconde vague ?

 

Qui n’a pas assisté, avec tristesse, au déchaînement des comportements qu’ont été les vacances d’été ? Pour un grand pourcentage de la population resté très raisonnable, un pourcentage au moins aussi grand s’est montré totalement irresponsable.

Et le temps ne fait rien à l'affaire,

Quand on est con, on est con…

 

Puis, de retour dans les cités, comment ne pas observer les terrasses de café bondées, les gens serrés les uns contre les autres, fumant, hurlant, buvant, projetant leurs miasmes à qui veut (ou ne veut pas) les recevoir ?

Et le temps ne fait rien à l'affaire,

Quand on est con, on est con…

 

Comment un gouvernement peut-il émailler la plupart de ses propos du sempiternel : « Nous devons faire confiance dans la population et son sens des responsabilités » ? Alors qu'une large partie de cette population, confite dans son égoïsme pathétique, est incapable de se montrer responsable.

 

Pourquoi s’en prendre à des établissements (en particulier des restaurants) qui ont beaucoup investi pour se montrer exemplaires dans la lutte contre la pandémie, alors qu’il suffisait de fermer ceux (principalement des bars) où aucune règle n’était respectée ?

 

Comment des fêtes privées, impossibles à ignorer compte tenu du vacarme des cris et de la musique, peuvent-elles fonctionner de 22 heures à 4 ou 5 heures du matin, sans être interrompues ni les responsables sanctionnés ?

 

Rarement notre pays a été placé face à une crise de cette importance. Rarement son gouvernement aura fait preuve d’aussi peu d’autorité ! L'impunité, et avant elle la perte du sens civique, rongent notre société

 

Nos forces de police sont-elles donc toutes dédiées à la protection des hauts fonctionnaires, des anciens ministres et présidents et leurs familles, pour être ainsi absents de nos quartiers ?

Qu’elles ne s’aventurent pas dans des zones de non-droit, cela est compréhensible, même si choquant, mais les rues de nos villes sont-elles à ce point à haut risque ? Le manque de moyens et de respect a conduit à une profonde perte de confiance réciproque. Et sans confiance, plus rien ne fonctionne. On demande à nos policiers d'être des éducateurs, on demande à nos éducateurs d'être des parents et... on ne demande surtout rien aux parents, sinon d'être des électeurs.

Pas étonnant que tant de gens se sentent déboussolés.

 

Nos responsables ne cessent de tergiverser par crainte de prendre des décisions liberticides. Ce respect de nos libertés pourrait être tout à leur honneur s’il ne confinait à l’absurde. Depuis quand est-ce atteindre aux libertés que d’empêcher des individus d’en tuer d’autres ?

N’y a-t-il pas urgence à enfin trancher cette question ? (Ce que d’autres faits d’actualité confirment pourtant, avec une insupportable violence.)

 

Notre président avait évoqué un état de guerre face à la première vague. Est-ce différent à présent ? Les actions entreprises depuis, et en particulier face à une seconde vague, sont-elles appropriées à un « état de guerre » ?

Un couvre-feu entrerait certes dans ce champ d'actions, à condition que les priorités ne soient pas systématiquement inversées. Pas sans que soient mis en place les nécessaires contrôles qui éviteraient le développement des cas contacts. C'est aussi absurde que de confiner sans même avoir recommandé et exigé le port du masque. Et je m’oppose avec la plus grande force à cette énormité, sortie d’un cerveau déficient, qui consisterait à mettre nos Anciens sous cloche une fois de plus !

 

Parce que le temps ne fait rien à l'affaire...

Publié le 21/10/2020
Prendre soin… du Diable !

J’espère que vous le savez : vous pouvez consulter gratuitement mes carnets de voyage en Tasmanie, à partir de l’onglet « Carnets de voyages » de ce site.

Le troisième de ces carnets présente « Les habitants du bout du chemin » : marsupiaux, monotrèmes, insectes et reptiles. Et, parmi les marsupiaux, sans doute le plus célèbre d’entre eux (en Tasmanie), un carnivore de la taille d’un chien, au cri étrange (qui tient à la fois du cochon qu’on égorge et du râle d’un ectoplasme), aux oreilles glabres, roses et pointues, et dont les mâchoires peuvent broyer un os d’un seul coup. Je veux bien sûr parler du Diable de Tasmanie.

Il m’a fallu beaucoup de patience pour pouvoir l’observer, rarement en journée, plus souvent une fois la nuit tombée. Vous en trouverez quelques beaux portraits dans ce carnet.

 

 

Son statut de charognard, pourtant fort utile dans l’écosystème tasmanien, lui a longtemps valu d’être mal considéré. L’homme promène un regard injuste (et dommageable) sur les différentes espèces qu’il est amené à côtoyer, et toutes ne bénéficient pas du capital sympathie du koala ou du wombat.

Mais lorsque l’on a découvert, en 1996, que le diable était atteint d’une maladie grave et apparemment incurable qui décimait sa population, les naturalistes ont commencé à sérieusement s’inquiéter.

Il s’agit d’un cancer de la face, hélas facilement transmissible d’un diable à l’autre, du fait des morsures qu’ils s’infligent lorsqu’ils s’affrontent ou s’accouplent. Une fois atteint, l’animal a peu de chances de survivre. La tumeur l’empêche de se nourrir, et il succombe dans de longues et horribles souffrances.

 

Lors de mon premier long séjour tasmanien, en 2015, un spécialiste m’avait expliqué qu’il subsistait une toute petite lueur d’espoir. Car, pour la première fois, des biologistes avaient pu observer des signes de régression du cancer chez quelques spécimens. Peut-être une parade de leur système immunitaire face à cette terrible maladie.

En attendant, pour protéger la race, dont 85% des individus ont déjà disparu, des réserves ont été créées en différents points de l’île, et un programme d’information de la population a été mis en place pour contribuer massivement à la préservation de l’espèce menacée d’extinction. On ne compte plus que 25 000 diables en liberté, contre 160 000 au début des années 90.

 

Il semble qu’aujourd’hui une nouvelle étape vienne d’être franchie dans la volonté des Australiens de ne pas voir disparaître ce petit animal.

 

26 spécimens (en bonne santé apparente) viennent d’être relâchés dans un sanctuaire de 400 hectares, au nord de la province de Nouvelles Galles du Sud.

 

Une action qui aurait pu passer inaperçue si le marsupial n’avait pas disparu depuis trois mille ans du continent ! Il semble qu’à l’époque ce soit le dingo qui se soit chargé de l’éradiquer.

 

Difficile de dire, pour l’instant, si ces diables réintroduits (et ceux à venir et à naître) seront à leur tour sortis de la zone de réserve et remis en complète liberté. L’espoir en ce sens vient de l’idée que les diables pourraient contribuer utilement (et naturellement) à réduire l’importante population de chats sauvages et de renards, espèces importées par les colons et responsables d’un grand nombre de disparitions d’oiseaux, de mammifères, de reptiles et de batraciens.

 

Compte tenu des déséquilibres, voire des désastres que provoquent la plupart des interventions humaines dans les délicats équilibres écosystémiques, espérons qu’une analyse très approfondie sera menée au préalable à ce sujet.

 

Mais il est certain que la création d’une population réserve de diables en bonne santé semble essentielle, au moins le temps que le système immunitaire de ces étonnantes créatures se soit suffisamment adapté.

 

Publié le 21/10/2020

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